IMPORTATION DE FAUSSES CHLOROQUINES AU BURKINA : Au moins cinq personnes aux arrêts

La guerre de la chloroquine bat son plein. Son printemps a sonné. Depuis le début de la lutte contre la maladie du Coronavirus, la communauté scientifique s’est mise en branle autour de cette molécule. Il faut vite trouver la solution à cette maladie. La chloroquine, entrée en jeu comme l’une des meilleures pistes par certains spécialistes, aiguise les appétits de certaines personnes qui y voient l’occasion de devenir riches. Du coup, de la fausse chloroquine est mise sur le marché malgré les mises en garde. Une enquête de pandores a permis de mettre certains vendeurs de faux médicaments sous le verrou en attendant leur procès prévu pour le 9 juin 2020. Mais ils ne sont pas seuls. Les véritables « boss » du commerce des faux médicaments sont encore tapis dans le noir.

La chloroquine ! Voici un médicament qui, longtemps tombé dans les oubliettes, est revenu en surface. A la faveur de la lutte contre la maladie du Coronavirus à travers le monde et au Burkina, des espoirs étaient nés autour de ce médicament. Dès le départ, il a semblé être le remède miracle pour une maladie qui secoue le monde entier. Selon les compréhensions de certains au sein de la population, il fallait s’en procurer, soit pour se prémunir du virus, soit pour se soigner. Ce fut alors la course dans tous les sens pour l’acquérir. Du même coup, cela a aiguisé l’appétit des personnes véreuses qui font du commerce de médicaments leur activité au Burkina. Dans leur course folle pour ravitailler les marchés, les faux médicaments seront distillés au grand dam des populations. Le 9 avril 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertait l’opinion sur des fausses molécules de la chloroquine en circulation en Afrique. Dans la sous-région, ces fausses molécules étaient signalées au Niger, pays voisin du Burkina Faso. En effet, «entre le 31 mars et le 2 avril 2020, le système mondial de surveillance et de suivi de l’OMS des produits médicaux de qualité inférieure et falsifiés a reçu neuf signalements de chloroquine  confirmées falsifiées dans trois pays.

Tous les produits signalés ont été identifiés au niveau des patients. Cette alerte faisait référence à 9 chloroquines falsifiées différentes, avec des présentations différentes. Même les origines étaient soit méconnues, soit inexistantes. Au Niger, par exemple, 4 types de chloroquine circulaient. Il s’agit de la Samquine 100 (100mg), de deux chloroquines phosphate tablettes, et de la Niruquine (100mg). Pour ces quatre molécules, il n’existe aucune mention sur le fabricant.

Malgré cette alerte de l’OMS, le Burkina n’a pas échappé à une entrée massive de ce médicament. Au regard de l’engouement de la population autour du produit, l’Agence nationale de régulation pharmaceutique (ANRP) a voulu prendre les devants. C’est ainsi qu’elle produira un communiqué en date du 25 mars 2020 demandant à la population de faire attention aux faux médicaments en circulation et de la dangerosité liée à l’automédication dans le contexte de la Covid-19. Pour ce faire, elle va saisir la gendarmerie afin de lui donner un coup de main. L’objectif était de mettre hors circuit tout ce qui est chloroquine et du même coup, alpaguer les vendeurs de faux médicaments. Elle sera suivie, le même jour 25 mars, par l’Ordre des pharmaciens du Burkina qui met également en garde contre les fausses chloroquines.

Assaut contre les chloroquines

Parallèlement, après avoir retiré officiellement le produit des pharmacies du Burkina, l’ANRP va passer à la vitesse supérieure. L’alerte de l’OMS avec la présence des fausses molécules au Niger voisin va pousser la structure de régulation à accentuer le contrôle. Ainsi, elle fait appel aux forces de l’ordre afin de traquer sur toute l’étendue du territoire national, les fausses chloroquines ainsi que les commerçants afin de mettre la population à l’abri. «Nous avons demandé l’appui de la gendarmerie pour retirer du territoire la chloroquine», confie une source à l’Agence. Les résultats ne vont pas tarder à tomber.

