AFFAIRE COOPEC-GALOR : L’agence de Manga et les 2 millions du commerçant

Suite à des plaintes de certains de ses membres et structures, nous avons enquêté, en mai 2019, sur la situation que vit la Coopérative d’épargne et de crédit Galor (COOPEC-Galor). Des entretiens que nous avons eus avec les dirigeants de COOPEC-Galor ainsi qu’avec des membres et des personnes bien au parfum de cette structure de microfinance, il ressort que la boîte connait des difficultés. Des révélations faites et le contenu de certains rapports ne disent pas le contraire. COOPEC-Galor est mal en point. Sa gouvernance défie toutes les règles, disions-nous dans notre parution n°263 du 1er au 14 juin 2019. Visiblement, la descente aux enfers continue et l’agence de Manga est bien l’illustration de ce qui n’augure pas des lendemains enchanteurs.

La gouvernance n’est pas au goût de tous ses membres. La situation financière inquiète des membres. La Coopérative d’épargne et de crédit Galor (COOPEC-Galor) survira-t-elle? La question taraude les esprits et certains clients crient encore leur colère. Pendant ce temps, tout se passe comme si la structure existait pour faire vivre une minorité de ses membres, en l’occurrence les premiers responsables ; les autres, simples clients, devront se soumettre aux désidérata des patrons. En mai 2019, les membres du Conseil d’administration que nous avons rencontrés sont restés de marbre face à nos questionnements et sur ce qui leur était reproché. Pour eux, la structure dont ils sont les membres du Conseil d’administration se porte d’ailleurs bien. Et ce n’est pas de l’extérieur qu’un quidam dira le contraire.

Mais  COOPEC-Galor s’est trop embourbée dans une mauvaise gestion, décriée par les travailleurs, des clients, des membres et même les structures de contrôle. Les rapports de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique ainsi que de la BCEAO que nous avons pu consulter établissaient, en effet, une liste de difficultés que connaissait la coopérative. Ils avaient, en réalité, tapé dans le mile. Selon certaines sources, la crise que connait COOPEC-Galor depuis le siège a affecté bon nombre d’agences. A Koudougou, par exemple, la santé financière de l’agence, les relations avec le siège ne sont pas au beau fixe. La gouvernance imposée par le Conseil d’administration plombe les volontés des dirigeants de Koudougou. Encore, combien de temps cela va-t-il continuer ? A Dédougou, même si la grogne n’est pas encore extériorisée, le malaise est réel.

L’agence de Manga connait, quant à elle, des problèmes allant même jusqu’à des difficultés de remboursement à des clients tenus en laisse par une agence visiblement en souffrance. Selon le responsable de l’agence de Manga, Zongo Zakaria, les difficultés sont réelles. «C’est vrai qu’on a une crise un peu, mais c’est en train de diminuer, dit-il. C’est quand on a rouvert que les gens viennent maintenant pour faire leur retrait, avec leurs inquiétudes. Ils ont leur raison en tout cas. Quand ils viennent, nous aussi nous leur expliquons. C’est vrai, ils ont raison, mais on ne peut pas réunir des fonds du coup comme cela pour partager aux gens. C’est une institution de microfinance, c’est le dépôt, l’épargne et le crédit.»

Mais les problèmes ne se limitent pas aux clients qui souhaitent faire le retrait de leur argent. L’agence éprouve aussi des difficultés pour récupérer des crédits faits à des membres, puisque «nous aussi, nous avons donné (des crédits, ndlr) qu’on n’a pas encore pu récupérer». Preuve que la situation n’est pas du tout aisée à Manga ; Zongo Zakaria confesse : «On négocie avec les gens pour pouvoir relever la situation». En effet, pas plus tard qu’en mai 2019, au beau milieu de notre enquête, un client de l’agence de Manga, Aloïse Segda, avait adressé une lettre salée aux responsables de la coopérative à Manga, sans manquer de crier sa colère et son incompréhension. En effet, il est un client de la coopérative depuis de longues dates, mais il peine à rentrer en possession de son argent déposé à l’agence COOPEC-Galor de Manga. Dans sa lettre de protestation et de réclamation de son argent, Aloïse Segda ne veut rien d’autre ; il exige que son argent lui soit remis, car il n’en peut plus. La crise de l’agence ayant conduit à sa fermeture, en fin août 2018, a, du même coup, plombé ses activités et celles de ses membres, laissant les clients à leur propre sort. Le silence va durer six mois. Selon certains membres, la situation serait due au mauvais fonctionnement de la coopérative En conséquence, pas de retrait, pas de dépôt. Rien ne fonctionnait.

Où sont passés les six millions de Segda ?

A la réouverture des bureaux courant février 2019, Aloïse se rend à l’agence afin de rentrer en possession de son argent, mais il va alors tomber des nues. Impossible pour lui de retirer son argent. Il n’y a pas d’argent. Où sont donc passés ses 6.715.300 FCFA ? Il tente de prendre son mal en patience. Commerçant de son état, il a du mal à joindre les deux bouts. Même sa famille a failli en pâtir. Les semaines passent, les mois aussi. D’où sa lettre adressée aux responsables pour protester contre ce qui lui est imposé par COOPEC-Galor. «J’ai été juste déposer mon argent pour mieux le sécuriser (…) mais pourquoi la COOPEC confisque mon argent suite à sa mal gouvernance, si ce n’est que de l’injustice flagrante qui se caractérise par un abus de confiance, de pillage, d’escroquerie et de vol déguisé», lance l’infortuné Segda. Malgré son calvaire, il n’a oublié aucun détail, puisque, dit-il, «à chaque fois que je réclame mon argent, les dirigeants de la COOPEC font du chantage comme quoi je dois patienter, parce qu’ils ont des crédits dehors et il faudra qu’ils fassent le recouvrement avant de me remettre mon argent. La COOPEC étant incapable de me donner mon argent est en train d’exercer une violation flagrante des textes du système financier décentralisé de la microfinance et les textes de l’OHADA en vigueur.»

Pour Zongo Zakaria, à propos du cas de Segda Aloïse, «nous lui avons expliqué clairement le problème. On a vécu une crise ici. C’est en train de diminuer un peu un peu, sinon, au début, ce n’était pas facile. La caisse s’est fermée pendant plus de six mois. On a négocié pour pouvoir rouvrir.» C’est après avoir rouspété et crié régulièrement son ras-le-bol pendant des mois que les responsables de l’agence lui feront finalement appel pour lui permettre un retrait de 3.000.000 FCFA. C’était en mai 2019. Mais ses sous restent encore dans les coffres de la coopérative. Que faire ? Il faudra encore redoubler d’efforts dans les démarches et les négociations. Mais la confiance de Aloïse a commencé à s’effriter. A ce titre, il disait ceci : «J’ai des doutes et parfois, je me pose des questions de savoir si une institution financière qui ouvre ses portes tous les jours et qui n’arrive pas à remettre les dépôts à vue de ses membres (clients) n’est pas  au bord de la faillite.» Par peur de tout perdre, il se confie à des autorités sur place à Manga qui ont dû user de leur position, mettant la pression sur l’agence afin que Aloïse puisse avoir son argent. Il sera alors une fois de plus autorisé à faire un deuxième retrait d’un montant de 1.000.000 FCFA. La dette s’est réduite, mais il reste encore 2.715.300 FCFA entre les mains de COOPEC et Aloïse en a besoin.

Aimé NABALOUM
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