JUGEMENT DES MINISTRES DE BLAISE COMPAORE: Ambiance d’un rendez-vous manqué

Le procès contre les derniers ministres de Blaise Compaoré est ouvert. A la barre, Beyon Luc Adolphe Tiao et ses ministres, dont Blaise Compaoré, absent et devenu Ivoirien. Ils sont poursuivis pour complicité d’homicide volontaire, coups et blessures volontaires.  26 anciens ministres ont répondu présents et le procès renvoyé au 4 mai 2017 devrait permettre de situer leur responsabilité devant la Haute Cour de justice qui a siégé au Tribunal de grande instance (TGI) de Ouagadougou. Retour sur l’ambiance d’un procès chargé du souvenir d’une certaine époque avec les fameux TPR (tribunaux populaires de la révolution). C’était le 27 avril 2017, dans la salle d’audience n°2 du TGI de Ouagadougou.

Le ciel s’est assombri en cette matinée du 27 avril. Des nuages noirs empêchaient le ciel de briller de tous ses rayons et faire vivre aux Ouagalais une autre journée annoncée de 41 degré. Les mouvements aux alentours du TGI de Ouaga sont très suivis. Les entrées aux quatre coins étaient filtrées. Devant le Palais de justice, un long rang. Des centaines de personnes voulaient assister à ce procès où Blaise Compaoré devrait être à la barre. Il faut forcément passer par les fouilles, montrer patte blanche avant d’avoir accès à la salle d’audience. Pendant ce temps, le ciel montre ses intentions : pleuvoir ! D’abord, une grosse poussière puis une grosse pluie qui tombe et oblige les fouilles à s’estomper. Dans la salle d’audience n°2, déjà comble, les anciens ministres, avec à leur tête, Beyon Luc Adolphe Tiao, sont assis. On aperçoit Arsène Bongnessan Yé, le regard lointain, Alain Edouard Traoré par moments affichant son fameux sourire « forcé », Yaméogo Dramane, ancien ministre de la Justice, surpris d’être photographié, Djibrill Bassolé quelque peu affaibli, Léné Sebgo, serein, Julie Prudence Nignan/Somda, la main sous le menton, etc. Ce sont eux les « accusés ». Certains échangent entre eux des mots, d’autres arrivent à rire. « Ça va ! Ça va ! Je fais confiance en la Justice de mon pays. Je m’exprimerai en toute liberté », confie l’ancien chef du gouvernement, Luc Adolphe Tiao. Les bancs en bois et en fer de la salle ont fait place à des chaises blanches en plastique, la climatisation a suppléé aux vétustes ventilateurs, une sonorisation louée est installée. La salle d’audiences n°2 a fait peau neuve pour accueillir des prévenus de haut standing.

Quand le greffier annonce « la Cour », tout le monde se met débout. Des juges pas comme les autres entrent. Les uns en écharpe de député et les autres en toge de juges professionnels : c’est ainsi qu’est composée la Haute Cour qui se met en place. « La première audience de la Haute Cour de justice siégeant à Ouagadougou est ouverte ». C’est par cette formule que le président de la Haute Cour de justice, Mathieu Ouédraogo, a ouvert l’audience publique du procès des anciens ministres. Ouvrant donc la toute « première audience » de cette institution judiciaire, Mathieu Ouédraogo commence par l’appel nominatif des prévenus. Un par un, les ministres qui ont pris part au dernier Conseil des ministres du régime Compaoré ont été appelés à la barre. Certains n’y ont pas été et l’un d’eux, le Colonel Yacouba Ouédraogo, ancien ministre des Sports, était dans la salle pour « soutenir » ses anciens camarades.

Premier à être appelé à la barre, Beyon Luc Adolphe Tiao. Son habituel collier du crucifix au cou, il se lève, redresse son boubou Faso Danfani, visiblement serein et avance. Seul d’abord face aux juges, on le voit fixer du regard les membres de la Cour. Le second ministre est appelé. « Blaise Compaoré », lance le président de la Cour. Un bref silence dans la salle. Pas de « présent ! » qui se fasse entendre. « Blaise Compaoré a été cité à comparaître », dit le président de la Cour. Quelques murmures se font entendre. Le président marque son étonnement de constater l’absence de l’ancien ministre de la Défense, Blaise Compaoré. L’appel se poursuit jusqu’au 25e présent. Le président de la Cour, unique orateur pour l’instant, veut passer à une autre étape. Il est interpellé par le public. « Vous avez oublié un », entend-on. Mais qui est-ce ? On aperçoit l’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité, Jérôme Bougouma, assis, sourire aux lèvres. Il est appelé à son tour et a rejoint ses camarades à la barre. Tous les ministres cités ont été enfin appelés.

Outre Blaise Compaoré, d’autres étaient également absents à l’ouverture du procès. Ce sont les anciens ministres Koumba Boly de l’Education nationale, Lucien Marie Noël Bembamba des Finances, Lamoussa Salif Kaboré des Mines, Tinga Jérémie Ouédraogo des Ressources animales et Assimi Kouanda. Des ministres comme Baba Hama, Baba Demé se sont présentés à la barre dans l’optique de se défendre eux-mêmes, sans avocat. Un impair relevé par des avocats de certains ministres qui estiment qu’il est obligatoire que tous les prévenus se fassent assister devant une juridiction de ce type. « Nous verrons ça après », a répondu le président de la Cour.

A la suite des prévenus, ce sont les témoins qui ont été appelés. Ils sont un peu plus d’une dizaine. Parmi eux, l’ancien ministre des Mines de la Transition, Boubacar Ba, le Général Honoré N. Traoré, Dembélé Salifou et le Général Gilbert Diendéré. A l’appel de son nom, sa réponse, avec une voix haute, forte, sèche et sans hésitation, a surpris plus d’un dans la salle ; certains dans le public ont même applaudi. Tout est prêt ! Le procès peut commencer mais pas si vite. Le Bâtonnier de l’Ordre des avocats a fait une demande de renvoi adressée au président de la Cour, une demande qui s’explique par la rentrée du Barreau. La demande est acceptée. Il faut renvoyer le procès. Le président, après concertation avec ses collègues professionnels et autres, propose la date du 3 mai. Les avocats de la défense protestent. Trop proche, disent-ils. Il faut une quinzaine au moins, dit Me Somé, parce que les conseils ont reçu le dossier il y a juste quelques jours. En plus, les décisions de la Cour étant sans appel, il importe de prendre le temps nécessaire. Le président n’est pas de cet avis. « Il y a beaucoup d’attentes de la population à propos de ce procès », dit Mathieu Ouédraogo, et le jugement a trop trainé. Les juges se concertent à nouveau. Le procès est renvoyé au 4 mai. Les avocats, visiblement pas satisfaits, acceptent.

L’audience du jour est terminée. Rendez-vous le 4 mai. Une fois que les juges se sont retirés, ce sont des salutations et des congratulations dans la salle. Une ambiance de retrouvailles pour certains. Certaines connaissances profitent pour dire « bonjour » à des anciens ministres. Beaucoup de sourires aux lèvres de certains ministres comme  Jean Bertin Ouédraogo, Jérôme Bougouma, Alain Edouard Traoré, etc. Sont-ils autant sereins ? Pour l’ancien chef du gouvernement, Beyon Luc Adolphe Tiao, avant de se présenter devant ses juges, le vœu est « que tout se passe bien pour nous (ndlr : eux les anciens ministres) (…) et « sans rancune ».

Aimé NABALOUM
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