promin Salif K

Promotion minière, Edition 2012: Cafouillages organisationnels, opacité et micmacs !

promin Salif KLes lampions se sont éteints le 7 décembre dernier, à Ouagadougou, sur la 6e édition des Journées de promotion minière (PROMIN 2012), organisées par le ministère des Mines, des Carrières et de l’Energie. Du côté des organisateurs, c’est le satisfecit. La manifestation a, dit-on, été un total succès. On a fait de bonnes affaires et on se frotte les mains. Cependant, cette satisfaction débordante n’est pas partagée par l’ensemble des participants. En plus, un coup d’œil dans certains dossiers de l’organisation de la manif laisse voir des choses troublantes.

Il ne faisait pas bon pour un journaliste de rechercher des informations, particulièrement des chiffres, sur l’organisation de la 6e édition des Journées de promotion minière (PROMIN 2012), tenue les 6 et 7 décembre derniers à Ouagadougou. «…la question est un peu délicate; je pense que ce ne serait pas bon de vous donner ce chiffre ». Ainsi avait pratiquement botté en touche,le ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie, Salif Kaboré, suite à notre question sur le budget de PROMIN 2012, au soir de cette manifestation. Il s’était ressaisi pour ajouter ceci : « ce qui est clair, c’est que nous avons bénéficié de l’appui de la Banque mondiale, nous avons bénéficié de l’appui de certains sponsors, l’Etat du Burkina a mis de l’argent… ». Par la suite, le ministre nous a mis en contact avec un de ses proches collaborateurs. Pour avoir été au cœur de l’organisation, ce dernier est censé mieux maîtriser les chiffres. Il est le coordonnateur du PADSEM (Projet d’appui au développement du secteur minier), un projet financé notamment par la Banque mondiale.

Ce projet aurait joué un rôle central dans le financement de PROMIN 2012. Avec lui, nous apprenons que la Banque mondiale a financé la manifestation à hauteur de 280 millions. L’Etat burkinabè y a mis 80 millions. Bien d’autres partenaires y ont contribué. Mais, il est impossible d’obtenir un chiffre quant au budget global de la manifestation. Côté sponsors, différents niveaux de sponsoring ont été définis, avec des avantages liés à chaque niveau. Ainsi, il y avait le niveau Diamant. C’était le niveau le plus haut et le plus prestigieux. Pour prétendre à ce titre de « Sponsor Diamant », il fallait casquer la bagatelle de 30 000 000 FCFA. Ensuite, il y avait les niveaux Or, Argent et Bronze, revenant respectivement à 15 millions, 10 millions et 5 millions FCFA. Quant aux stands, leurs prix variaient de 250 000 à 500 000 FCFA. Combien de sponsors a-t-on enregistré et combien cela a rapporté ? Mystère. Il est impossible d’obtenir un chiffre au niveau du Comité national d’organisation (CNO).

L’«exploit» de Mosaïk Services

A y regarder de près, trop de pratiques peu claires ont émaillé l’organisation de cette édition 2012 de PROMIN. On reste parfois songeur face à certaines pratiques. Pour une manifestation organisée avec des fonds publics, on est tout simplement ahuri. Cette année, en plus du CNO, il a été décidé de recruter un consultant privé pour l’organisation pratique de la manifestation. En théorie, un besoin d’efficience aurait présidé à la prise de cette décision. Mais dans la pratique, tout porte à croire qu’il s’est agi d’une duperie organisée. Au terme d’une procédure bien curieuse de recrutement, c’est l’agence « Mosaïk Services » qui a été retenue. Un avis de manifestation d’intérêt a été lancé courant août 2012. Contrairement aux textes en vigueur, en matière de publicité sur les marchés publics, cet avis a été publié uniquement dans la Revue des marchés publics. Pourtant, le décret portant réglementation générale des marchés publics et des délégations de service public dispose notamment en ses articles 55 et 56 que les avis d’appel à concurrence doivent être portés à la connaissance du public par une insertion dans la Revue des marchés publics et dans au moins un journal d’information générale de grande diffusion. Là n’est pas le vrai problème. Selon les termes de références du recrutement, le consultant doit notamment « justifier d’une bonne expérience dans le domaine de l’organisation des grands évènements en général, et des conférences internationales en particulier, une implication dans l’organisation de journées de promotion minières antérieures sera considérée comme un avantage ». Plus spécifiquement, les consultants intéressés doivent « fournir des informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services (références concernant l’exécution de contrats analogues, expériences dans la réalisation de missions semblables, disponibilité de connaissances nécessaires parmi le personnel, chiffres d’affaires réalisés par l’entreprise au cours des cinq dernières années, etc.) ».

