COMMUNE DE NIANGOLOKO : Des passagers en provenance de la Côte d’Ivoire dans une fausse quarantaine

La Commune de Niangoloko, située à la frontière avec la Côte d’Ivoire, dans la région des Cascades, garde son souffle en ce moment. Le 5 avril 2020, 54 Burkinabè, commerçants de bétail, ayant séjourné en Côte d’Ivoire pour leurs affaires et s’y trouvant au moment de la fermeture des frontières terrestres, ont réussi la prouesse de franchir la frontière malgré la mesure de fermeture. Devant le fait accompli, ces invités inattendus trouveront refuge à la salle polyvalente de la Mairie pour, dit-on, leur quarantaine. Cette quarantaine ne les empêchera pas d’avoir des contacts avec la population. L’hostilité de la population, en particulier des jeunes, n’y pourra rien. Les passagers seront parqués dans cette salle inappropriée pour une quarantaine. L’affaire renferme beaucoup de non-dits. Qui a autorisé la violation de la mesure de fermeture des frontières ? Qui a la responsabilité de ces passagers ? Comment leur statut sérologique est-il pris  en charge

De par sa position, Niangoloko, malgré la fermeture, accueille chaque jour des étrangers du fait de l’autorisation de circulation du fret. Des chauffeurs et leurs apprentis de pays différents y séjournent et sont en contact avec les populations. Ces facteurs de risque avec le contexte de Covid-19 avaient conduit bon nombre d’habitants à interpeller les autorités communales pour la prise de mesures. Les jeunes de la cité, eux, avec l’appui de bonnes volontés, vont mettre l’accent sur la sensibilisation et la distribution de gel hydro-alcoolique à la population.

C’est dans ce contexte de mise en œuvre d’actions de prévention qu’un car de la compagnie TSR, avec à son bord 54 passagers, tous des Burkinabè d’un âge avancé, se trouvant au moment de la fermeture des frontières en Côte d’Ivoire, pays ayant enregistré des cas de Coronavirus, va débarquer à l’improviste et pratiquement à l’insu des autorités municipales. Ces dernières vont se charger d’héberger ces passagers. Mais comment ce car a-t-il pu franchir les frontières du Burkina ? Selon des sources concordantes, l’initiative du rapatriement vient d’un opérateur économique burkinabè du nom de Issiaka Sawadogo, résidant en Côte D’Ivoire. Ce dernier est le président de la Confédération des fédérations nationales des filières bétail et viande des pays membres de l’UEMOA. A en croire des témoignages concordants, c’est bien lui qui a facilité leur regroupement, puis la sortie des commerçants du territoire ivoirien. Et c’est suite à son intervention que le ministère des Ressources animales ivoirien leur a accordé un laissez- passer pour sortir du territoire ivoirien.

Selon une source en Côte D’Ivoire, il voulait simplement aider ses frères qui se trouvaient bloqués en Côte d’Ivoire. Mieux, ces derniers sont des membres de son association. Mais, l’homme d’affaires n’a certainement pas pu tout seul avoir cette autorisation. Plusieurs sources indiquent une prise de responsabilité du Premier ministre, Christophe Marie Dabiré, qui aurait donné l’ordre de laisser le car fouler le sol burkinabè. Mais ont-ils pris toutes les dispositions nécessaires pour un rapatriement sans conséquences ? Pas si sûr.

Toujours est-il que contrairement à beaucoup d’autres Burkinabè qui restent bloqués à l’extérieur, le car va donc franchir toutes les barrières de sécurité pour se retrouver à Niangoloko et se garer directement au Centre médical. Et c’est en ce moment que le Maire de la Commune de Niangoloko va apprendre l’arrivée dans sa Commune des passagers en ces temps d’incertitudes, de riposte contre le Covid-19.

A en croire le bourgmestre de Niangoloko, les passagers sont restés dans le car pendant près de 4h, le temps que les tractations finissent et qu’une solution puisse être trouvée. Et pendant ce temps, les vendeurs d’eau et bien d’autres produits de consommation leur étaient servis. A en croire des témoignages sur place, aucune mesure n’a été prise pour empêcher ces vendeurs de s’approcher du car.

Un isolement avec des insuffisances inadmissibles

Mis devant le fait accompli et après concertation, le bourgmestre de la ville dit avoir reçu l’ordre au niveau des autorités régionales de les recevoir à Niangoloko. Ils ont donc fait l’inventaire des possibilités d’hébergement et cela a montré clairement qu’il n’y avait pas de possibilités de les garder sans risque à Niangoloko, pour une mise en quarantaine. Dans cette veine, le Haut-commissaire de la province de la Comoé, Aminata Sorgho/Gouba, explique que ces passagers  devraient être emmenés dans une ville qui offre beaucoup plus de possibilité pour leur confinement. Mais, précisera-t-elle, en pareille situation, la prudence commanderait de les garder dans la première ville. 

Pour elle, des dispositions ont été prises pour les mettre en quarantaine et qu’ils soient suivis de façon quotidienne par les autorités sanitaires de la région pendant la période de confinement. Et pourtant, l’on ne voit pas ces mesures sur le terrain. Ces passagers se prennent eux-mêmes en charge et aucune mesure de distanciation n’est appliquée. Pire, il y a un problème de ravitaillement en eau sur le site et le Maire explique que cette situation a été relevée au moment du choix du site d’hébergement. A ce qui se dit, l’ONEA y a fait des installations circonstancielles mais cela ne va résoudre le problème d’eau qui reste entier. D’autres sources sur place nous indiquent qu’il n’est pas exclu que cette mesure ne se solde par une désertion du site par les passagers.

Le Professeur Martial Ouédraogo, Coordonnateur national de la riposte, dit être au courant de l’entrée des passagers à Niangoloko, mais instruction a été donnée de les mettre en quarantaine, fera-t-il remarquer. Comme solution aux défaillances de la mesure de quarantaine, il propose que chacun s’assume d’abord en appliquant les mesures barrières dans cette lutte contre le Corvid-19, parce que, dit-il, on ne peut pas mettre un policier derrière chacun pour faire respecter une mesure de quarantaine.

Les populations inquiètes, accusent l’Etat de les avoir délibérément mises en danger en cédant au copinage. Certains en veulent au Maire qui, de leur point de vue, n’a pas su protéger sa population. Ces derniers pensent qu’il ne devrait pas accepter de garder les passagers, ou à défaut, ne devrait pas badiner avec les mesures de quarantaine pour protéger sa population.

Pour le Haut-commissaire, en toute mesure, il y a des failles et c’est pendant la mise en œuvre qu’elles sont corrigées au fur et à mesure. Sauf que là, les failles risquent de mettre le feu dans une Commune qui jusque-là, n’a pas enregistré de cas de Coronavirus. Affaire à suivre !

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Simplice Zongo
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