Congrès du MPP: Roch n’est pas Blaise Compaoré

Au commencement, c’étaient les RSS (Roch, Salif et Simon), trois pontes du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), fidèles lieutenants de Blaise Compaoré pendant de longues années, tombés en disgrâce, l’un après l’autre, avec des fortunes diverses. Mis à l’écart de la Direction du CDP devenu la propriété privée de Blaise et François Compaoré, ils ont pris leurs responsabilités. La suite, on la connaît. Le 4 janvier 2014, avec 72 autres membres du Bureau politique national du CDP, ils démissionnent et fondent le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) qui a rejoint l’opposition et a participé à l’insurrection populaire.

Très vite, ils ont reconstruit une machine électorale qui leur a permis de remporter la présidentielle, les législatives en 2015 et les municipales en 2016. Mais derrière cette puissante machine, se cachent de blocs de clans derrière chacun des 3 leaders. Au MPP, on est plus pro-untel que militant, est-on tenté de dire. A l’épreuve de l’exercice du pouvoir, le parti montre des signes inquiétants de fissures. L’on découvre aussi que certains militants ne sont que de simples aventuriers mus par des ambitions et intérêts personnels. Ce qui s’est passé après les municipales, avec de nombreux cas d’indiscipline notoire, montre à souhait que certains se moquent éperdument des idéaux du parti.

Mais au fond, ces aventuriers sont moins dangereux pour le parti. Ceux-là, on peut même les exclure. Ils iront sous d’autres cieux. Les plus dangereux, ce sont surtout les prétendus lieutenants de chacun des trois leaders qui manquent parfois de l’intelligence minimale pour comprendre que ce parti tient jusqu’à présent sur trois pieds : sans l’un des trépieds, il risque de couler. Chaque trépied a un rôle qu’aucun des deux autres ne peut jouer. Chacun des trois le sait également. Mais par calculs politiciens parfois peu réfléchis, certains cherchent, non pas à maintenir seulement leur influence, mais bien plus à réduire celle des autres sur le fonctionnement du parti et des instances. Car, in fine, le contrôle du parti revient plus ou moins à contrôler le pouvoir et l’appareil d’Etat.

C’est sans doute ce qui explique toutes les tractations en cours dans les préparatifs du prochain congrès prévu le 10 mars prochain. Pour certains, le premier vice-président qui assure l’intérim depuis l’accession de son président fondateur aux fonctions présidentielles, doit être naturellement confirmé au poste de président du parti. Pour d’autres, lui confier cette charge c’est finalement lui confier tous les pouvoirs. Car, déjà en tant que chef du Parlement, il contrôle le législatif, et lui donner la Direction du parti c’est lui offrir tout l’appareil d’Etat sur un plateau d’or. Les thuriféraires d’une telle thèse voudraient faire de Roch Marc Christian Kaboré un Blaise Compaoré. Le Président Kaboré deviendrait le seul patron du parti et ferait autres, des lieutenants qui exécuteront des tâches que lui voudrait leur confier. Ils proposent ainsi que la présidence du parti soit supprimée et remplacée par un secrétariat exécutif. Mais quelle différence ? Mieux, ceux-là oublient que le Président Kaboré n’est pas propriétaire du MPP. Mieux encore, les RSS ne sont plus propriétaires du MPP. Et Roch n’est pas Blaise. Salif Diallo n’est pas non plus Roch Kaboré, ni Assimi Kouanda ! Ça il faut le savoir.

C’est donc dans un contexte assez électrique que le MPP prépare son congrès. A ce que l’on dit, ce congrès est très attendu par les militants mais avec des ambitions et des intérêts pas toujours convergents. Il faut espérer que le parti et ses principaux leaders prendront toute la mesure de la situation et éviteront au Burkina des crises institutionnelles inutiles. Car, qu’on le veuille ou pas, c’est le parti au pouvoir. Et s’il vole en éclats, la stabilité des institutions pourrait prendre un coup. Vivement donc que chaque camp sache raison garder pour éviter au pays le spectacle de la désolation. Mais plus que les deux autres, c’est le Président Kaboré qui doit assumer son leadership en ramenant toutes les troupes derrière une direction capable de préserver les acquis du parti. Il doit éviter de se laisser pomper l’air par des courtisans zélés qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Du reste, si le parti éclate, le premier perdant ce sera lui.

Boureima OUEDRAOGO

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