CRISE A L’UNPCB: Voici comment Karim Traoré et ses hommes ont pillé la boîte

Le voile se lève peu à peu sur la gestion de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB) par Karim Traoré et ses hommes. On comprend de mieux en mieux pourquoi un juge d’instruction du TGI de Bobo-Dioulasso n’avait pas hésité à envoyer Karim Traoré à la Maison d’arrêt et de correction de ladite ville, suite à des plaintes de certains membres de la structure. L’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC), se rappelle-t-on, s’était saisi du dossier. Ses fins limiers avaient braqué leurs radars sur sa gestion financière et comptable. Nous avons pu nous procurer de leur rapport. Il est accablant. Les faits reprochés à Karim Traoré et ses hommes sont graves ; même trop graves. Près de 600 millions FCFA. C’est le montant du préjudice « non exhaustif », lié aux diverses malversations financières que les contrôleurs ont pu mettre en évidence, à partir d’un premier travail non approfondi.

Mais, il n’y a pas que ça. Certains procédés utilisés pour pomper les sous de la structure sont dignes d’une délinquance achevée. Mais il y a un hic. Le rapport de l’ASCE-LC a été curieusement mis sous boisseau, depuis sa restitution sous la Transition. Il y a comme une volonté de l’étouffer. Karim Traoré est entretemps ressorti de prison. Sans jugement. Cela fera bientôt un an qu’il bénéficie d’une liberté provisoire, après plus de 5 mois de détention. Comme si de rien n’était, il tente de reprendre la main. Dans certains milieux, il laisse même entendre qu’il a été blanchi par la Justice qui n’aurait rien retenu contre lui. Et pourtant…

Par Y. Ladji BAMA

La liste des manquements décelés par les contrôleurs de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC) dans la gestion financière de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), de 2011 à 2015, donc sous le mandat de Karim Traoré, est longue, même très longue. Abus de pouvoir, des centaines de millions FCFA dépensés sans pièces justificatives ou avec des justificatifs irréguliers, des marchés se chiffrant en milliard FCFA passés par copinage en gré à gré, favoritisme dans la conduite de certaines opérations financières, falsification de pièces comptables, transactions immobilières opaques, …. Il s’agit d’une investigation assez expresse, menée par l’organe de contrôle d’Etat du 7 au 17 avril 2015, suite à des plaintes de cotonculteurs. L’une des recommandations fortes de cette mission de contrôle était que l’ASCE-LC puisse poursuivre des investigations plus approfondies, en vue de faire un tour complet de la mal gouvernance manifeste qui semble caractériser la structure, avec des ramifications insoupçonnées. Mais déjà, ce premier travail a mis à nu des choses déroutantes. Au total, c’est près de 600 millions FCFA de malversations financières que le rapport a mis en évidence. Ce préjudice non exhaustif, précise le rapport, est réparti comme suit : plus de 111 millions FCFA dépensés sans aucune pièce justificative et plus de 483 millions FCFA de dépenses comportant des justificatifs irréguliers. Dans la gestion de l’UNPCB sous Karim Traoré, lit-on dans le rapport, le non-respect des procédures d’achats et de dépenses est flagrant. Le principe de l’appel à concurrence qui devrait être la règle est ignoré le plus souvent. Avec tous les risques possibles qui vont avec une telle façon de gérer.

Morceaux choisis !

Et le rapport d’égrener quelques cas les plus flagrants de cette gabegie caractérisée. Le premier concerne la fameuse « opération 300 tracteurs ». Cette opération destinée à doter les membres de l’UNPCB de moyens de production, aura été en définitive un vaste scandale, un véritable marché de dupe où seuls le favoritisme, le détournement, le clientélisme politique ont eu droit de cité. C’est ainsi qu’une bonne partie de cette opération dont les bénéficiaires exclusifs étaient censés être des agriculteurs membres de l’UNPCB, a été détournée au profit de personnes étrangères, notamment des hommes politiques, dont l’ex-Premier ministre Luc Adolphe Tiao. Le nom de ce dernier ressort sur la liste des bénéficiaires des tracteurs. Il aurait acquis un tracteur de 80 chevaux d’une valeur de 24 millions FCFA. Six autres particuliers, dont des hauts cadres de la SOFITEX, tels Zagré Augustin, un certain Dakuyo, ont aussi bénéficié de tracteurs de diverses valeurs. Certains bénéficiaires frauduleux auraient pris le soin de camoufler leur identité en inscrivant le nom de leurs proches. Précaution que Luc Adolphe Tiao n’a visiblement pas eu le reflexe de prendre. A ce jour, il se dit que la plupart de ces bénéficiaires n’ont pas encore soldé leurs créances auprès de la comptabilité de l’UNPCB. Certains mêmes n’ayant pas versé le moindre kopeck, au grand dam de la règlementation qui prévoyait que chaque prétendant puisse déposer un certain pourcentage du coût du matériel comme apport initial avant de rentrer en possession du tracteur.

