FINANCEMENT DE LA LUTTE CONTRE LE SIDA ET LA TUBERCULOSE : Bagarre autour d’une manne de plus de 5 milliards FCFA

Dans le cadre de la lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose, le Fonds mondial (FM) est l’un des partenaires incontournables pour le Burkina Faso. Plusieurs organisations aussi bien du public que du privé sont bénéficiaires des financements du Fonds mondial. Cependant, le Burkina a frôlé le pire en cette année 2020. Certains responsables gestionnaires des financements au niveau national ont voulu jouer aux plus malins. Comment ? Des tentatives d’extirper des organisations de la société civile dans la gestion des fonds ont valu au pays ce qu’on pourrait appeler des remontrances au niveau international. Que s’est-il passé ? D’un montant de plus de 5.582.000.000 FCFA, ce financement du Fonds mondial crée des convoitises insoupçonnées. Certains responsables d’associations ont cru bon de tenter de s’accaparer la gestion des fonds, contrairement aux prescriptions du Fonds mondial. Mais c’était sans compter avec la vigilance du bailleur qui a refusé de cautionner un brigandage financier d’un autre genre. Les choses semblent être revenues à la normale. Est-ce pour autant fini ? Le pays est-il sorti de l’auberge ? Pas si sûr.

Depuis 8 ans au moins, le Fonds mondial a opté de passer par les structures privées et publiques de lutte contre le Sida, les IST et le paludisme pour le financement des actions au Burkina. Dans le milieu, c’est la double voie de
financement, dit-on. Pour gérer les ressources du Fonds mondial, une instance nationale de coordination a été créée de concert avec toutes les associations. Elle désigne une structure du privé et une autre du public pour la gestion des fonds. Les choses se déroulaient ainsi depuis des années au niveau national jusqu’en mai-juin 2020.

A cette date, l’instance nationale devrait présenter le dossier du Burkina pour être bénéficiaire des financements d’un montant de plus de 5.582.000.000 FCFA. Ce montant devrait être géré pas des structures publiques et privées à la fois, en vue de mettre en œuvre des programmes
d’activités. Mais des retards dans la désignation des associations bénéficiaires commençaient à agacer le Fonds mondial.

Et c’est là que va s’engager une vraie guerre des intérêts, car certains ont mis en place une stratégie pour écarter la structure représentant la société civile et faire gérer les fonds par le Secrétariat permanent de lutte contre le Sida et les IST, une structure publique. Selon plusieurs sources, des structures et associations aussi bien publiques que privées (société civile) ont subi des pressions. Ces pressions visaient essentiellement à amener ces structures à soutenir le fait que la structure de la société civile doit être extirpée de la gestion des finances et de la mise en œuvre des actions.

A-t-on voulu tromper le Fonds mondial ?

Dès le mois de mai 2020 donc, période à laquelle la demande de financement de la lutte contre le Sida et la tuberculose (les deux maladies surtout) devrait bien être envoyée au Fonds mondial, les choses commençaient à ne pas sentir bon. En effet, le dossier du Burkina n’a pas plu au Fonds mondial, car il était inhabituel dans sa forme. L’intrigue dans le dossier est que le pays n’a pas indiqué les structures qui devraient gérer et mettre en œuvre les actions. Pourquoi ce cafouillage ? Les soupçons de manque de transparence commencent à se faire entendre. A-t-on voulu tromper le Fonds mondial ?

Pourquoi le Burkina peut-il se permettre de soumettre au Fonds mondial un document de demande de financement aussi incomplet, bancal qu’inhabituel ? Serait-ce à dessein ? Un autre soupçon de manque de transparence dans le processus, c’est la tenue de l’Assemblée générale de
désignation des bénéficiaires. Puisque le Fonds mondial n’a reçu l’identité de la structure qui devrait gérer les fonds au niveau national, il fallait maintenant le faire. A défaut, le Burkina manquerait de financement pour la lutte contre le Sida et la tuberculose. Les associations ont alors commencé à se plaindre.

Pour atteindre leur objectif d’écarter la société civile, les coordonnateurs au
niveau national du Fonds mondial vont passer par d’autres associations pour combattre l’association la plus représentative pour être bénéficiaire. D’abord, ils ont estimé que la principale association qui a en charge actuellement la mise en œuvre des actions n’est plus crédible. Ensuite, qu’elle ne renforce pas les capacités des membres et enfin, qu’elle a des procédures de décaissement lourdes. Pour ce faire, ils engagent une pétition demandant le retrait de cette association parmi les bénéficiaires de la société. Certaines associations apposent leur signature sur la prétendue pétition sans savoir de quoi il s’agit exactement.

Mais curieusement, ces associations signataires vont se rendre compte plus tard qu’il s’agit d’une duperie. Elles ne vont pas se reconnaitre dans l’usage qui est fait de leurs signatures. Elles estiment avoir été trompées, puisque le contenu du document ne leur a pas été expliqué avant les signatures. L’un des responsables des associations, remonté contre la méthode, confie : «J’avoue avoir signé juste sur une liste sans avoir lu ladite pétition ni son contenu (…), je demande l’annulation immédiate de ma signature de cette pétition ayant servi à discréditer le bénéficiaire principal actuel de la société civile».

