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ACHATS D’ARMES PAR LE BURKINA : 20 milliards d’armes livrées par la France en 2013

Le commerce des armes entre la France et le Burkina Faso est très florissant. Dans un rapport publié en juin 2019, le  gouvernement français apporte des éléments d’informations sur la réalité de son commerce d’armes avec le Burkina. Les quantités, les types d’armes vendus ainsi que les montants font du Burkina l’un des clients sérieux de la France sans être parmi les plus gros. De 2009 à 2018, plus de 36.000.000 d’euros d’armes ont été livrées au Burkina, soit plus de 24 milliards FCFA. Mais qu’en est-il exactement ? L’année 2013 aura connu la plus grosse livraison.

Le Burkina Faso et la France sont de bons partenaires en matière de commerce d’armes. Cette certitude ressort des éléments d’informations contenues dans le rapport produit par le ministère français des Armées courant juin 2019. S’il peut paraître normal que le Burkina achète des armes avec la France, il n’en demeure pas moins que ce document fait ressortir des éléments dignes d’intérêt. Cependant, dans le domaine, il est difficile de se faire une idée très exacte de la réalité sur le terrain.

Les enjeux sont multiples : stratégiques, financiers, secrets défense. Mais l’obligation de reddition des comptes devrait primer. Le rapport en question a été publié dans un contexte où  des journalistes français affirmaient, par des enquêtes, que les armes vendues par la France se retournaient contre des civils dans des zones de guerre. Ainsi, en épluchant le document de plus de 100  pages qui fait le point des ventes des armes par la France et par pays, l’on y découvre donc la place qu’occupe le Burkina Faso, comme client.

Certes, il n’est pas le plus grand acheteur mais il occupe sa place tout de même.

Des commandes alléchantes

Les révélations concernent la période des dix dernières années, à savoir de 2009 à 2018. Il s’agit des commandes  d’armes et de matériels opérées par le Burkina, des livraisons effectives ainsi que les types de matériel. Premier constat ! Sur les 10 ans, le Burkina a fait des commandes dont le montant s’élève à 40.000.000 d’euros soit plus de 26.238.200 FCFA. Pour certains experts, ce montant peut même paraître en deçà de la réalité. Les commandes annuelles du Burkina échappent aux dispositions et règles habituelles de la commande publique ainsi qu’aux institutions de contrôle des marchés.

Tout de même, on découvre qu’en 2009,  la commande du Burkina était de 262.382.000 FCFA (0,4 millions d’euros) et en 2010, elle s’élevait à plus de 65.595.700 FCFA (soit 0,1 million d’euros). Puis, plus rien. En 2011 et en 2012, soient deux années consécutives, officiellement, le Burkina n’aurait pas fait de commande d’armes avec la France. Ce n’est qu’en 2013 qu’il est revenu. Et là, le pays va faire une grosse commande d’un montant de plus de 23 milliards 680 millions FCFA, soit 36,1 millions d’euros pour une seule   année. Après celle-ci, le pays va marquer une trêve dans ses commandes jusqu’en 2017, où il fera une nouvelle commande de plus de 852.000.000 FCFA d’armes. En 2018, la commande n’a pas non plus été faible. Elle a été évaluée à 1 milliard 377.509.700 FCFA, soit 2,1 millions d’euros.

Mais là, ce ne sont que les commandes. Ont-elles été réellement livrées ? La réalité semble tout autre sur le terrain, toujours pour les dix années. On constate que les livraisons n’ont pas toujours été régulières et conformes aux commandes faites. On retient, par exemple, que les commandes de 2009 et de 2010 ont été livrées en 2010. Par contre, bien que le pays n’ait pas fait de commande en 2011, du matériel lui a tout de même été livré à hauteur de 1,1 million  d’euros, soit plus de 721.500.000 FCFA. D’où  la question : à quoi correspond cette livraison de 2011 s’il  n’y a pas eu de prise de commande ?

Autre chose ! Sur les 23 milliards 680 millions FCFA de commande en 2013, ce sont 20 milliards 859.000 FCFA, soit 31,8 millions d’euros de matériel qui a été livré. Il y a un écart sans qu’on perçoive la destination de l’autre partie de la commande. Pour certains, l’explication serait que les livraisons pourraient être échelonnées pour des années à venir. D’où la livraison en 2014 et 2016 sans commande. En dix ans, on note qu’il y a eu des commandes non livrées au Burkina.

Avec le Burkina, la France n’a pas fait que vendre ses armes. Elle dit en avoir également offert de façon gracieuse. C’est ainsi qu’en 2018, il est fait cas de deux offres à titre gracieux et onéreux de matériel d’une valeur de 38.125 euros, soit plus de 25 millions FCFA uniquement en 2018. Il n’est cependant pas  précisé  le type de matériel gratuitement offert.

De curieuses armes livrées…

Si les montants et les quantités d’armes commandées et livrées soulèvent des interrogations, les types d’armes livrées laissent également songeur. Tenez ! Pour l’année 2018, il ressort que le Burkina a acheté six catégories d’armes avec la France. Pour les spécialistes de l’armement, les types de matériel sont classés dans une liste dite «Military List» (ML) ou Liste militaire. Pour  des raisons évidentes, nous ne pouvons donner la liste et le type d’armes. Toutefois, il y a une curiosité.

On  découvre également que dans la liste du matériel comme des engins de franchissement de cours d’eau et des appareils de plongée avec recycleur d’air. Interrogé sur la possibilité d’achat d’engins de franchissement de cours d’eau et d’appareils de plongée, un spécialiste des questions d’armes se veut réservé. «Vous savez, avec ces gens, puisqu’il y a aussi de l’argent à gagner, ils peuvent payer des bateaux pour le Burkina». Une autre curiosité à noter est que depuis 2013, les commandes d’armes du Burkina avec la France ont considérablement diminué. Qu’est-ce qui a pu bien justifier cela ? Plusieurs pistes sont possibles.

Il s’agirait, soit d’un changement de partenaire commercial par le Burkina qui aurait trouvé d’autres puissances avec lesquelles commercer, puisque les budgets annuels de la défense augmentent ces dernières années, soit le pays commande de moins en moins les armes de façon générale. Et là, il est à se demander quelle pourrait être la justification d’une telle posture au moment où le pays fait face à l’hydre terroriste.

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Plus de 5 milliards FCFA de matériel pour le G5 Sahel

Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, la France intervient, depuis 2013, dans l’ensemble des pays de la bande sahélo-saharienne (opération Serval puis Barkhane depuis le 1er août 2014). Ces troupes sont dotées militairement par la France. Avec la création du G5 Sahel en 2014 et qui regroupe 5 pays, à savoir le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Ce cadre institutionnel de suivi de la coopération régionale est destiné à coordonner les politiques de développement et de sécurité de ses membres. La France y apporte également un soutien militaire. Depuis la création du G5 Sahel, la France a mis en œuvre une politique de cessions gratuites adaptées et a fourni du matériel, dont 51 véhicules, 600 gilets pare-balles, 300 jumelles à vision nocturne et 24 combinaisons de protection contre les engins explosifs improvisés. Ce don  a  été évalué à  9  millions  d’euros, soit plus de 5.903.613.000  FCFA.

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Aimé NABALOUM
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