CRISE A L’UNION NATIONALE DES PRODUCTEURS SEMENCIERS DU BURKINA : Les 600 millions FCFA de la discorde!

Dans notre édition n°250 du 15 novembre 2018, nous faisions cas de pratiques pas du tout catholiques au sein de l’Union nationale des producteurs semenciers du Burkina (UNPSB), où un groupe de membres attend depuis plusieurs années, le fruit de leur labeur, suite à la vente de leurs produits. Plus de 111 millions FCFA, c’est la rondelette somme d’argent devant revenir aux infortunés, mais qui reste jusque-là, introuvable dans les circuits de l’organisation, avec la complicité de certains responsables. Cette affaire, écrivions-nous, n’était qu’un bout d’un énorme iceberg de gestion visiblement mafieuse qui semble caractériser cette structure se présentant finalement comme une grosse boîte à sous pour quelques petits malins. Visiblement, les scandales ne manquent pas au sein de cette structure quant à la gestion des ressources financières des membres. C’est le cas avec cette autre affaire de falsification des prix d’achat dont certains hauts responsables de l’organisation sont accusés et qui ne finit pas de faire des gorges chaudes depuis 2014. Plus de 600 millions FCFA, c’est le montant total de ce qui est présenté comme une arnaque, dont certains membres de l’organisation se disent victimes de la part de leurs responsables. La Justice est saisie mais le dossier semble piétiner aux yeux des plaignants.

La genèse de l’affaire remonte à la campagne semencière 2013-2014. En vue de la collecte et la vente des productions de ses différents membres sur l’ensemble du territoire national, l’Union nationale des producteurs semenciers du Burkina (UNPSB) signe un protocole avec le ministère en charge de l’agriculture. A travers ledit protocole, les deux parties s’accordent sur les prix unitaires auxquels le ministère achètera le kilogramme des différentes spéculations. Cette année-là, le montant de la convention d’achat s’élève à un total de 3 700 000 000 FCFA. C’est à ce prix que les deux parties se sont accordées pour la vente de l’ensemble des productions semencières nationales, constituées, entre autres, de maïs, de riz, de sorgho, de mil, de sésame, de niébé…

Le document est signé successivement par le fournisseur (le président de l’UNPSB) le 8 avril 2014, le DAF du ministère en charge de l’agriculture le 16 avril 2014, par le ministre en charge de l’agriculture et le ministre délégué auprès du ministre  de l’Economie et des Finances, chargé du Budget, le 2 mai 2014.  Sur la question des prix de vente, le document est très clair en son article 3 : «Le montant total du protocole d’accord s’élève à trois milliards  sept cent millions (3 700 000 000) de francs CFA hors TVA. Les prix d’enlèvement aux producteurs membres et le prix de cession au MASA (ndlr : Ministère de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire) sont du type à prix unitaires, fermes et non révisables conformément au bordereau des  prix unitaires joint  au présent protocole d’accord». Le bordereau des prix unitaires en question prévoit, par exemple, que le kilogramme de maïs sera acheté à 450 FCFA, celui  de  riz à  550 FCFA, celui de sorgho à 850 FCFA, celui de sésame à 1 100 FCFA, etc. C’est sur la base de ces prix communiqués à la base que les uns et les autres ont cédé leurs pro-ductions et chacun attendait tout bonnement son paye- ment sur la base de ces prix.

Plus de 600 millions de manque à gagner

Mais au moment du payement, coup de tonnerre ! Les prix auraient été révisés entretemps, par des techniciens du ministère en charge de l’agriculture et l’UNPSB. Font comprendre à la base les responsables de l’UNPSB. Un nouveau bordereau dit de «prix révisés» est brandi. Aux termes de ce nouveau document, des réductions substantielles sont opérées sur les prix unitaires des différentes spéculations. Cela, au grand dam des dispositions du protocole, notamment son article 03 qui prévoit que les prix sont «fermes et non révisables». Par exemple, au lieu de 450FCFA, le prix du kg de maïs est réduit à 425 FCFA. Celui du riz passe de 550 FCFA à 525 FCFA, tandis que celui du sorgho dégringole de 850 FCFA à 825 FCFA. Ainsi, sur les prix de toutes les spéculations, des réductions de 25 FCFA ont été opérées. Un petit calcul rapide donne plus de 600 millions FCFA de manque à gagner pour l’ensemble des producteurs. Ce montant prend en compte bien d’autres retenues jugées abusives opérées sur les revenus des producteurs sans aucune base légale.