Au même moment, le Fonds mondial attend toujours la désignation des bénéficiaires par le Burkina. Las d’attendre, il finira par donner un délai de rigueur au pays pour s’exécuter. Le Fonds mondial «appelle d’urgence l’instance nationale à nommer les bénéficiaires principaux pour la mise en
œuvre des programmes dans le cadre de la demande de financement TB/VIH avant le 7 septembre 2020, afin d’éviter tout délai supplémentaire dans le processus d’octroi de subventions pour le cycle suivant ». Acculée, l’instance nationale va commencer à courir dans tous les sens. Vite, une assemblée générale extraordinaire !

Pour une assemblée générale d’une telle importance et qui devrait se tenir le lundi 31 août 2020, les participants, triés sur le volet, ont été informés le samedi 29 août 2020. Au regard des délais, la présence de tous ne serait pas garantie. Ce serait d’ailleurs un atout pour passer haut les mains. Mais, finalement, elle sera reportée pour le 3 septembre 2020. Il fallait, de toute
urgence, désigner l’association qui allait gérer les fonds et mettre en œuvre les activités.

Malgré le report, l’assemblée générale va se terminer en queue de poisson. Bien qu’il y ait des désaccords, le document final envoyé au bailleur de fonds stipulait ceci : « Nous suggérons ce choix du SP/CNLS comme PR (bénéficiaire principal) unique de la subvention VIH/TB communautaire pour permettre une gouvernance efficace malgré les ajustements et renforcements, tout en évitant les perturbations potentielles d’un PR société civile dont la légitimité est mise en cause et surtout éviter le fardeau du processus de sélection d’un nouveau PR société civile ». Le Fonds mondial ne va pas gober cette bourde qui sonne comme une remise en cause des résultats engrangés avec la société civile. Il n’a pas tardé à monter sur ses grands chevaux.

La colère du Fonds mondial

Il va d’ailleurs demander des explications aux responsables de la Coordination nationale et mettre en garde le Burkina. En interne donc, le Fonds mondial met en place un comité pour statuer sur le dossier du Burkina. Le comité de vérification de conformité du Fonds s’est basé sur le rapport de sélection des bénéficiaires pour produire un rapport. Il explique dans ledit rapport avoir « noté différents problèmes de procédure liés au processus de sélection et a conclu que le CCM (ndlr : structure nationale de gestion) n’est pas conforme aux exigences du critère d’admissibilité.»

En outre, « il n’y a pas de documentation qui démontre que le CCM a publié un appel à candidatures pour les récipiendaires principaux. » L’autre reproche fait au Burkina est que le procès-verbal ne comprend pas de liste de participants ni de noms des circonscriptions qui ont pris part à la prise de décision. Enfin, « il n’y a pas de preuve que l’instance nationale a utilisé des critères clairs et objectifs pour la sélection des bénéficiaires ». En conclusion, le processus n’a pas été respecté : manque d’inclusivité, manque de transparence et manque d’impartialité. Puis la recommandation tombe sans surprise. L’instance nationale doit instamment rectifier rapidement la
situation au risque de perdre le financement avec pour conséquence directe l’inaccessibilité aux services contre le VIH et la tuberculose.

Les choses se compliquent alors pour le Burkina. Le manège n’aura donc pas réussi. Avec cette sortie du Fonds mondial. Certaines ardeurs se seraient calmées. Aux dernières nouvelles, il nous est revenu que l’instance nationale a renoncé au fameux projet d’extirper la société civile. Mais, il faut craindre pour la suite sur d’autres terrains. Selon certaines sources, des
représailles se pointeraient à l’horizon. Les associations qui n’auraient pas cédé aux chantages pourraient être victimes de leur « entêtement ».

Le SP/CNLS-IST pointé du doigt

Dans la foulée, l’on apprend qu’une des associations « majeures » et qui a plaidé pour le retrait de la société civile de la gestion des fonds a bénéficié de locaux de la part du Secrétariat permanent du Conseil national de lutte
contre le Sida et les IST (SP/CNLS-IST). Pour beaucoup, ce « cadeau » de la part du SP/CNLS-IST aurait orienté les agissements de l’association en question. Elle serait l’une des plus virulentes dans le combat engagé contre la société civile. En effet, dans une lettre datée de novembre 2019, « le Secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre le Sida et les IST met à la disposition de la CORAB trois bureaux, un secrétariat, un couloir, une salle d’eau (…) à Koulouba pour usage de bureau. Le SP/CNLS-IST assure la prise en charge des frais de location. Les frais liés au gardiennage, au nettoyage, à la consommation d’eau et d’électricité sont à la charge de la CORAB. Le SP/CNLS-IST se réserve le droit de mettre fin à cette affectation et de reprendre l’occupation de ses locaux en cas de besoin. »

Selon les informations, ladite association occupe effectivement ces locaux octroyés par le SP/CNLST. Certaines sources estiment que le SP/CNLS-IST, à travers le don de bureau, entend soudoyer cette structure afin qu’elle plaide pour que le SP/CNLS-IST puisse être gestionnaire principal des subsides du Fonds mondial. Selon le Secrétaire permanent du CNLS/IST, Dr Smaïla Ouédraogo, il n’en est rien. Son service a juste jugé bon de trouver un local à une association qui était dans le besoin. Mieux, Dr Smaïla Ouédraogo précise que le bail locatif du bâtiment en question est géré par le ministère des Finances et c’est au budget de l’Etat et non du SP/CNLS-IST.

Quoi qu’il en soit, toutes les associations ne sont pas logées à la même enseigne au SP/CNLS-IST. Interrogé sur ce mélimélo, le ministère de la Santé
explique que la question relève d’une structure dédiée. C’est à celle-ci donc de donner les réponses sur les agissements dont il est question. Nous y reviendrons !

Aimé NABALOUM
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