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Le Burkina n’est pas à l’abri d’une nouvelle insurrection

Ocbre 2014 était l’aboutissement d’un long processus entamé au lendemain de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. Les vagues de contestations populaires conduites par le Collectif contre l’impunité  ont progressivement éveillé les consciences citoyennes. L’éveil des consciences a ensuite gagné les casernes avec les mutineries de 2011. Lentement mais sûrement, la terreur imposée par le régime de Blaise Compaoré depuis son avènement sanglant le 15 octobre a fait place à la révolte et au refus de l’arbitraire. La mise en place du Sénat et la modification de l’article 37 ont été la provocation de trop.

L’usure du pouvoir avait perdu Blaise Compaoré qui avait fini par se croire indispensable. Dans ses dernières années de pouvoir, il confondait ses intérêts personnels, ceux de sa famille et ses angoisses personnelles aux affaires d’Etat au point que les frustrations et la révolte ont gagné les rangs des caciques du pouvoir, tous les secteurs de la vie publique, toutes les provinces et toutes les catégories socioprofessionnelles.

Il n’était plus capable de voir les fissures de son régime. Progressivement, le pouvoir s’est fragilisé. Il se trompait et s’enorgueillissait d’une légitimité électorale acquise au cours de ses 4 mandats. Sûr que tant qu’il contrôle l’appareil d’Etat, il remporterait toutes les élections, il a lancé son projet de référendum pour sauter le verrou de la limitation des mandats. Mal lui en a pris. La suite, on la connaît. Cette initiative n’a été en fait que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase des frustrations, des injustices sociales, de la mal gouvernance et de l’impunité des crimes économiques et de sang que son régime a cumulé pendant 27 ans.

Malheureusement, ses anciens protégés qui ont contribué à sa chute et lui ont succédé au pouvoir semblent reproduire les mêmes tares du système. En fait, le système a juste sacrifié Blaise Compaoré pour le remplacer par Roch Kaboré qui assure sa survie. Ce système ne peut prospérer dans la bonne gouvernance et la transparence. Il fabrique ses nouveaux riches et ses déflatés et maintient la grande majorité dans la misère économique et sociale. Il produit des exclusions sociales avec pour conséquence immédiat, le développement de sentiments de révolte, avec les mêmes comportements désinvoltes des acteurs face aux dénonciations de la mal gouvernance. La conjoncture socio-économique actuelle, aggravée par la situation sécuritaire plus qu’inquiétante avec ces milliers de déplacés internes et de victimes, risque d’accentuer davantage les rangs des désespérés et des laissés-pour-compte, des révoltés et des indignés. L’on fabrique ainsi une bombe sociale qui va finir par exploser.

Lentement mais sûrement, le pouvoir de Roch Kaboré est en train de réunir les conditions pour une explosion populaire de la colère. Les élections de 2020 ne changeront nullement la montée de la colère. Bien au contraire, si Roch Kaboré est réélu (et il y a de fortes chances qu’il le soit), il faut craindre le scénario de 1966 avec le soulèvement populaire qui a balayé le premier Président Maurice Yaméogo. C’est dire que la gestion du deuxième mandat va être très délicate. L’on peut en arriver à une nouvelle insurrection avant 2025.

Loin de jouer les prophètes de l’apocalypse, il faut lucidement se rendre à l’évidence. Les Burkinabè ne subiront encore pas pendant longtemps, cette dégradation accélérée de leurs conditions de vie, la destruction progressive de l’Etat et des valeurs et principes moraux de la vie en société. Ils vont finir par réagir. Bien des révoltés ne croient plus au changement par les urnes. Si l’on n’y prend garde, le pays fonce tout droit vers une nouvelle insurrection. Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Pour s’en prémunir, le pouvoir doit enfin assumer ses responsabilités. Le pays a besoin d’actions fortes d’assainissement de la gestion publique. Il a besoin d’un gouvernement capable de remettre le peuple au travail. Il a besoin d’une autre approche et de nouveaux rapports aux biens publics. Il faut rompre avec ce laisser-aller qui pèse énormément sur l’économie nationale et porte un coup sérieux à la capacité de l’Etat à offrir des services sociaux de base.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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