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RECRUTEMENT DANS L‘ARMEE Un faux militaire escroque près d’un million FCFA à des candidats

bereL’affaire est rocambolesque. Tel un scénario de film bien ficelé, un jeune Burkinabè escroquait des citoyens au prétextequ’il est de la hiérarchie militaire et de ce fait, il est en mesure de les faire intégrer l’armée. Plusieurs personnes sonttombées dans le filet. Aujourd’hui, le vrai faux militaire séjournerait en prison. Il avait sa méthode mais il a fini par êtredébusqué. Comment procédait-il ?

Appelons-le «Béret» en attendant. A beaucoup de gens, il se présente comme un militaire. Mieux, il donne vraiment l’air de quelqu’un qui fait corps avec l’armée, laissant certains de ses comportements le démontrer. Le « garde-à-vous » lui va bien. Il se retrouve souvent avec des hommes de tenue. Des fois, c’est une carte militaire qu’il exhibe et manie adroitement le jargon militaire. Voici ce qui facilite l’intégration de « Béret » dans certains milieux au point d’en avoir usé pour atteindre ses proies. « Béret » trie ses victimes.

Sa technique, il semble l’avoir minutieusement préparée. Une fois la victime identifiée, il fait tout pour se faire familier avant d’aborder la question qui l’importe avec les gens de son entourage. Une fois que le contact est établi et un minimum de confiance acquise, il déroule son tapis. Il extorque des sous au prétexte qu’il peut faire entrer des jeunes dans les rangs de l’armée. Nous avons eu vent de deux victimes au moins. Pour l’une des victimes, voici comment « Béret » a procédé. C’était en début d’année 2016. La victime est un ami de la famille de « Béret » mais perdu depuis de longues dates.

Après avoir tout fait pour se familiariser avec la victime qu’il a retrouvée à tout hasard, il explique d’abord à Ben (ndlr: nom d’emprunt) qu’il est maintenant militaire et qu’il travaille avec la hiérarchie de l’armée ; précisément avec un officier dont il est proche et dont il bénéficie de la confiance. Il n’oublie pas d’ajouter que l’officier en question lui confie régulièrement ses secrets, sans le nommer. C’est dans ce cadre qu’il dit avoir eu vent des conditions de recrutement au sein des Forces armées nationales. « Béret » poursuit en expliquant à Ben qu’en plus de ceux qui « courent » pour entrer, il existe une autre catégorie d’appelés dite « liste du commandement ». Avec cette liste, soutient « Béret », la haute hiérarchie peut intégrer une soixantaine de personnes dans l’armée par an.

Quant à lui, il peut plaider auprès de son officier pour avoir quelques places pour Ben. « Béret » précise sans tarder que s’il est intéressé, une place coûte 150 000 FCFA avec un premier versement obligatoire de 100 000 FCFA. Les autres 50 000 F CFA seront versés une fois le recrutement fait et le jeune intégré pour commencer la formation. En plus des 150 000 FCFA, quelques documents sont à joindre. Ce sont : un numéro de la pointure des chaussures, un examen d’électrophorèse et un acte de naissance. Ben hésite pendant quelques jours.

« Béret » ne cesse d’insister. Ben finit par envoyer 100 000 F CFA à « Béret » pour le compte d’un jeune ainsi que le dossier. Quelques temps après, « Béret », sentant que la mayonnaise allait prendre, informe Ben qu’il y a encore d’autres places disponibles. Une deuxième inscription est faite. Le temps annoncé pour le départ passe, mais rien. Les jeunes ne sont toujours pas partis. Interpellé par Ben, « Béret » se joue encore de lui et lui prend 75 000 FCFA pour trois places car, confie-t-il, il a dû négocier avec sa hiérarchie, plus 35 000 FCFA en vue de payer un équipement militaire. Ils sont finalement 5 jeunes inscrits sur la liste de « Béret ». Tout est réglé mais aucune bonne nouvelle ne vient de « Béret ». Ne voulant pas impatienter sa victime, il lui conseille de convoyer les jeunes à Bobo, où ils seront accueillis par ses collègues.

Ben s’exécute. Il envoie les jeunes sur Bobo. Pendant près d’une semaine, quatre jours exactement, apprend-on, les 5 jeunes errent dans la ville, sans savoir où aller. Personne pour les accueillir. Point de collègues de « Béret ». Les 5 compagnons d’infortune rebroussent chemin et atterrissent à Ouaga. C’est quelques jours plus tard que « Béret » expliquera à Ben qu’il y a eu un manque de moyens de déplacement au lieu de la formation pour venir chercher les jeunes. Il promet de s’en charger personnellement. Sitôt dit, sitôt fait. C’est alors qu’il accompagne les jeunes lui-même jusqu’à Bobo. Là encore, il récupère 50 000 F par jeune afin de « faciliter l’entrée » dans le centre de formation. Cette deuxième tentative va à nouveau échouer.

Retour à Ouaga après quelques nuits passées dans les rues de Bobo. Selon certaines informations, les jeunes auraient même été conduits aux environs d’un camp de formation où ils rodaient. Là, un habitant de la localité qui a senti la bizarrerie des mouvements des jeunes, les a rassurés. Selon leur interlocuteur, de telles scènes sont légion. Des jeunes rodent souvent dans les parages et finissent par intégrer le camp de formation leur, dit-il. Il conclut en leur confiant qu’il en voit régulièrement. Au total, c’est presque le million FCFA que « Béret » a extorqué à Ben sans que les jeunes n’intègrent les rangs des Forces armées nationales. Mais Ben n’aurait pas été la seule victime. Il y en a d’autres. Aux dernières nouvelles, « Béret » a été interpellé et séjournerait en prison.

Cependant, les questions continuent de tarauder les esprits. « Béret » est-il réellement un militaire ? Comment a-t-il pu se procurer des cartes militaires ? « Béret » est-il unfaux militaire ? Comment a-t-il pu se rendre compte qu’une telle pratique était possible ? Quid de l’interlocuteur des jeunes dans la zone du camp de formation ? Mystère et boule de gomme. Affaire à suivre !

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