VOL DE 22 BŒUFS DANS LE SANGUIE : L’impossible accès à la justice

Barry Issaka, un éleveur, a été victime de vol de 22 têtes de bœufs en 2014. Bien que le voleur et ses complices aient été retrouvés et qu’une décision de justice ordonne le remboursement de la valeur du bétail volé en 2014, il peine à entrer dans ses droits. Plus grave, il sera nargué par le receleur principal, libéré avant jugement par le Service régional de la police judiciaire à Bobo. Fatigué, humilié et escroqué à coût de millions FCFA dans sa quête de justice, Barry Samba Issaka ne sait plus à quel saint se vouer. Difficile pour lui de refaire confiance à la machine judiciaire du pays des Hommes intègres. Scrutant le ciel, l’éleveur, qui ne sait ni lire ni écrire, dit s’en remettre à Dieu. En attendant, nous avons passé cette affaire au scanner. Certains faits et gestes laissent songeur.

Les faits remontent à septembre 2014. Barry Sambo Issaka, éleveur à Noubana, village de la province du Sanguié, constate la disparition de 22 têtes de bœufs. Au premier moment, il a porté plainte à la Brigade territoriale de la gendarmerie de Pouni pour vol. Ensuite, il a engagé personnellement de multiples recherches sans succès. Par la suite, trois de ses bœufs seront identifiés par son neveu dans un village situé non loin de Bobo, pendant qu’ils étaient en train d’être proposés en vente à son patron, un chauffeur. Présent lors de l’offre de vente des trois bœufs par deux jeunes à son patron, le neveu du propriétaire des bœufs a pu ainsi formellement identifier les bœufs de son oncle.

Confronté aux faits et sous pression, les deux jeunes vendeurs des bœufs volés vont dévoiler l’identité de leur boss, la personne même qui les a envoyés. Il s’appelle Diallo Soumaila. Sur place, une stratégie pour l’appréhender est mise en place. A ce qu’on dit, elle a consisté à faire croire au patron des émissaires que les bœufs ont été vendus et que sa présence était nécessaire pour procéder au paiement. Dans le même temps, le commissariat de police de Lafiabougou à Bobo fut alerté. Ainsi, lorsqu’il s’est présenté pour récupérer les sous, il a été arrêté avec les deux jeunes qu’il avait envoyés.

Cette nouvelle, censée faire évoluer l’enquête, sera le début du chemin de croix du propriétaire des bœufs, Barry Sambo Issaka. Une fois au commissariat, Diallo Soumaila et ses acolytes passent aux aveux. Ils ont reconnu les faits. Les trois bœufs et le veau font partie d’un troupeau des 22 bœufs volés. Après cette reconnaissance, les trois bœufs et le veau ont été restitués au propriétaire Barry Samba Issaka.

Les premiers éléments de l’enquête habillent Diallo Soumaila de la tunique de receleur principal. A en croire des témoignages concordants, ce dernier était même dans de bonnes dispositions d’esprit pour rembourser les bœufs afin d’échapper à la procédure judiciaire entamée. Il aurait même insisté pour remettre au propriétaire des bœufs qui ne font pas partie des 22 bœufs volés pour remplacer ceux qu’il a déjà vendus. Cette parade trouvée ne prospérera pas. La police n’a pas accepté la transaction. Par la suite, le receleur et ses acolytes ont retrouvé 6 bœufs pour les restituer au propriétaire. En tout et pour tout, le propriétaire a pu récupérer 9 bœufs. Les 13 autres n’ont pas pu être retrouvés. Selon des témoignages concordants, le receleur les a vendus.

Malgré ces comportements suspects, Diallo Soumaila et son équipe seront libérés du commissariat à l’insu du plaignant. Aucune poursuite n’est dirigée contre eux. C’est à ne rien comprendre. Le présumé receleur, Diallo Soumaila, nous confiera lors d’un entretien téléphonique, qu’il a été libéré du commissariat pour rechercher le voleur. A- t-il plus de moyens que la police pour mener les investigations nécessaires ? Ne pouvait-il pas se contenter simplement de dévoiler sa stratégie et laisser la police poursuivre les investigations ? Très bizarre. Dans le même
temps, il affirme même ne pas connaître le voleur. Comment pourrait-il rechercher le voleur si toutefois il ne
le connait pas ? Mystère !