Une affaire de gros sous !

On se demande bien comment l’entreprise retenue a-t-elle pu remplir toutes ces exigences. Selon l’avis de constitution de société faite par annonce légale auprès de la Maison de l’entreprise du Burkina Faso, Mosaïk Services a été immatriculée au registre de commerce et du crédit mobilier de OUAGADOUGOU le: 2012/06/08 sous le numéro BFOUA2012B2714 suivant acte de dépôt n°: 783/12 du même jour. C’est dire que cette entreprise a été créée juste quelques semaines avant le lancement du marché de l’organisation de PROMIN. A combien s’élève le coût de sa prestation ? A cette question, le spécialiste de passation de marchés au PADSEM, Apollinaire Ouédraogo, répond ceci : «… sur le plan professionnel, nous n’avons pas le droit de communiquer le montant des contrats des gens (…) Il n’y a que ceux qui ont soumissionné qui ont droit à l’information ». Pourtant, à la lecture de chaque compte rendu des sessions du Conseil des ministres, l’opinion publique découvre régulièrement les montants de marchés publics de l’Etat ? Pourquoi y a-t-il de secret en ce qui concerne ce contrat ?

A ce qu’on dit, c’est une affaire de gros sous. Au-delà de la passation du marché, son exécution aussi fait des gorges chaudes, même au sein du comité national d’organisation. Finalement, le consultant n’aura pratiquement rien fait comme travail, malgré les gros sous encaissés. Constate avec amertume un membre de ce comité. Ce sont les agents du ministère qui ont abattu tout le boulot de l’organisation. Les termes de références du recrutement prévoient que la durée de la mission du consultant est de 60 jours. C’est sur cette base que la prestation a été facturée. Or les résultats du recrutement ont été publiés seulement le 27 novembre 2012. Soit pratiquement une semaine avant le début de la manifestation. Les mêmes termes de références prévoient que le consultant doit déposer le rapport d’exécution de sa mission au maximum 15 jours après la clôture de PROMIN. Un petit calcul rapide montre que dans la pratique, le consultant n’aura travaillé que pendant 25 jours en gros, si l’on considère le dépôt de son rapport comme la fin de sa mission. Pourtant, il est payé pour 60 jours de travail. Et ce n’est pas tout ! Nous avons contacté la première responsable de Mosaïk Services, au lendemain de PROMIN pour lui demander un entretien sur l’organisation pratique de la manifestation. Dans un premier temps, elle s’est montrée disponible et nous a promis de nous recontacter incessamment. Après plusieurs jours d’attente, lorsque nous l’avons relancée, elle nous a pratiquement envoyé paître. Son calendrier ne lui permet plus de nous recevoir. Nous a-t-elle simplement signifié en fin de compte. Bien curieuse cette façon de faire pour un consultant dont l’une des missions essentielles était de « veiller au bon déroulement de la couverture médiatique de l’évènement ». A ce qu’on dit, la patronne de «Mosaïk Services », Mme Barry Isabelle M’Bengué n’est pas n’importe qui. Ses parrains se comptent au plus haut sommet de l’Etat et dans l’une des plus grosses sociétés minières du pays.

Une mascarade organisationnelle !

