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Et la Justice refait parler d’elle !

Notre confrère « L’Evénement » dans sa dernière livraison du 10 juin dernier, nous apprend que des magistrats ont sollicité du Maire Armand Béouindé de Ouagadougou la rondelette somme de 70 millions de francs CFA pour faire classer sans suite, une affaire le concernant, notamment, en lien avec l’achat de véhicules par la Mairie dans des conditions  suspectes. Dans un autre article paru dans le même numéro de L’Evènement, un autre magistrat est suspecté de faits similaires dans une autre affaire. Cette fois, c’est un commissaire de police qui accuse un magistrat d’avoir voulu tremper ses babines dans une soupe infecte. Mais l’affaire a foiré, tout comme la précédente d’ailleurs. Les victimes présumées ne semblent pas avoir voulu jouer le jeu jusqu’au bout.

Avec ces révélations, la Justice refait parler d’elle, de la plus laide des manières. Ces affaires viennent à la suite d’autres qui ont éclaboussé l’institution judiciaire mais qui sont encore couvertes d’impunité. Le rapport de la Commission d’enquête du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) de 2017 est assez illustratif de l’existence de manquements graves à l’éthique et à la déontologie de la magistrature. Mais aucun des mis en cause n’a été sanctionné. Les décisions du Conseil de discipline sanctionnant ces manquements ont été annulées. Et depuis, aucune procédure n’a été engagée, à notre connaissance. Le rapport de la Commission d’enquête du CSM, rappelons-le, avait épinglé 37 magistrats, 3 Avocats, 5 greffiers, 4 officiers de police judiciaire (policiers et gendarmes) dans 29 des 51 dossiers examinés. Mais depuis l’annulation de la décision instituant la commission par le Conseil d’Etat, le dossier semble classé sans suite.

Ces nouvelles affaires viennent rappeler l’impérieuse nécessité pour la Justice de nettoyer ses écuries d’Augias. Le CSM, les syndicats de magistrats et tous ceux et toutes celles qui se battent pour redorer le blason de l’institution judiciaire souillée par des pratiques de certains acteurs, doivent se saisir de ces nouvelles révélations et engager toutes les procédures nécessaires pour faire toute la lumière sur ces affaires et en tirer

Certes, au stade actuel, les mis en cause sont présumés innocents. Toutefois, pour leur honneur et celui de la magistrature, il faut tirer ces affaires au clair, à travers des enquêtes impartiales et irréprochables du CSM ou de toute instance à laquelle les autorités compétentes voudraient bien en confier la charge. Ces scandales qui éclaboussent de temps à autre certains acteurs de la Justice ne peuvent pas et ne doivent pas être tout le temps couverts d’un silence assourdissant et suspect. D’autant plus qu’ils jettent l’opprobre sur l’ensemble du corps des magistrats et des autres acteurs de la chaîne judiciaire.

Pourtant, Dieu seul sait que dans ces corps, les hommes et les femmes respectables et dignes de leurs rangs sont plus nombreux que les ripoux. Mais l’on a du mal à comprendre pourquoi les pratiques nauséabondes d’une minorité peuvent couvrir de déshonneur toute une institution sans que ses nombreux animateurs honnêtes se décident à les mettre hors d’état de nuire. Ils en ont pourtant le pouvoir et les moyens. Aux dernières nouvelles, l’un des magistrats mis en cause est actuellement poursuivi et gardé à vue. Il faut espérer que la procédure suive son cours jusqu’au bout.

En tous les cas, en fermant les yeux sur de telles suspicions, l’institution judiciaire conforte dans leurs positions tous les citoyens qui jurent, la main sur le cœur, que la corruption est la chose la mieux partagée dans les milieux judiciaires. En témoignent les derniers sondages du Centre pour la gouvernance démocratique dans le cadre du « Présimètre ». En effet, entre 2018 et 2020, moins de 48% des sondés croit en la Justice et son indépendance. Il faut des actes pour changer cette image de la Justice et de ses acteurs au sein de l’opinion nationale. Elle mérite mieux.

Les magistrats et les autres acteurs honnêtes méritent également mieux. Mais il leur appartient de sortir du corporatisme dangereux et inopérant. Si les acteurs ne le font pas d’eux-mêmes, ils courent le risque de permettre aux politiques de s’ingérer dans leurs affaires. Or, quand le politique s’y mêle, ce ne sera certainement pas dans le sens de l’intérêt des acteurs. A quand donc le sursaut ?

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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