AFFAIRE CHARBON FIN D’ESSAKANE : Attention ! ça ne sent pas bon…

Le juge n’attendrait que la contre-expertise pour poursuivre le dossier. L’affaire charbon fin d’Essakane SA, qui avait secoué le Burkina Faso à la fin de l’année 2018, ne finit pas avec les rebondissements. Depuis bientôt deux ans que le dossier brûle entre les mains de plusieurs acteurs sans que l’on puisse prédire la fin qui lui est réservée. Deux ans, cela pourrait paraitre long mais il est de bon ton de laisser la Justice se hâter lentement afin de
rendre la juste décision. Cela explique que beaucoup de personnes surveillent la Justice comme de l’huile sur du feu. La question alors qui se pose aujourd’hui, c’est où en est-on avec le dossier ? Les échos ne sonnent pas bon. Il y a des inquiétudes et pas des moindres sur le sort qui pourrait être réservé au dossier.

Les enjeux sont énormes et c’est peu de le dire. La tentative d’exportation
des 32 containers de charbon fin par la société minière Essakane risque de créer plus de problèmes à certains qu’il n’en fallait : il pourrait avoir une affaire dans l’affaire. L’on se rappelle que le Parquet général avait requis une expertise afin de situer la Justice sur la nature réelle des produits qui étaient sur le point d’être convoyés par la société minière Essakane SA hors du Burkina et précisément en direction du Canada.

Cette expertise avait conclu qu’il ne s’agissait pas que de charbon fin qui était en train d’être exporté. Mais cela n’était pas de l’avis de la société
minière et de ses Avocats qui ont exigé une contre-expertise au tribunal. Cette requête de la partie défenderesse a été acceptée. Puis, deux experts, des Burkinabè, ont été à nouveau désignés pour la contre-expertise afin d’éclairer le juge. Depuis, l’opinion retient son souffle. Le 22 juillet 2020, les experts ont prêté serment et dès lors, les deux disposaient de trois mois pour rendre leur rapport, disait-on. Il s’agissait pour ces experts d’effectuer
un travail technique en procédant aux « analyses nécessaires pour essayer de déterminer la nature des matériaux » contenus dans les sacs.

Le démarrage des travaux s’est fait attendre. Un mois après, soit le 28 août 2020, nos confrères de l’Agence d’information du Burkina (AIB) alertaient, dans un article, que les travaux d’expertise avaient débuté à Bobo-Dioulasso. Leur mission consistait, de façon claire, à faire des prélèvements d’échantillons « représentatifs pour faire des caractérisations dans les différents laboratoires afin d’obtenir des résultats que nous allons interpréter pour pouvoir permettre à la Justice de continuer son travail. » Aussi, les experts devraient « suivre les méthodes d’échantillonnage selon les pratiques minières afin que les résultats donnés puissent être reconnus
par les gens du domaine et toutes les parties prenantes. » Voici ce que disait l’un des experts de la contre-expertise à Bobo-Dioulasso, au démarrage des travaux en août.

Des craintes légitimes

La première question que l’on se pose, c’est la date à partir de laquelle le délai des trois mois de travaux a commencé à courir. S’il s’agit de la date
de prestation de serment, soit le 22 juillet 2020, les conclusions devraient être rendues le 22 octobre 2020. Ce qui n’est toujours pas le cas. Cependant, si le délai commence à courir à partir du 28 août 2020 (ndlr, date de début des travaux de BoboDioulasso), la date limite du dépôt du rapport devrait être le 28 novembre 2020. L’un dans l’autre, le rapport devrait être enfin remis au Parquet afin que le procès puisse se poursuivre sereinement. Au moment où nous bouclions cette parution, des sources proches du dossier font état d’un rapport de contre-expertise toujours en cours de rédaction. Que s’estil donc passé ? Pourquoi le rapport n’est toujours pas déposé ? Que dit le juge ? Mystère et boule de gomme !

Le sort de la mine pourrait se corser

Selon les informations en notre possession, après les travaux d’analyses des contenus des sacs, la situation de la société minière Essakane pourrait se corser et par ricochet, le ministère des Mines et la Brigade nationale anti fraude de l’or (BNAF), eux qui avaient soutenu et défendu bec et ongle qu’il ne s’agissait que de « charbon fin ». En rappel, aux premières heures de l’affaire, la BNAF avait renoncé à poursuivre la mine. Pour les enquêteurs de la BNAF, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat ! Et pourtant, avec les bribes d’informations sur les travaux des experts, il y a du rififi en l’air ! De quoi s’agit-il ? Selon un expert des questions minières, la première expertise avait d’ailleurs été superficielle. Elle n’avait pas été effectivement très poussée sur ce que transportaient les containers.

Pour lui, la contre expertise est à saluer. Alors, si c’est confirmé que les deux experts burkinabè ont fini leur contre-expertise, nous apprenons que le rapport, quant à lui, est toujours en cours de rédaction. L’affaire requiert
une vigilance extrême. Les premiers résultats de la contre-expertise tendent à confirmer la thèse selon laquelle il n’y avait pas que du charbon fin dans les sacs. Ainsi, l’on tendrait vers des conclusions encore plus accablantes pour la société minière Essakane SA. Selon nos sources, il y a, outre le charbon fin, du vrai minerai dans les sacs. La tentative de fraude à la commercialisation de l’or pourrait donc se confirmer.

C’est alors que des esprits malins auraient commencé à se mettre en mouvement. Pour quoi faire ? Lancinante question. Pendant que le rapport est en cours de rédaction donc et que certains acteurs impliqués sont mis plus ou moins au parfum, les offres les plus indécentes seraient déjà sur la table. Pour l’instant, les espoirs restent intacts sur la qualité des experts, mais les probables fautifs pourraient se jouer les trouble-fêtes. Des offres sonnantes et alléchantes auraient été faites, soit aux experts, soit à toute personne pouvant faire basculer le dossier. Certains évoquent des centaines de millions FCFA, d’autres estiment même à des milliards FCFA ce qui serait sur la table pour orienter les conclusions des experts. Il y a danger. Affaire
à suivre !

Aimé NABALOUM
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