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COTE D’IVOIRE : Alassane Ouattara face à son destin !

La Côte d’Ivoire est de nouveau dans la tourmente. Pris en otage depuis près de 30 ans maintenant par la classe politique, le pays est divisé en trois camps tenus par trois individus : Henri Konan Bédié, Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara. Aujourd’hui, Guillaume Soro tente de jouer le 4e larron. Mais tout comme les trois éléphants, il est également clivant et ne peut donc se positionner comme une quatrième voix qui pourrait libérer les Ivoiriens des chaînes de l’hyperpersonnalisation du jeu politique. Il est plutôt une voix dissonante du camp Ouattara dont il est considéré comme le fils banni et rejeté par un « père » qui ne tolère aucune remise en cause de son autorité.

Après 1999 (coup d’Etat contre Bédié), 2002 (coup d’Etat manqué devenu rébellion contre Gbagbo) et 2011 (crise post-électorale ayant opposé Ouattara à Gbagbo), revoilà la Côte d’Ivoire en 2020 prise en tenailles entre les ambitions boulimiques d’Alassane Ouattara qui tient à s’accrocher au pouvoir et la détermination à l’y empêcher des camps de Bédié et de Gbagbo, soutenus cette fois, par le fils banni, Guillaume Soro. Depuis le 6 août, date à laquelle Alassane Ouattara a officiellement annoncé sa volonté de briguer un troisième mandat, la Côte d’Ivoire se rapproche chaque jour un peu plus du précipice. Les contestations ont déjà une trentaine de morts, selon l’opposition, et plusieurs centaines d’arrestations.

Plus l’on avance de la date des élections prévues le 31 octobre, plus les
inquiétudes se renforcent. Tout semble s’écrouler autour d’eux mais Ouattara et ses soutiens, aveuglés par la perspective du maintien au pouvoir, ne voient pas tous ces obstacles qui se dressent devant eux, et surtout les dangers qu’ils font planer sur le pays. Pour leurs ambitions, ceux qui ont envoyé hier Laurent Gbagbo et Blé Goudé à la Cour pénale internationale s’offusquent aujourd’hui sans gêne des décisions de la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples qui les enjoint non seulement de restaurer les droits civils de Guillaume Soro et de Laurent
Gbagbo (rayés des listes électorales), mais également de refondre la
Commission électorale indépendante (CEI) qui, aux yeux de tous, n’est qu’un instrument au service du camp Ouattara.

Du reste, l’opposition s’est retirée de la CEI qui est désormais composée presqu’exclusivement de suppôts de Ouattara. Sans doute enivrés par les vertiges du pouvoir, le Président Ouattara et les siens ne supportent pas non plus les remarques de leurs amis d’hier, notamment, occidentaux, qui multiplient les appels à l’apaisement qu’ils considèrent comme une ingérence dans leurs affaires intérieures. Eux qui ont été installés là où ils sont par des forces étrangères, sont devenus subitement souverainistes et dénoncent aujourd’hui des ingérences étrangères. Pourtant, ce sont ces mêmes ingérences extérieures qui ont eu raison du Président Laurent Gbagbo et libéré le palais présidentiel pour eux.

Acculés au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dont certains chefs d’Etat ne cachent pas leur indignation face à leur obstination, interpellés par des partenaires techniques et financiers et certains pays amis comme la France et les Etats-Unis, Ouattara et les siens, toute honte bue, s’enferment progressivement dans leur tour d’Ivoire pour organiser le passage en force.

L’histoire semble se répéter. En 1999, Bédié était dans la même posture. Il en est de même de Robert Guéi en 2000 et de Gbagbo en 2010. Ouattara est
aussi en train de créer les conditions pour éviter à la Côte d’Ivoire la première passation pacifique du pouvoir entre un président sortant et un président entrant depuis son indépendance en 1960. S’il persiste dans cet entêtement bovin à s’accrocher, il risque de partir comme ses trois prédécesseurs, à savoir Bédié, Guéi et Gbagbo. Peut-être que ce ne serait que justice. Car, après tout ce qu’il a fait subir aux Ivoiriens et à la Côte d’Ivoire, la seule sortie qu’il mérite c’est par la fenêtre de l’histoire.

En tous les cas, le grand portail par lequel il pouvait entrer dans l’histoire en renonçant au troisième mandat est déjà fermé. Car, même s’il se retire aujourd’hui, il aura déjà entaché son image d’homme d’Etat par cette tentative de s’accrocher au pouvoir. Mais, la porte n’est pas encore totalement fermée. Il peut toujours entrer dans l’histoire en homme d’Etat qui s’est trompé mais a su se ressaisir à temps. Mais s’il persiste, il ne lui restera que la fenêtre qui conduit directement à la poubelle de l’histoire. Il faut espérer que dans ses derniers retranchements, il retrouvera la lucidité et la force nécessaire de freiner ces ardeurs meurtrières qui risquent de plonger son pays à nouveau dans le précipice. En tous les cas, nul ne peut échapper à son destin. Il est désormais seul face au sien !

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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