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Aller au-delà de la politique politicienne

Face à la situation nationale de plus en plus complexe et inquiétante, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a décidé d’engager un dialogue politique national autour des grandes questions de l’heure. Au centre de ces questions, les perspectives  électorales de 2020, notamment la présidentielle, le référendum et les législatives, mais surtout les graves menaces sur la cohésion sociale à travers les conflits communautaires. Une première étape a eu lieu le 4 avril entre le président du Faso et l’opposition politique, ensuite, avec la majorité présidentielle. Ces deux rendez-vous seraient des rencontres préparatoires d’un dialogue politique national en vue de dégager un consensus sur des questions essentielles du vivre ensemble.

Depuis le  début du mandat du Président Kaboré, nous n’avons eu de cesse d’appeler à ce dialogue inclusif national qui doit permettre à toutes les couches sociopolitiques du Burkina d’analyser collectivement la situation actuelle du pays, de s’accorder sur les conséquences actuelles et à venir à bout de la grave crise qui menace l’Etat dans  ses fondements sociologiques et institutionnels et sur les enjeux et défis majeurs du moment afin d’identifier les propositions de pilier autour desquelles il faut reconstruire le pacte républicain. Notre conviction était que ce pouvoir avait hérité d’un Etat en crise profonde et que pour relever les défis, il fallait mobiliser toutes les énergies et les intelligences positives au-delà des appartenances politiques. Si ce dialogue inclusif avait été instauré en début 2016 et bien mené jusqu’au bout, l’on aurait fait l’économie de bien des situations dramatiques que l’on a connues au cours  de ces trois années.

Malheureusement, le président a attendu la veille de la fin de son premier mandat pour lancer ce dialogue. Mais comme il n’est  jamais trop tard pour bien faire, l’on peut saluer cette initiative présidentielle d’appeler tous les acteurs politiques autour de la table de dialogue. Cependant, il faut aller au-delà des partis politiques pour impliquer toutes les composantes qui animent la vie publique nationale. Ce dialogue doit être inclusif avec pour objectif principal d’œuvrer à réconcilier l’Etat avec la société par la mise en adéquation des institutions et des règles de gouvernance avec les réalités, les valeurs essentielles autour desquelles se reconnaissent préférentiellement les communautés partageant le territoire burkinabè, les principes éthiques et moraux qui  fondent  le « vivre ensemble ». L’Etat et les institutions doivent retrouver leur mission régalienne d’assurer à chaque individu ou groupe social, la sécurité, le droit et la liberté de s’exprimer et d’agir, de participer activement à la définition et à la réalisation du projet collectif d’un avenir plus radieux pour tous.  L’Etat doit récréer le sentiment d’appartenance à une « communauté de destin  » chez tous les Burkinabè sur toute l’étendue du territoire national.

Ce dialogue que nous appelons de tous nos vœux ne devrait pas être une tentative politicienne pour conclure des accords entre acteurs politiques juste pour aller aux élections ou pour un partage de pouvoir. Il ne s’agit pas d’absoudre certains acteurs de leurs actes répréhensibles et de mettre fin aux procédures judiciaires en cours. Chacun doit assumer pleinement avec courage et dignité ses responsabilités et faire acte de contrition. Il ne s’agit pas non plus de raccourcis politiques autour de prétendus processus de réconciliation nationale juste pour remettre en scènes des acteurs politiques vomis par le peuple et qui refusent de penser leur vie en dehors de la sphère politique du sommet de l’Etat. Il s’agit de susciter un sursaut collectif autour de l’impératif de sortir le pays du bourbier dans lequel il se retrouve aujourd’hui et d’envisager l’avenir avec espoir et sérénité.

Pour y arriver, les mécanismes de régulation, de contrôle et de sanctions de l’action des gouvernants et de tous les citoyens (qui qu’ils soient) doivent être renforcés et appliqués dans toutes leurs rigueurs afin que les cas de manquements ou d’atteinte à la cohésion sociale soient sévèrement réprimés pour dissuader toute nouvelle tentative. Le pays ne peut pas continuer à souffrir des angoisses et des perspectives individuelles d’hommes et de femmes qui n’ont aucune limite dans la recherche de solutions à leurs équations personnelles.

En attendant donc la suite de ce dialogue politique annoncé, l’on ne peut qu’espérer que le président du Faso saura tirer les enseignements des initiatives antérieures et éviter le piège des offres qui risquent de conduire le pays à de nouvelles pertes de temps, d’énergies et de ressources à travers des processus qui ne visent qu’à satisfaire quelques  «entrepreneurs politiques» et à repousser les risques d’explosions sociales.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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