Changer ou périr !

Dans notre édition N°152 du 15 octobre 2014 (page 2), soit deux semaines avant l’insurrection populaire, nous écrivions : « Le plus grand défi qui se pose actuellement au Burkina Faso, c’est surtout de retrouver le sens de la patrie, du patriotisme, du sacrifice collectif et individuel au service de la Nation. Il s’agit de délier le destin personnel des dignitaires à celui de la Nation.

Il faut restaurer l’Etat burkinabè en le mettant au-dessus de tous les citoyens, y compris le président du Faso. (..) Il s’agit de s’engager dans un combat qui, d’une manière ou d’une autre, est celui de la liberté, de la justice, du progrès, de la démocratie. Il s’agit de rejoindre les rangs des forces du progrès contre celles de l’immobilisme, de l’impunité, de la corruption, de la gabegie et du culte de l’indispensabilité.

Il s’agit surtout de créer les conditions pour une paix durable fondée sur les valeurs de la République et la volonté commune de tous les fils de ce pays de vivre ensemble en paix, dans l’égalité et la fraternité.»

Le défi n’était pas tant de chasser Blaise Compaoré du pouvoir, mais surtout de rompre avec le système mafieux et patrimonial fondé sur la corruption, le clientélisme et l’impunité des crimes économiques et de sang qui ont jonché le parcours de son pouvoir depuis la tragédie du 15 octobre 1987.

Deux semaines après, Blaise Compaoré a pris la fuite en plein midi. Dans l’euphorie de cette victoire historique du peuple sur l’imposture, les insurgés ont oublié ce défi de la rupture d’avec le système politique et les acteurs qui l’ont animé pendant les 27 ans. L’on avait cru facilement qu’en
faisant tomber la tête, tout le reste du corps social et politique allait suivre ou tout au moins s’adapter aux nouvelles exigences de renouveau, de changement politique, institutionnel, social et économique.

Beaucoup d’insurgés étaient convaincus qu’après la fuite de l’enfant terrible, il ne pouvait plus se trouver des Burkinabè qui oseraient reproduire ou poursuivre dans la gestion clanique, mafieuse et clientéliste
des affaires publiques. Si bien que l’on n’a pas tenu rigueur à Roch Marc
Christian Kaboré et ses compagnons du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Du reste, l’on a eu besoin d’eux pour réussir l’insurrection.

Malgré le long compagnonnage avec Blaise Compaoré, bien des Burkinabè avaient cru qu’ils ont changé et pouvaient porter l’espoir de rupture. Au lendemain de son élection, nous écrivions dans notre édition N°179 du 15 novembre qu’« en attendant le changement, il faut oser la rupture ». Nous savions déjà que Roch Kaboré ne pouvait pas être le changement. Mais nous espérions comme beaucoup de Burkinabè qu’il pouvait au moins essayer autre chose que ce qu’il a appris avec Blaise Compaoré.

5 ans après, la réalité nous rattrape. La gouvernance Kaboré est une pâle copie du régime Compaoré. Les défis d’avant l’insurrection populaire demeurent. A l’évidence, un mauvais original ne peut pas donner une bonne copie. Blaise Compaoré avait tellement concentré tous les pouvoirs politiques et traumatisé bien de ces compatriotes qu’ils en étaient arrivés à la conviction qu’après lui, quel que soit celui qui arriverait au pouvoir, il ne
pouvait pas être pire.

Malheureusement, en un seul mandat, Roch Kaboré a démontré aux insurgés originels (ceux qui avaient engagé le mouvement sans aucun calcul) que le changement n’est pas possible avec lui. Blaise Compaoré a fui, mais il a laissé derrière, ces institutions sans âmes et incapables de protéger l’intérêt supérieur du peuple, cette administration bureaucratique, corrompue et inefficace. Comme l’a si bien dit un internaute sur Facebook, l’une des plus grandes insuffisances de l’insurrection, c’est d’avoir «chassé Ali Baba et laissé ses 40 voleurs ». Et ils continuent de faire leur temps.

Même les évènements dramatiques contre l’épidémie actuelle du Covid-19 sont perçus comme des opportunités d’enrichissements personnels. Le « plus rien ne sera comme avant » s’est transformé en tout est pire qu’avant. Pour autant, faut-il regretter Blaise Compaoré ? Assurément non ! Car, ce qui arrive aujourd’hui n’est que la résultante de son long règne bâti sur la destruction des valeurs de dignité, d’intégrité, de justice et d’équité. Roch Kaboré et les siens ont fait la preuve qu’ils ne savent pas faire autre chose que ce qu’ils ont fait avec Blaise Compaoré.

Ils ne peuvent donc pas redresser la société. Bien au contraire, ils continuent de l’enfoncer dans les abîmes. C’est la triste réalité! Si le peuple aspire réellement au changement, il n’a d’autre choix que d’œuvrer à un véritable renouvellement de l’élite politique dans son ensemble.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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