Le 24 avril 2019, Nord Mali, Près de Gossi. Deuxième jour d'opération. Pause dans une zone aride. Les soldats croisent des hommes en motos. Ils vont les contrôler.

La France au Sahel : des besoins réciproques de clarification

L’affaire a fait grand bruit et continue de susciter la colère des populations des 5 pays membres du G5 Sahel et au-delà, de beaucoup de pays africains. Le président Français convoquant de façon véhémente, les 5 chefs d’Etat du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad à Pau en France, pour clarifier leurs positions par rapport à la force Barkhane. Cette sortie du Président Emmanuel Macron intervient au lendemain de la mort de 13 soldats français au Mali qui a suscité de vives émotions dans son pays. Sans doute excédé par la pression de son opinion et surtout agacé par la montée des mouvements et manifestations anti-français dans les mêmes pays où la France est censée être perçue comme le sauveur, le Président Macron croit tenir l’occasion pour remettre les choses à l’endroit. En effet, les retours de cercueils de plus en plus fréquents sur le sol français en provenance du Sahel commencent par exaspérer une bonne partie de l’opinion.

Mais le propos a été profondément mal reçu en Afrique. Certains ont vu dans la manière, une certaine arrogance et une infantilisation des chefs d’Etat de pays, théoriquement souverains. D’ailleurs, les chefs d’Etat eux- mêmes, à commencer par le Président Kaboré, qui s’est exprimé sur la question à plusieurs reprises, ont pratiquement affirmé la forme peu  respectueuse de l’initiative du Président Macron.

Dans le fond, il faut le reconnaître, le Président Macron est dans son droit d’avoir besoin effectivement de clarification sur la position des chefs d’Etat des pays du G5 Sahel par rapport à la présence des Forces françaises dans cette zone. Car, des voix s’élèvent de plus en plus pour revendiquer le départ de ces troupes que d’aucuns n’hésitent pas à accuser d’être en complicité avec des forces du mal. Sur les réseaux sociaux, les débats font effectivement rage. La France est tenue pour responsable des attaques terroristes. Elle est, par exemple, accusée de protéger Kidal au Mali qui serait le sanctuaire de tous les chefs terroristes qui endeuillent la région. Ses Forces sont mêmes suspectées de donner des coups de main sur le terrain aux groupes terroristes.

Pour d’autres, les Forces françaises laissent au moins les terroristes attaquer les positions des Forces nationales. Bien de ces accusateurs disent surtout ne pas comprendre qu’avec tout l’arsenal dont disposent les Forces Barkhanes, elles n’arrivent pas à repérer les terroristes qui évoluent en bande dans les mêmes zones. En tant que dirigeant de la France, l’on peut comprendre que Macron ait senti la nécessité d’interpeller ses homologues sur leurs responsabilités et informer comme il se doit leur opinion nationale sur les efforts que son pays déploie pour les aider dans la lutte contre le terrorisme. Mais comme le disent les juristes, la forme tient le fond en l’état. En convoquant publiquement ou en l’annonçant publiquement, et surtout dans un ton qui manque d’élégance envers les pays concernés, Macron a provoqué la colère des Africains. Il aurait voulu exacerber le sentiment anti-français qu’il ne se serait pas pris autrement.

Sans doute qu’après s’être rendu compte de la bourde présidentielle, les communicants et les diplomates sont entrés en scène, pour tenter de raccommoder les choses. Dans un premier temps, l’on annonce que les chefs d’Etat ont été informés par téléphone et ensuite, l’envoyé spécial du président français au Sahel a fait le tour des capitales pour remettre des invitations aux chefs d’Etat. Mais le mal est déjà fait.

Comme dit le proverbe, à quelque chose malheur est bon. Cette bourde de Macron peut être saisie utilement par les chefs d’Etat du G5 Sahel pour poser un débat franc où les intérêts réciproques de tous les pays seront mis sur la table. Quoique reportée suite à l’attaque meurtrière contre un camp militaire au Niger, qui a fait 71 morts, cette rencontre de clarification est désormais indispensable. Autant les pays du G5 Sahel doivent clarifier leur position (dire si oui ou non, ils ont besoin de Barkhane), autant la France doit  clarifier sa position sur les points de suspicion qui agitent l’opinion africaine, mais surtout sur le statut particulier de Kidal imposé à l’Etat malien. Vive donc cette rencontre pour des clarifications réciproques avec en toile de fond, la préservation des intérêts réciproques des peuples africains et français.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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