A Ouagadougou, l’opération sera  fructueuse.   Non seulement des saisies ont été opérées, mais des individus également seront mis aux arrêts. Selon une source sécuritaire, « nous avons effectivement été interpellées par l’Agence afin de doubler de vigilance». Mais ce pandore que nous avons rencontré sera moins bavard. S’il confie qu’une opération est en cours, il ne confirme pas que lui et ses hommes ont eu spécialement gain de cause; «ce seraient d’autres brigades qui ont obtenu des résultats», confie l’homme de sécurité. Et la source à l’Agence de préciser que «la gendarmerie a mené ses enquêtes et ils ont saisi certaines quantités et interpellé certaines personnes». Si l’on confirme que des opérations ont été effectivement menées, l’on  fait cependant la fine bouche à propos des quantités ainsi que l’identité des personnes mises aux arrêts.

Pour sûr déjà, des faux médicaments ont été saisis au marché de Sankar-yaaré, en plein cœur de Ouagadougou, mais d’autres localités pourraient aussi être concernées.

Le procès pour le 9 juin

Cette affaire de commerce illégal de médicaments entre les mains de la gendarmerie a été transférée au Parquet du Tribunal de Grande instance (TGI) de Ouagadougou. Selon nos informations, une première audience en correctionnel,  programmée pour le 26 mai au TGI de Ouagadougou, a été renvoyée au 9 juin 2020. Les dernières informations en notre possession font cas de trois personnes déjà aux arrêts : A. Kaboré, un second Kaboré et un troisième du nom de Traoré. Le procès en correctionnel devrait permettre d’en savoir davantage sur ce cerveau. Selon certaines indiscrétions, les personnes mises aux arrêts ne seraient que des exécutants, agissant au nom et pour le compte d’un puissant «gros bonnet» qui, lui, n’est pas encore identifié. Des enquêtes plus poussées devraient conduire à retrouver ce véritable cerveau de trafic des faux médicaments. Les personnes vendant des faux médicaments tombent sous le coup des articles 151 et 187 de la loi n°23/94/ADP du 19 mai 1994 portant Code de santé publique. Elles seront certainement poursuivies pour trafic de faux médicaments et d’exercice illégal de la profession de pharmacien.

Le 11 mai 2020,  la Ligue des consommateurs du Burkina (LCB), informée de l’affaire des fausses chloroquines, a voulu prendre langue avec l’ANRP. A l’issue de l’audience avec les responsables de l’Agence, le porte-parole de la LCB a souhaité que les investigations puissent aller jusqu’à leur terme. En attendant la tenue de ce procès, certaines sources évoquent également un autre dossier pas clair. Il s’agit d’un don de chloroquine fait par une entreprise de la place mais qui s’est révélé être de la chloroquine périmée. Affaire à suivre !

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La grosse société  et le don de la  fausse  chloroquine

Décidément, la chloroquine. Son intérêt dans le processus des soins contre la Covid-19 fait lan- guir. Dans le ratissage des pandores contre les fausses chloroquines en circulation, bien d’aut- res affaires ont été découvertes. Aujourd’hui,  il est de plus en plus question d’un don à pro- blème fait par une grosse société de la place à l’hôpital  de Tengandogo.   Selon les informa- tions, il s’est trouvé que la chloroquine qui fait partie du don est d’une qualité douteuse. Pour certains, il s’agit même de la chloroquine contrefaite. Il nous revient que cette affaire est aussi sur la table du Procureur et devrait faire partie des affaires à juger le 9 juin prochain. Là éga- lement, des individus seraient aux arrêts. On parle de deux personnes. Des complicités ne sont pas à exclure avec des acteurs du monde de la Santé. Où la société a-t-elle pu acquérir cette chloroquine objet du don ? S’agit-il d’une importation ? S’agit-il d’un achat auprès d’une phar- macie au Burkina ? Laquelle ? S’agit-il d’un individu ? Qui ? S’il est confirmé que cette chloro- quine est contrefaite, où cette pharmacie ou cette personne a-telle pu l’acquérir  ? Autant de questions qui devront certainement permettre de remonter la chaîne du faux.AKN

Aimé NABALOUM
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