CEG MALGABZANGA A OUAGADOUGOU : L’autre nom de l’affairisme sur les frais de scolarité

Il se passe des choses invraisemblables au Collège d’enseignement général (CEG) Malgabzanga situé dans le quartier Cissin de Ouagadougou. Entre plaintes des parents d’élèves sur des pratiques de monnayage de places
à ciel ouvert et cotisations irrégulières instituées par les responsables de cet établissement public, les parents et l’Etat subissent des pratiques affairistes en plein cœur de la capitale. Petit détour dans un collège de trois classes à fonctionnement spécial.

Il est 9h42, ce 28 Octobre quand nous faisons notre entrée dans la grande cour du Collège d’enseignement général (CEG) Malgabzanga. Une vaste enceinte abritant en plus du collège, deux écoles primaires, Malgabzanga A et B. Dans une ambiance de calme scolaire bruissent des voix d’enseignants. Là, c’est le côté studieux. De l’autre, des femmes transportant des plats et autres bagages sur leur tête, des motos et des vélos ont pris d’assaut deux autres endroits de la cour : ce sont «les petits marchés» en réalité, pour la
pause des élèves du primaire et du collège. Avant que nous posions le pas sur la terrasse de la Direction du collège, la cloche retentit. Cette cloche qui a bercé les années scolaires de bien des personnes nous signale qu’il est l’heure de la pause. Il était 9h45 à notre montre. Les élèves du collège
prennent d’assaut la cour de l’école. Des jeux de sautillement par ci par là, c’est la joie de la pause.

Derrière ces manifestations de joie des élèves, se cachent de gros efforts
économiques de leurs parents. Pour cette année scolaire 2020-2021, Malgabzanga semble avoir grandement ouvert ses portes aux élèves de la ville de Ouagadougou dont les parents sont prêts à casquer les sous nécessaires. Les dépenses scolaires ont fini de plomber les budgets de certains parents, tandis que d’autres semblent trouver un créneau pour ramener leurs enfants du privé au public.

Toujours est-il que dans ce vent d’éducation pour tous qui souffle, certains parents d’élèves comprennent difficilement pourquoi ils doivent débourser
autant d’argent pour avoir de la place pour leur progéniture dans ce collège public. A en croire les témoignages des parents d’élèves, pour avoir de la place dans ce collège, il faut casquer, en plus de la scolarité, la somme de
75.000 FCFA. D’autres mentionnent 100.000 FCFA. Mais la somme de 75.000 FCFA est celle qui revient le plus dans beaucoup de témoignages de parents d’élèves. L’on assiste à un monnayage des places. C’est à croire que c’est la
somme fixée dans l’établissement pour avoir de la place pour son rejeton.

Pourtant, le directeur met sa main au feu. Il soutient que cette pratique de
monnayage n’est pas tolérée dans son établissement. Même si elle existe, elle se fait à son insu. Précise-t-il. Et pourtant nos sources affirment le contraire. Même les élèves sont au courant des ventes de places par leurs éducateurs. Une dizaine d’élèves de la 6e et même de la 5e que nous avons accostés confient sans hésitation que leurs parents ont déboursé la somme de 75 000 FCFA pour qu’ils puissent fréquenter dans le collège Malgabzanga.

Cet établissement qui est à sa deuxième année scolaire est composé de deux classes de 6e et d’une classe de 5e. Il a accueilli cette année, beaucoup de nouveaux élèves. A en croire les sources concordantes, presque tous les élèves sont nouveaux. Sur 45 élèves affectés de l’Etat, seulement une vingtaine d’élèves auraient répondu présents sur un total d’environ 200 élèves dans les deux 6e. Le reste est recruté par complément d’effectif. Selon nos sources, même en 5e, des élèves ont été recrutés pour complément d’effectif. Inutile donc de dire que ce sont des millions qui
ont été encaissés dans ce cycle de monnayage de places. Soit environ 15 millions FCFA illégallement perçus.

Selon certaines sources, ce monnayage des places suit un réseau et un autre lycée est cité comme un grand pourvoyeur de clients pour le collège. Le directeur du collège, qui ne se reconnaît en aucun cas dans ce monnayage
de places, confie avoir reçu 12 élèves de la part de l’Action sociale de la Mairie centrale, 9 élèves de la Mairie de l’Arrondissement n°6, 12 élèves affectés, des élèves du CEG de Cissin pour aider à désengorger. Il affirme avoir reçu des élèves du lycée Venegré, parce que ce lycée les a aidés avec des tables-bancs. Et ce n’est pas tout.

Selon le directeur, des élèves ont été proposés par les enseignants de Malgabzanga qui, selon lui, ont droit à deux places chacun. Et pourtant, l’établissement ne dispose que d’un professeur titulaire. Les autres sont des vacataires. C’est à ne rien comprendre. L’arrêté n°2018-334/MENA/SG du 04 octobre 2018 portant règlementation du recrutement des élevés en complément d’effectifs dans les établissements publics d’enseignement post-primaire et secondaire est pourtant très précis. En effet, l’article 8 de
cet arrêté impose qu’une Commission soit instituée au sein de chaque établissement post-primaire et secondaire public et composée du chef
d’établissement, du président de l’APE, de délégué de personnel et de bien d’autres acteurs d’éducation. Cette Commission seule est habilitée pour ces recrutements. A Malgabzanga, ces conditions ne sont pas respectées.

Deux cotisations APE sans APE

Ce qui se passe actuellement au collège Malgabzanga est très grave. Il est géré actuellement sans association des parents d’élèves. Cette structure n’est pas mise en place dans l’établissement qui est à sa deuxième année de fonctionnement. Et cela ne semble pas déranger l’administration du collège. Une double cotisation y est même instituée et perçue au titre des cotisations APE. En plus d’une cotisation ordinaire de 5.000 FCFA par élève, exigée dès le paiement des frais de scolarité comme cotisation APE, il existe une autre cotisation dite spéciale APE de 5.000 FCFA également. Un cachet APE est
utilisé à cet effet, alors que cette structure n’existe même pas. Plus de 200 élèves sont concernés par ces cotisations. Ce sont donc plus de 2 millions de
francs CFA qui sont perçus illégalement par l’administration du collège à ce niveau.

Le directeur, lui, soutient avoir pris service en février 2020 et qu’à cause de la Covid-19, ils n’ont pas pu mettre en place l’association des parents d’élèves. Aussi, précise-t-il, bien avant sa prise de fonction, le collège était géré par le CEG de Cissin et c’est l’APE de ce collège qui faisait office d’APE. Quelle gymnastique ! Pour justifier la perception de la cotisation spéciale APE, le directeur fera savoir qu’il est prévu une dépense mensuelle de plus de 560.000 FCFA pour payer les vacataires, parce que le collège ne dispose que d’un seul enseignant titulaire. Mais, ces cotisations à problèmes ne sont pas les seules. Il est imposé 500 FCFA comme frais d’abonnement à la bibliothèque, alors que le collège ne dispose pas de bibliothèque.

En outre, selon les parents, l’administration impose une tenue à coudre obligatoirement chez un tailleur choisi par l’administration au prix de 7.000
FCFA la tenue. En plus, les parents d’élèves doivent débourser une cotisation de 2.500 FCFA pour pouvoir avoir chacun un tee-shirt pour leurs
enfants. De sources concordantes, toutes ces cotisations doivent être payées chez un des surveillants du collège reconverti en économe par le directeur du collège du fait de la lenteur administrative à affecter des agents.

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Simplice Zongo
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