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Entre fuir ou mourir: le choix de résister

La situation sécuritaire devient de plus en plus inquiétante. La terreur a dépassé les limites du supportable. Du mois d’août dernier au weekend du 11 au 13 octobre, des dizaines de Burkinabè ont été froidement abattus par les forces du mal et des dizaines de milliers d’autres ont fui leur village dans les régions du Centre-Nord, du Sahel, du Nord pour regagner les principaux centres urbains. Les cas des villes de Djibo et de Kongounsi qui ont accueilli plusieurs dizaines de milliers de déplacés ont ému la communauté nationale et même au-delà.

Face à ces tueries, des jeunes de la province du Bam, dans la région du Centre-Nord, ont lancé un mouvement de résistance populaire. Excédées par ces attaques terroristes et face à l’absence de protection de l’Etat qui est largement dépassé par les événements, les populations ont décidé de s’organiser pour résister. Mais comment résister à ces barbares sans visages, armés et qui tuent sans raison apparente de paisibles citoyens, des religieux, des élus locaux, des agents publics ou des éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS) ? La question  est sur toutes les lèvres depuis l’annonce faite par les jeunes du Bam.

Pour certains analystes et experts, c’est «un couteau à double tranchant», «une bombe en retardement». Mais le constat est là. Que faire quand l’Etat vous abandonne à votre triste sort face à des ennemis invisibles ? Accepter l’errance sans fin ou rester et mourir ? En désespoir de cause, ces populations se sont rendues à l’évidence que tout comme les Koglwéogo ont été à un moment donné, la réponse au grand banditisme, la résistance populaire constitue aujourd’hui le seul moyen de contrecarrer ces forces du mal. Elles refusent d’être condamnées à fuir. Elles entendent s’organiser et développer des stratégies endogènes pour suppléer aux limites de l’Etat et des FDS.

Mais en quoi consistera cette résistance populaire ? Ses initiateurs soutiennent qu’elle repose sur une organisation des populations par village mais sans donner les détails de ce mode d’organisation et opératoire de la résistance. Tout le mal que l’on souhaite est que cette résistance soit à la hauteur des défis et ne crée pas plus de soucis qu’il y en a déjà.

Le gouvernement est donc interpellé. Car, tous les experts en sécurité sont unanimes que la situation actuelle est en partie due à son manque d’anticipation et de stratégie de réponse adéquate à la situation au début des événements en 2016.  Il a pendant longtemps louvoyé et a laissé le mal s’enraciner dans la société avant de tenter des réactions peu appropriées et mal engagées. La naissance du mouvement de résistance populaire peut être une occasion unique pour le gouvernement de bâtir une vraie stratégie de lutte contre le terrorisme en s’appuyant sur les populations non pas en les armant, mais surtout en les organisant pour mieux assurer la protection de leurs espaces de vie dans la solidarité et la confiance retrouvée.

Comme nous le relevions dans notre édition N°262 du 15 au 31 mai dernier, «la prise de conscience de cette force collective de protéger l’espace commun de vie de toutes formes de violence et sa préservation implique nécessairement un leadership et une légitimité assumés. Ce leadership peut être porté par des acteurs reconnus dans l’organisation sociale de la communauté et reconnus par tous (chefs coutumiers, chefs de terre, personnes ressources, groupes sociaux spécifiques, etc..). Cela pourrait contribuer à susciter un engagement collectif des populations à la base à défendre et protéger leur vie, leurs biens et la quiétude sociale. C’est l’une des conditions essentielles pour une collaboration efficiente et efficace avec les Forces de défense et de sécurité. C’est aussi un moyen sûr de créer les conditions d’interventions rapides et efficaces des FDS en cas de besoin.»

C’est donc la responsabilité du gouvernement d’accompagner et d’encadrer ce mouvement, de l’orienter dans un dispositif stratégique national. Il faut surtout éviter que ce ne soit un mouvement armé qui échappe à tout contrôle et expose davantage les populations ou les dresse les unes contre les autres. Autrement, l’on risque de parvenir à l’effet inverse, à ce que les spécialistes qualifient de bombe en retardement, de couteau à double tranchant, bref, à ce que les terroristes recherchent : transformer le pays en un vaste champ de batailles. Ce serait un énième échec du gouvernement, du président du Faso, mais aussi de tout le pays.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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