Attention aux conséquences d’un processus électoral inachevé !

Nous n’allons tolérer aucun «lenga» (bonus) au Président Kaboré ». « Il doit organiser les élections à bonne date », c’est-à-dire avant fin 2020. D’autres pays ont réussi dans les mêmes conditions de crises sécuritaires ». «Le pouvoir instrumentalise des OSC et des médias » pour plaider pour le report des élections, crie l’opposition politique.

Non, «les élections auront bel et bien lieu en 2020», foi de Siméon Sawadogo, ministre d‘Etat, ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Cohésion sociale. Lors du point de presse du gouvernement, le jeudi 28 novembre dernier, il a rappelé qu’il y avait eu un
consensus sur la question lors du dialogue politique initié par le président du Faso. Personne n’a jamais remis en cause ce consensus, martèle-t-il. Patati, Patata ! Tout le monde crie «élection en 2020 ou rien».

Mais personne ne se demande si l’Etat a les moyens d’organiser une élection crédible et transparente par ces temps qui courent. Ce qui est certain, le gouvernement doit davantage convaincre certains partenaires qui ne comprennent pas pourquoi ils doivent casquer autant d’argent pour des élections à hauts risques sur tous les plans. Selon certaines indiscrétions, le gouvernement aurait exprimé un besoin de
financement de plus de 60 milliards de francs CFA aux partenaires techniques et financiers. Et ce besoin ne prendrait pas en compte le volet sécuritaire dont les estimations seraient encore en cours. Combien coûteront finalement les élections de 2020 aux contribuables et aux amis du
Burkina ?

Ce qui est certain, c’est que ces élections de 2020 seront les élections les
plus coûteuses de l’histoire du Burkina Faso. En effet, hormis la question
sécuritaire, les élections de 2020 prendront en compte, pour la première fois, le vote des Burkinabè de l’étranger. Cela engendrera, à n’en
point douter, des surcoûts. Le budget de l’élection va donc exploser avec la
question sécuritaire. L’on se demande si matériellement, le Burkina Faso
pourra mobiliser le budget nécessaire aux élections de 2020. Mais apparemment, les politiciens sont sereins. Ils sont convaincus que les partenaires vont délier le cordon de la bourse. Ils ne se préoccupent donc ni du financement des élections, ni de la sécurité et de la possibilité de faire voter tous les Burkinabè de l’intérieur comme de l’extérieur. Ce qui les intéresse, c’est qu’il y ait élection.

En tous cas, le ministre de l’Administration territoriale est formel. Il y aura élection en 2020. Il sait certainement de quoi il parle. Il doit avoir eu toutes les garanties nécessaires auprès des partenaires du Burkina. Il faut donc espérer que ce ne soit encore un autre engagement du gouvernement qui ne sera pas tenu, faute de moyens. Ou alors, est-ce sur la base de promesses fermes des partenaires techniques de couvrir tous les besoins de financement ? La question mérite d’être posée. Avec ce gouvernement, l’on commence à être coutumier des engagements pris mais non respectés par la suite. Les organisations syndicales en savent quelque chose. Les politiques vont-ils aussi faire l’expérience de cette pratique du gouvernement à s’engager sans en avoir les moyens ? Osons espérer que
non !

De toutes les façons, la simple volonté du président, du gouvernement et de la majorité ne suffit pas pour tenir les élections. Elles exigent des moyens colossaux dont le pays ne dispose pas. Jusque-là, il a toujours réussi à mobiliser et engager les partenaires pour le financement des scrutins à tous les niveaux (présidentiels, législatifs et municipaux). Le défi à relever est d’autant énorme que la couverture sécuritaire du processus électoral va exiger d’importantes ressources humaines, financières et logistiques importantes, surtout dans les régions du Sahel, de l’Est, du Nord, de la Boucle du Mouhoun et du Centre-Nord. Dans ces régions, beaucoup de villages ont été vidés de plus de la moitié de leurs habitants. Va-t-on enrôler et faire voter ces déplacés internes dans les sites d’accueil ou faut-il œuvrer à leur retour dans leurs villages respectifs avant l’échéance électorale ?

Ce sont autant de questions encore en suspend et auxquelles les politiques de tous bords vont devoir répondre avant d’engager le processus électoral. Il faudra surtout s’assurer que ce processus ne se grippera en cours de route avec tout ce que cela comporte en termes de risque d’instabilité, de crise institutionnelle et de gaspillage de ressources.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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