SONAGESS: Grosse polémique autour de détachements d’agents

Les recrutements, détachements ou autres mouvements de personnel vers les sociétés d’Etat sont réglementés dans l’administration publique. Ils doivent être préalablement autorisés par le Conseil d’administration de chaque société. C’est du moins ce que prévoient les textes. Mais voilà qu’à la Société nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire (SONAGESS), une situation contraire s’est présentée. Le Directeur général (DG) de ladite société y fait détacher des agents en provenance de son ministère de tutelle, sans autorisation préalable du Conseil d’administration. Ledit Conseil prend une délibération en vue du retour des agents concernés dans leurs structures d’origine. Mais le DG ne l’entend pas de cette oreille. Et cela crée une polémique qui ne finit pas d’enfler.

 

Tout a commencé en février 2015, quand des agents en poste au ministère en charge de l’agriculture et de la sécurité alimentaire obtiennent un détachement auprès de la Société nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire (SONAGESS). Un des arrêtés ministériels sur la question, datant du 25 juin 2015, a notifié clairement que l’agent T.I.A. en service au cabinet du ministre, « est placé en position de détachement sur demande auprès de la SONAGESS à compter du 13 février 2015 pour une période de 2 ans et 6 mois ».

Il y a problème, puisque le Conseil d’administration (CA) de la SONAGESS, qui doit donner l’autorisation à la Direction générale pour tout recrutement de personnel, n’a jamais pris une décision dans ce sens. C’est pourquoi, la session extraordinaire du CA de la société, tenue le 28 octobre 2015, a rejeté le dossier de recrutement par voie de détachement présenté par la Direction générale. « Il ne revient pas au CA d’avaliser des demandes de détachement, mais d’autoriser les recrutements conformément aux textes », peut-on lire dans le procès-verbal (PV) de ladite session. Par la même occasion, suggestion a été faite à la Direction de la société de motiver le besoin de recrutement à travers un exposé des motifs en incluant les postes à pourvoir, les profils et l’incidence budgétaire.

Les affectations ayant déjà été effectuées depuis des mois à la SONAGESS, le CA a fait savoir à la Direction générale, la nécessité absolue de respecter les textes régissant la vie de la société. Ainsi, recommandation a été également faite à l’endroit de la Direction de faire en sorte que « tous les agents en situation irrégulière rejoignent leurs structures d’origine ». En clair, le CA et la Direction générale de la SONAGESS ne parlent plus le même langage. C’est le début d’un bras de fer entre les deux entités qui n’a que trop duré. La Direction générale n’a pas mis en œuvre les résolutions du CA prises à la dernière session extraordinaire. Au contraire, elle a procédé à la fixation de salaire desdits agents détachés de façon irrégulière au sein de la SONAGESS. Dès janvier 2016, le président du CA (PCA), Dénis Ouédraogo, se décide alors à solliciter l’avis du président du cadre de concertation des sociétés d’Etat, par ailleurs ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, sur la situation. La réponse du ministre Stéphane Wenceslas Sanou dans une correspondance au PCA est sans équivoque, « le détachement de ces agents ayant été rejeté par le Conseil d’administration qui est l’organe décisionnel de la société, il appartient à la Direction générale de tirer toutes les conséquences et de prendre des mesures pour l’application effective des délibérations de cet organe ». Pour étayer ses propos, le ministre évoque la résolution portant détachement des agents publics au sein des sociétés d’Etat qui stipule que, « tout recrutement, détachement ou autre mouvement du personnel vers les sociétés d’Etat doit être préalablement autorisé par le Conseil d’administration conformément aux statuts du personnel desdites sociétés ». Avec cet avis du ministre, le PCA est certainement convaincu du non-respect des textes par la Direction de la SONAGESS. Mais encore une fois, une autre session extraordinaire s’est tenue en avril 2015. Elle a délibéré de nouveau en instruisant le Directeur général de la société d’Etat, de prendre toutes les dispositions pour que les trois agents en situation irrégulière cessent service et rejoignent leurs structures d’origine. Peine perdue. Car il n’en sera rien jusqu’au 05 décembre 2016, date à laquelle s’est tenue une session ordinaire du CA. Cette fois-ci, la délibération est ultime, « Il est mis fin au paiement de salaires au profit des agents irrégulièrement détachés auprès de la SONAGESS». Dans la foulée de cette décision, le PCA a demandé particulièrement au Directeur financier et comptable (DFC) de veiller à la suspension des salaires des agents concernés.

Selon nos informations, le DFC s’est exécuté. Il aurait suspendu les salaires des agents détachés irrégulièrement. Par contre, le Directeur général qui est censé exécuter ladite délibération dès la date de sa signature, ne l’a pas fait. Deux des agents concernés sont toujours en poste à la SONAGESS malgré la suspension de leur salaire.

Mais pourquoi le DG fait-il fi des délibérations du CA?

Le DG de la SONAGESS, Fimba Julien Lompo, pour sa part, balaie du revers de la main toutes les incohérences soulevées. Il dit avoir sollicité les trois détachements auprès du ministère de tutelle qui l’a accepté, pour des besoins de management et d’efficacité, en vue de l’atteinte des résultats qu’il s’était fixés. En arrivant à la tête de la structure, soutient-il, tous les voyants étaient au rouge, du fait d’une gestion catastrophique avec à la clé des dettes d’environ 14 milliards FCFA et plusieurs tonnes de céréales en décomposition. En vue d’un redressement de cette situation, il lui fallait former une équipe à la hauteur des défis du moment. Or, poursuit-il, la boîte accusait un déficit criard de cadres. C’est pour cela qu’il a sollicité le détachement des trois cadres en question.

Selon lui, contrairement à ce qui se dit aujourd’hui, le ministre d’alors (Ndlr : sous la Transition) a autorisé ces détachements et le PCA en était bel et bien informé et ce dernier n’y avait pas trouvé de problème tant que l’ancien ministre était en poste. C’est avec le changement de gouvernement que certains revirements ont été constatés, déplore-t-il. Du reste, à en croire le DG Fimba Julien Lompo, ce ne serait pas la première fois que des détachements se font dans les mêmes conditions à la SONAGESS sous le même Conseil d’administration. Il dit ne pas comprendre pourquoi tant de fixation sur ceux-ci.

Des détachements pas au goût du personnel.

A l’issue d’une assemblée générale du personnel de la SONAGESS, au cours de laquelle le sujet a été évoqué, il ressort que la manière dont se sont effectués les détachements n’est pas du goût d’une large majorité des travailleurs. Toutefois, à travers leurs responsables, des démarches ont été faites auprès du DG et du PCA afin de comprendre leurs positions respectives. Même s’il soutient que lui et ses camarades sont pour le respect des textes, le délégué du personnel, Jacob Ouédraogo, a souhaité donner la position officielle du personnel après une audience qui a été sollicitée auprès de leur ministre de tutelle. Aux dernières nouvelles, on apprend que le Conseil d’administration vient de révoquer le DG et un intérimaire a été nommé à sa place. Cela mettra-t-il fin à ce bras de fer qui n’avait que trop duré ? Affaire à suivre.

Par Dasmané Niangané

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