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La Côte d’ivoire à l’épreuve

La Côte d’Ivoire et Alassane Ouattara refont encore parler d’eux. Depuis plus d’une semaine, le pays est confronté à des manifestations violentes avec à la clé des pertes en vies humaines, des centaines de blessés, des biens publics et privés détruits. A l’origine de ces violences, la volonté du Président Ouattara de se maintenir au pouvoir en recourant à un 3e mandat. Le pays commence à compter ses morts. Mais Alassane Ouattara n’en a cure. Il est arrivé au pouvoir en enjambant 3000 morts. Ce ne sont certainement quelques dizaines de morts qui l’empêcheront de se maintenir.

Les conditions dans lesquelles il s’est remis en scelle confirment à souhait ce que nous avons dit de lui. Il a une conception de la politique et surtout des modalités d’accès et de conservation du pouvoir qui défie toutes les logiques, le bon sens et la loyauté républicaine. Au lendemain de sa décision de se retirer au terme de son mandat en cours au profit de son défunt Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, nous relevions déjà que Ouattara voulait rester président de la Côte d’Ivoire par procuration. Mais l’on était loin de s’imaginer jusqu’où il était capable de pousser l’indécence pour se maintenir au  pouvoir. En effet, après la mort de celui qu’il affirmait vouloir en faire son successeur, le Président Ouattara n’a trouvé d’autre alternative que de se repositionner lui-même, pour succéder à son défunt dauphin à la candidature du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RDHP) à la présidentielle du 31 octobre prochain.

L’on attend encore la réaction officielle de ses amis français, en l’occurrence le Président Emmanuel Macron, qui avait salué la décision historique de Ouattara de quitter le pouvoir ; ce qui, selon lui, confirmait qu’il était un grand homme d’Etat. Avec ce revirement spectaculaire à la limite de la décence et de la morale politiques, le Président Macron et la France restent silencieux alors que tous les signaux indiquent que cette décision de se représenter pour un troisième mandat est porteuse de tous les dangers pour la Côte d’Ivoire et toute la sous-région ouest-africaine.

Leur grand homme d’Etat a été contraint de dévoiler son vrai visage et de verser le leur par terre. On ne fabrique pas les grands hommes à coups de discours intéressés et manipulateurs et pire, contraires à la réalité. Ce sont les actes et les faits qui permettent à l’histoire de magnifier la grandeur des hommes. Comme on le dit, le temps est l’autre nom de Dieu.

Mais il n’y a pas que la France qui est silencieuse face à cette forfaiture. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), d’habitude si véhémente face à de tels dérapages préjudiciables à la démocratie et la paix dans les pays membres, est aussi muette comme une carpe. Où est donc la CEDEAO, donneuse de leçons de démocratie ? Si la forfaiture de Ouattara passe en Côte d’Ivoire, ce sera un requiem pour la crédibilité de l’institution régionale.

Pendant ce temps, l’opposition ivoirienne a décidé de barrer la route à cette pirouette présidentielle. A son appel et à celui de certains activistes, des manifesations sont organisées aussi bien à Abidjan que dans plusieurs villes de l’intérieur. En une semaine, 5 personnes sont mortes dans ces manifestations violemment réprimées par les forces de l’ordre. Plus d’une centaine de blessés, dont certains dans des situations critiques, sont enregistrés, selon les autorités sécuritaires. Plusieurs personnes sont interpellées. Et les autorités promettent des poursuites judiciaires contre les instigateurs de ces manifestations.

Autant dire que le ciel s’assombrit du côté de la Lagune Ebrié. La perspective de la présidentielle du 31 octobre 2020 risque de plonger le pays à nouveau dans une crise profonde et violente. En effet, cette crise pré-électorale risque de préparer une autre plus grave, après les élections et la proclamation des résultats. D’autant plus qu’avec la configuration de la scène politique actuelle, le Président Ouattara se retrouvera seul contre tous. Il a perdu presque tous les alliés qui l’ont aidé à accéder au pouvoir. Ces derniers sont décidés aujourd’hui à s’allier à d’autres forces, notamment, le Front populaire ivoirien et ses alliés de 2010, pour le faire partir.

Si l’on n’y prend garde et si Ouattara s’entête, il peut partir comme il est venu : par la force et dans le sang. La Côte d’Ivoire n’a pas besoin de ça. Sera-t-elle épargnée de la malédiction du 3e mandat ? La question est sur toutes les lèvres. Et bien des observateurs voient poindre des signaux d’une longue crise politique qui risque de mal  finir. Malheureusement, il n’y a personne pour faire entendre raison au vieil homme qui, apparemment, se noie  dans  la marre des sollicitations intéressées des courtisans et des obligés.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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