Selon des témoignages concordants, ce dernier a même osé narguer le propriétaire des bœufs quand il est sorti de prison. A ce qu’on dit, il l’aurait fait savoir qu’il ne sera en aucun cas inquiété par la Justice et qu’il perd son temps et son argent. Barry Sambo Issiaka soutient également que ce dernier l’a appelé à prioriser le dialogue pour pouvoir retrouver ses bœufs, sinon s’il choisit la voie judiciaire, il ne pourrait rien gagner. Avec une telle assurance, le propriétaire se tournera vers le commissariat, il se rendra effectivement compte que le receleur et ses acolytes ont été libérés.

Des incohérences dans le traitement judiciaire

Quelque temps après la libération du receleur principal et son équipe, le voleur sera retrouvé à Koudougou, grâce aux recherches du propriétaire des bœufs. Il sera interpellé et jugé par le Tribunal de Grande instance de Koudougou. Le propriétaire soutient en son temps avoir voulu que le jugement se passe à Bobo. Son vœu était de voir une jonction de procédure pour qu’aussi bien les voleurs que les receleurs soient jugés par le palais de Justice à Bobo ou à Koudougou. Mais que nenni. Le voleur sera jugé seul à Koudougou. Par le jugement n°120/15 du 13 mai 2015, le prévenu a été condamné à 24 mois de prison ferme et le paiement d’une somme de 3 900 000 FCFA représentant la valeur des 13 bœufs volés.

En outre, il faut souligner que depuis l’interpellation jusqu’en barre d’audience, le voleur a reconnu avoir soustrait frauduleusement les 22 bœufs pour les vendre à 750 000 FCFA à Diallo Soumaila. Voilà que les choses se précisent sur la responsabilité de Diallo Soumaila dans ce vol. Mais il ne sera pas inquiété. Comme nous l’avions dit, du côté de Bobo, malgré de forts soupçons de recel qui planent sur Diallo Soumaila, lui et son équipe ont été libérés avant même que le voleur soit retrouvé. Le commissaire en charge de l’enquête à Bobo, le Commissaire Palm, explique que c’est de concert avec le Parquet que toutes les décisions ont été prises dans le dossier. Toujours est-il que cette libération est problématique. Au regard des soupçons qui pesaient sur Diallo Soumaila, la jonction de procédures consistant à juger et le voleur et les receleurs allait permettre de situer clairement les responsabilités. Mais au lieu de cela, le voleur a été jugé seul.

Au vu de la tournure que prend le dossier, Barry Sambo Issiaka n’avait d’autre choix que d’engager la responsabilité civile de Diallo Soumaila. Là encore, Le tribunal décidera que sa responsabilité civile délictuelle ne peut être retenue, parce que le fait générateur qui est le recel fait défaut. Mais l’infortuné n’en démord pas. Il fera appel de cette décision depuis 2019. Cela fait plus de 2 ans qu’il attend que le deuxième juge puisse réexaminer la décision du premier juge. C’est le silence radio. Aux dernières nouvelles, nous apprenons que le juge chargé de la mise en état des causes civiles de la Cour d’appel lui enjoint, le 11 mars dernier, de produire par écrit ses conclusions.

Par ailleurs, il faut également noter que l’enquête conduite par le commissariat de police de Lafiabougou contient beaucoup de taches noires. L’équipe en charge des enquêtes aurait soutiré de l’argent à Barry Sambo Issaka pour effectuer des sorties de terrain. Ce dernier fait savoir qu’il lui a fallu débourser 34 000 FCFA pour que les agents d’enquêtes puissent aller identifier des bœufs au domicile de Diallo Soumaila, dans un quartier de Bobo. Encore,
il dit avoir payé 120 000 FCFA pour que la police puisse se déplacer à 9 km de Bobo. Contacté au téléphone, le
commissaire nie avoir demandé de tels montants à Barry Sambo Issiaka. Il affirme même que c’est le plaignant qui insistait pour leur donner de l’argent. Et généralement, ce sont des sommes dérisoires.
En tout état de cause, cette affaire est très loin d’avoir livré tous ses secrets. Nous y reviendrons ! 

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Simplice Zongo
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