Quand Karim confond le patrimoine de l’UNPCB à celui du CDP

L’autre scandale concerne une commande de 38 mille T-shirts, d’un montant de plus de 46 millions FCFA, pendant la campagne électorale des législatives et municipales couplées de 2012. Ces gadgets électoraux confectionnés à l’effigie du CDP, et de Karim Traoré, candidat dudit parti, ont été supportés par les fonds propres de l’UNPCB. Toute chose qui dénote d’une politisation sans vergogne de cette structure censée pourtant être apolitique. Cette dépense aurait été décidée par Karim Traoré à l’insu du bureau de l’UNPCB. Lorsque cette supercherie a été découverte, il n’a pas hésité à tripatouiller les pièces comptables attestant que l’opération a été supportée par l’UNPCB en biffant les informations compromettantes. En effet, une des factures du prestataire ayant exécuté le marché, l’entreprise « Burkina Décor » en l’occurrence, était intitulée « POUR FOURNITURE ET IMPRESSION DE TEE-SHIRTS RECTO PHOTO DU PRESIDENT DE L’UNPCB ET LE LOGO CDP, VERSO INSCRIPTION DU TEXTE ». Cette facture a disparu de la comptabilité et remplacée par une autre, portant exactement les mêmes références, numéro, date et montants mais dont l’intitulé est devenu « Pour fourniture et impression des tee-shirts avec logo UNPCB ». Eh oui ! Mais il n’y a pas que ça. Karim Traoré a acquis des terrains, prétendument au profit de l’UNPCB, à l’insu des autres membres de la structure, sans que cela ne soit autorisé par aucune instance de la structure. Le coût total de ces terrains, dont l’un, d’une superficie totale de 10 597 m2, à Bobo-Dioulasso, un autre d’une superficie de 40 438 m2, à Banakeledaga, dans la commune de Bama, et un troisième, d’une superficie de 640 m2 à Ouagadougou, au secteur 15 de l’arrondissement de Bogodogo, s’élève à plus de 250 millions FCFA. Un flou artistique entoure toutes ses transactions immobilières. Jusque-là, il n’y a toujours pas de transfert par mutation de propriété des terrains ainsi acquis à l’UNPCB. Les transactions n’ont même pas été actées auprès des services chargés des domaines. Le chèque d’un montant de 160 millions FCFA ayant servi à payer l’une des parcelles acquise à Bobo-Dioulasso a été émis à l’ordre d’une personne autre que celle dont le nom figure sur les documents de ladite parcelle. Le chèque a été remis contre une simple décharge non authentifiée. Les droits de propriété et de vente de l’intéressé sur la parcelle ne sont pas établis car le permis d’exploiter n’est à son nom et aucune procuration ni aucun acte juridique liant le prétendu vendeur au vrai propriétaire de la parcelle n’a non plus été fourni. Dans quelle intention Karim Traoré a-t-il acquis autant de terrains aux frais de l’UNPCB à l’insu des autres membres et sans autorisation préalable ? Bien malin qui saura le deviner. En tout cas, il se susurre que les vrais propriétaires de ces terrains sont autres que l’UNPCB.

Pluie de chèques sur Karim Traoré

Mais Karim Traoré et ses acolytes ne se sont pas arrêtés là. 7 véhicules de l’UNPCB ont été mis en vente et rachetés par eux-mêmes dans des circonstances troubles. Là aussi, sans autorisation préalable d’aucune instance de l’Union et au grand dam du manuel de procédure. Ces véhicules dits reformés ont été acquis par Karim Traoré lui-même et d’autres membres du comité de gestion à des prix jugés très dérisoires, au regard de l’âge desdits véhicules. Contrairement au manuel de procédure qui prévoit en l’espèce que les véhicules soient vendus aux enchères, les véhicules ont été cédés aux fameux acquéreurs à des prix déterminés dans des circonstances assez brumeuses. Karim Traoré va encore plus loin. Le rapport relève qu’il a émis plusieurs chèques à son propre nom et exécuté les dépenses, alors que cela relève plutôt des compétences du CSAF de la boîte. C’est ainsi qu’il a émis des chèques à son nom et retirer plusieurs millions FCFA pour des motifs divers : un chèque de 10 millions FCFA, émis le 07/06/2011, pour « prise en charge des autorités notables et coutumiers…» ; un chèque de 1 130 000 FCFA, émis le 25/06/2013, pour « contribution pour le carburant du ministre de l’Agriculture » ; un chèque de 4 millions FCFA, émis le 4/06/2014, pour « contribution aux frais de carburant des Secrétaires généraux du ministère de l’Economie et des Finances et du ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire » ; deux chèques de 20 et 35 millions FCFA, émis respectivement le 19/08/2013 et le 09/12/2013, pour « frais de commercialisation des céréales 2013 » ; etc. La mission souligne qu’il n’y a aucune pièce justificative de ces dépenses. Il n’y a comme pièces justificatives que les copies des différents chèques émis au profit de Karim Traoré et des copies d’ordres de payement signés par lui-même à son propre profit. Malgré toutes ces insuffisances constatées par la mission de contrôle, elle déplore qu’un cabinet d’expertise comptable, le cabinet CAFEC-KA en l’occurrence, choisi comme commissaire aux comptes de la structure, ait chaque fois certifié ses comptes. La mission a recommandé que ce choix soit reconsidéré. Elle émet de fortes réserves quant au sérieux, à la rigueur et à la qualité du travail réalisé par ce cabinet. D’où un doute légitime des contrôleurs sur la sincérité même de l’ensemble de la comptabilité de l’UNPCB. C’est pourquoi ils ont recommandé un audit approfondi afin de prendre la pleine mesure de la situation. Ce rapport de l’ASCE-LC est resté jusque-là pratiquement sans suite. Ses recommandations restent désespérément lettres mortes. Et les auteurs des malversations révélées continuent de narguer leurs contradicteurs. Jusqu’où ira cette impunité ? Affaire à suivre !

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