Pour toute explication, un compte rendu d’une réunion d’échanges qui aurait eu lieu le 11 juin 2014 entre des techniciens du MASA et des responsables de l’UNPSB. Cette rencontre aurait été l’instance ayant décidé de cette révision des prix d’achat. Cela est invraisemblable. Pour de nombreux membres, l’affaire sent l’arnaque en plein nez. Ceux-ci refusent de se laisser berner. Le 23 novembre 2015, madame le Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Ouagadougou est saisie d’une plainte. Une plainte portant en objet «abus de confiance, faux et usage de faux en écriture privée de commerce», portée contre le président de l’UNPSB et certains de ses collaborateurs. Le dossier est confié à la gendarmerie nationale pour enquête.

Courant novembre 2017, le président de l’UNPSB est interpellé et conduit devant le Procureur du Faso. Depuis lors, les suites de l’affaire sont incertaines. Les versions divergent selon les parties. Tandis que les mis en cause disent avoir été blanchis par la Justice, l’affaire ayant été classée sans suite par le parquet, et brandissent un avis de classement sans suite, les plaignants soutiennent que l’affaire est toujours pendante devant la Justice car, n’ayant jamais été notifiés d’une quelconque décision de classement sans suite. Chose curieuse, l’avis de classement sans suite indique qu’il est adressé aux plaignants.

Mais ces derniers disent ne l’avoir jamais reçu pendant que l’autre partie l’a et s’en prévaut comme étant la preuve de son innocence. Nous avons contacté le parquet pour comprendre davantage mais nous n’avons pas encore de retour.

Bien curieuse justification!

Et pendant ce temps, dans la grande famille des semenciers du Burkina, l’heure est loin d’être à la sérénité. L’affaire continue de faire des vagues. Rencontré courant le mois de décembre 2018, au siège de l’organisation à Ouagadougou, en compagnie de certains de ses collaborateurs, le président de l’UNPSB est catégorique. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat dans ce dossier. Tout aurait été fait dans les règles de l’art et selon les textes de l’organisation, soutiennent-ils la main sur le cœur.

Cependant, l’explication qu’ils donnent à la réduction des prix est assez surréaliste. Selon eux, cette révision à la baisse des prix aurait été décidée de façon concertée entre les deux parties, afin de permettre au maximum d’écouler leurs productions sans que le montant de la convention ne change. «La convention n’a pas évolué, mais ce sont les livraisons à l’intérieur qui ont changé. Avec la même convention, avec  les  mêmes montants, on a augmenté les quantités à livrer», expliquent-ils. Et cela avait l’avantage, soutiennent-ils, de permettre aux producteurs d’écouler le maximum de produits. Mais quel est l’intérêt pour les producteurs d’écouler plus de produits en gagnant moins qu’en écoulant moins pour gagner plus, quitte même à écouler le surplus qui leur resterait sur d’autres marchés, même à moindre prix. A cette question, les responsables de l’UNPSB se perdent en conjectures.

Fait curieux, nous nous sommes adressés au ministère en charge de l’agriculture afin d’avoir les documents concernant les prix d’achat auxquels il a acquis les semences auprès des producteurs au cours de la campagne incriminée. Les documents transmis par le ministère en réponse à notre sollicitation ne prennent pas en compte la fameuse révision des prix en question. Nous n’avons reçu du ministère que le protocole d’accord originel avec les prix d’achat non réduits. Que doit-on entendre par là ? La fameuse réduction des prix décidée par les prétendus «techniciens  du ministère» et les responsables de l’UNPSB a-t-elle été opérée à l’insu de la haute hiérarchie du ministère, comme cela se susurre ? Sans doute qu’une instruction plus rigoureuse de cette affaire s’impose, afin d’en déceler tous les tenants et aboutissants. Nous y reviendrons !

 

Y. Ladji BAMA
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Y. Ladji BAMA

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