Naturellement, toutes ces combines n’ont pas manqué d’impacter négativement l’organisation de PROMIN 2012. Nombreux sont les participants qui en sont repartis le cœur serré et plein de ressentiments. « Une véritable mascarade ». Ainsi apprécie l’organisation, cet exposant rencontré sur le site quelques instants avant la clôture de l’évènement. Et le voilà égrener un long chapelet de désagréments. Après avoir rencontré, dit-il, tous les problèmes du monde pour obtenir son stand, au moment de l’installation, malgré un choix formel fait au préalable sur un plan, il s’est retrouvé dans un stand sans électricité. En plus, l’emplacement n’a rien à voir avec ce qu’il avait choisi sur le plan, il se retrouve relégué dans un endroit sans grande visibilité. Conséquence, son exposition est passée inaperçue du plus gros lot des visiteurs.Sans oublier toutes les misères endurées par certains participants pour obtenir les badges à l’ouverture. « Nous avons eu les mille problèmes pour nous restaurer. On nous traite comme si nous étions venus ici pour quémander à manger. Des policiers nous chassent comme des malpropres, pourtant nous avons payé chèrement pour être ici… ». Grogne un autre, visiblement très remonté contre les organisateurs. Rencontrée sur l’aire d’exposition peu avant la clôture, cette dame aussi ne décolère pas. Elle est très navrée de n’avoir pas pu prendre part à PROMIN, faute d’obtention de stand. Elle dit pourtant s’y être prise assez tôt. Elle voulait 3 stands pour elle et des partenaires étrangers qui l’avaient sollicitée. Elle est rentrée en contact avec les organisateurs depuis début novembre 2012. On lui a demandé, explique-t-elle, d’envoyer un email pour qu’on lui transfère le plan pour qu’elle fasse son choix parmi les stands encore disponibles. Ce qu’elle a fait. Le plan lui a été envoyé et elle a pu effectivement faire ses choix. Par la suite, on lui a demandé de passer au ministère pour payer immédiatement, au risque de voir ses stands réattribués à d’autres demandeurs. Elle se présente au ministère, mais elle n’arrivera jamais à faire son payement. On lui a fait savoir par la suite que le plan qu’on lui avait envoyé n’avait pas été actualisé et que d’autres personnes avaient déjà choisi les mêmes stands bien avant elle. Ses multiples va-et-vient n’y ont rien fait.Elle et ses partenaires ont raté l’évènement. Sa colère est d’autant plus grande qu’elle est venue trouver plusieurs stands non occupés durant tout l’évènement. Comment comprendre un tel paradoxe ? S’interroge-t-elle désemparée.

Une gestion financière à problèmes

Réceptionner les inscriptions des participants ; veiller à la mise en place des stands et coordonner leur occupation selon un plan préalablement dessiné ; au bon déroulement de la restauration, des pauses-café et autres réceptions …. Tout cela fait partie des missions du consultant. Manifestement ,rien n’a fonctionné à tous ces niveaux. Concernant la restauration, M. Ouédraogo reconnaît qu’il y a vraiment eu des manquements. Mais il justifie cela par le fait qu’au départ, il était prévu un chiffre de 500 personnes à restaurer. Mais à l’arrivée, ils se sont retrouvés avec près de 800 personnes sous la main. Mais comment tout cela a-t-il bien pu arriver ? A partir du moment où le comité d’organisation était censé avoir la nette situation des participants, sur la base des inscriptions et des payements perçus. A cette question, le spécialiste de passation des marchés du PADSEM se perd dans des justifications peu convaincantes, confirmant une fois de plus, tout l’amateurisme qui a caractérisé cette organisation.Au sein du comité d’organisation, certains membres ne cachent pas leur déception face à la manière dont leurs responsables se sont comportés avec les fonds publics. La gestion financière jugée digne d’un autre âge cristallise la controverse en sourdine. Il est pratiquement impossible de faire un point fiable sur les finances de la manifestation, tant la traçabilité des fonds s’avère chimérique. Regrette un membre du comité. Par exemple, en veut-il pour preuve, pour les locations de stands, juste un banal reçu sur du papier volant était remis au souscripteur contre le payement des frais de location. En plus, pour les inscriptions en ligne, PROMIN n’avait pas une adresse officielle. Toutes les opérations se sont faites avec des adresses email privées de trois responsables, comme l’atteste les fiches d’inscription et autres bons de réservation de stands téléchargeables sur le site web de PROMIN.

Par Y. Ladji BAMA

Avatar
Ecrit par
Le Reporter
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Avatar Ecrit par Le Reporter

Nous suivre sur…