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Déclaration du MBDHP sur les dossiers de crimes impunis, lors sa conférence de presse du 15 septembre 2016

insurgeMesdames et Messieurs les journalistes, Je voudrais au nom du Comité exécutif national du MBDHP, vous remercier d’avoir répondu à la présente conférence de presse. La situation sociopolitique nationale reste particulièrement marquée, ces derniers mois, par de fortes attentes des populations, culminant parfois en expression de colère, sur les suites judiciaires des dossiers de crimes de sang consécutifs notamment à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, ainsi qu’à la résistance populaire victorieuse contre le coup d’Etat de l’ex-RSP de septembre 2015.

Deux années bientôt après l’insurrection populaire victorieuse des 30 et 31 octobre 2014 et, à la veille de la commémoration de la résistance au putsch du RSP, ayant occasionné des dizaines de morts et des centaines de blessés, aucune lumière n’a encore été faite, ni sur le dossier des martyrs de l’insurrection, ni sur celui des victimes du coup d’Etat du 15 septembre 2015, ni sur les dossiers antérieurs de crimes de sang et de crimes économiques.

Mesdames et Messieurs les journalistes, Il vous souviendra que, le 31 mars 2015 (avant le putsch avorté donc), le MBDHP avait initié et introduit des procédures à différents niveaux contre des dignitaires civils et militaires du régime déchu pour assassinats, tentatives d’assassinats, complicité d’assassinats et de tentatives d’assassinats De même et dans la même logique, une lettre portant demande de mise en accusation de Compaoré Blaise, Tiao Beyon Luc Adolphe et d’anciens ministres du régime devant la Haute Cour de justice, pour les mêmes faits d’assassinats et tentatives d’assassinats, avait également été déposée ce jour 31 mars 2015 entre les mains du président du Conseil national de transition (CNT). La forte pression exercée par le mouvement populaire soutenu par les OSC, dont le MBDHP, a contraint le pouvoir de la Transition à travers le CNT à sortir de sa torpeur, en adoptant notamment, le jeudi 16 juillet 2015, une résolution portant mise en accusation de l’ex-Président Blaise Compaoré et d’une douzaine de ses anciens ministres.

Si à ce jour l’on peut se réjouir d’avoir assisté à des mises en accusation, interpellations, arrestations et incarcérations de bien de mis en cause, le MBDHP constate avec consternation et regret qu’au-delà des annonces médiatiques des autorités de la Transition puis des effets d’annonce des autorités actuelles, aucune avancée notable dans le traitement des dossiers des victimes de la résistance au putsch et surtout de ceux de l’insurrection ne semble avoir été enregistrée. Neuf mois après la mise en place des nouvelles autorités gouvernementales, le peuple burkinabè attend, vainement, des mesures et actions fortes en vue d’un dénouement rapide et efficace de tous les dossiers pendants.

Hélas et bien au contraire, à la veille de la commémoration du premier anniversaire de la victorieuse résistance populaire au putsch du RSP, force est de constater que le bilan sur l’avancée des dossiers est plus que mitigé et l’attitude de nos nouveaux dirigeants, bien suspecte.Quels constats objectifs pouvons- nous en effet établir ? S’agissant du dossier des martyrs de l’insurrection populaire, et malgré les fortes présomptions sur les éléments de l’ex-RSP, dont le Général Yacouba Isaac Zida, ex-n°2 de ce régiment, aucune inculpation n’a été prononcée à ce jour. Sur le dossier relatif au putsch avorté de l’ex-RSP, l’on a assisté ces derniers mois, à un véritable imbroglio politico-judiciaire digne des temps sombres du régime Compaoré. L’on aura en effet noté des faits graves et inquiétants, qui constituent pour le MBDHP des velléités inadmissibles d’atteinte, non seulement au principe d’indépendance du système judiciaire, mais également à la bonne marche des procédures en cours.

De ces faits graves, l’on retiendra notamment : le remplacement de magistrats au Tribunal militaire, sans arguments juridiques convaincants ; la demande d’annulation du mandat lancé par la Justice contre Guillaume Soro par le commissaire du gouvernement nouvellement désigné ; le tripatouillage du plumitif à la Cour de cassation, dénoncé par le syndicat des greffiers, rendant suspect et douteux la décision d’annulation du mandat de Guillaume Soro ; les prises de positions publiques d’autorités gouvernementales, notamment du ministre des Affaires étrangères, se réjouissant de l’annulation du mandat contre Guillaume Soro. Quant aux dossiers Thomas Sankara et Dabo Boukary, le peuple attend toujours de voir juger et condamner les commanditaires et exécutants de leur assassinat.

Sur le dossier Dabo Boukary en particulier, le MBDHP note que 26 années après son enlèvement et son assassinat, bien que l’instruction soit en cours depuis des années et que des personnes aient été auditionnées, aucune inculpation n’a été à ce jour prononcée, en tout cas portée à la connaissance du peuple. S’agissant des crimes économiques, le peuple attend que des mesures concrètes soient prises en vue du rapatriement des biens volés par les dignitaires de l’ancien régime et le jugement de ceux-ci, quels que soient leurs statuts ou leurs positions actuelles. Au total donc, sous le règne actuel du MPP encore, le sinistre et épais voile de l’impunité continue de couvrir bien des dossiers de crimes de sang et de crimes économiques.

Le MBDHP estime que la quête de valeurs de liberté, de justice et de démocratie pour laquelle les martyrs de l’insurrection et de la résistance au putsch ont payé de leurs vies, commande que ne soit plus jamais toléré le règne de l’impunité, notamment celle des crimes de sang. C’est pourquoi, le MBDHP :

appelle instamment à une programmation et à un jugement effectif et diligent des dossiers de crimes, ce qu’attend le peuple avec une légitime impatience ;

appelle l’ensemble des magistrats et particulièrement ceux en charge des dossiers de crimes, à se départir de la peur en donnant un contenu et de la consistance à l’indépendance de la magistrature, convaincus que nous sommes, que l’indépendance de la magistrature ne s’use que lorsqu’on ne s’en sert pas !

appelle l’ensemble des organisations de défense des droits humains, les démocrates et patriotes à se mobiliser contre l’impunité des crimes commis les 30, 31 octobre, 02 novembre 2014 et 15, 16, 17 septembre 2015 et jours suivants, afin que les auteurs, coauteurs, complices de ces crimes soient tous identifiés, jugés et condamnés en vertu des lois et règlements en vigueur dans notre pays et ce, sans complaisance aucune ;

appelle les populations à se tenir prêtes pour toutes actions de dénonciation ou de protestation que commanderait l’évolution de la situation.

Non à l’impunité des crimesde sang et des crimes économiques!Non à l’impunité des crimesdes 30, 31 octobre et 02novembre 2014 !Non à l’impunité des crimesdes 15, 16,17 septembre 2015 et jours suivants !

Vérité et justice pour toutesles victimes de l’insurrection d’octobre 2014 et de la résistance au putsch de septembre 2015.

Ouagadougou, le 15 septembre 2016

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