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ASSASSINAT DE THOMAS SANKARA : Blaise Compaoré sera-t-il jugé par contumace ?

Rouvert au lendemain de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014, le dossier de l’assassinat du Président Thomas Sankara, le 15 octobre 1987, semble connaître un ralentissement ces derniers temps. A ce jour, Blaise Compaoré, Gilbert Diendéré, Hyacinthe Kafando, et 20 autres personnes, essentiellement des militaires, sont inculpés. L’expertise et la contre-expertise attendues pour s’assurer que les corps qui étaient ensevelis au cimetière de Daghnoën étaient bien ceux du PF et de ses compagnons n’ont toujours rien donné. Quoi qu’il en soit, l’on arrivera, tôt ou tard, à un procès. Du reste, pensent les Avocats de la famille, les éléments disponibles dans le dossier permettent d’aller à un procès.

Aujourd’hui 15 octobre 2019, cela fait exactement 32 ans que le père de la révolution burkinabè, le Capitaine Isidore Noël Thomas Sankara, a été assassiné avec 12 de ses compagnons. Ce sont donc 32 longues années que sa famille, ses héritiers et tous les Africains épris de justice attendent que les auteurs de cet assassinat politique répondent de leurs actes. Mais ce sont également 32 longues années que le fantôme du président du CNR hante le sommeil de ses bourreaux.

Depuis bientôt 4 ans, la Justice suit son cours et le dossier avance, selon les Avocats de la famille. Lors d’une conférence de presse animée le lundi 14 octobre, Me Bénéwendé Sankara a effectivement déclaré que : « Ayant  accès  au dossier comme tout autre Avocat,  nous pouvons attester maintenant que le dossier suit normalement son cours et a connu  une  évolution  notable avec  de  nouvelles  inculpations et avec le reversement par la France de deux lots de docu- ments  déclassifiés ».

Selon lui, « L’enquête balistique permet au juge de déterminer quels sont les  types d’armes qui ont été utilisés pour commettre le crime : les balles et les douilles ont été retrouvées. Il y a l’autopsie : aujourd’hui, dans la reconstitution des faits, on sait combien de balles à peu près le Président Sankara a reçues. On a retrouvé aussi dans les tombes, les objets que les familles ont reconnus. Il y a même des pièces d’identité qui ont été retrouvées dans les tombes». 

Et Me Prosper Farama d’ajouter : « L’enquête qui suffisent déjà à aller au jugement ». Il reste maintenant à savoir si Blaise Compaoré et les autres fuyards inculpés répondront présents ou seront jugés par contumace. La Côte d’Ivoire n’a pas encore exécuté le mandat d’arrêt du juge burkinabè. Et elle ne risque pas de le faire tant que Ouattara sera au pouvoir.

Même en l’absence de Blaise Compaoré, avec des inculpés comme Gilbert Diendéré, considéré comme l’une des boîtes noires du système Compaoré, un procès sur le dossier ne sera pas dépourvu d’intérêts. Après avoir raté le procès du putsch, l’on peut espérer qu’il  se décide, cette fois, à passer aux aveux. Mais il n’y a pas que lui. Les autres inculpés à la disposition de la Justice et sur qui  pèsent de forts soupçons quant à leur responsabilité dans cet assassinat, ne manqueront pas de vider leur sac pour soulager leur conscience. Comme l’a si bien fait remarquer  Me Farama, «Il  serait bon pour tout le monde, pour la conscience collective burkinabè, pour Blaise Compaoré lui-même, et même ses supporters, qu’il  puisse venir au Burkina et être entendu par la Justice, qu’il puisse se défendre et donner sa version.

Parce qu’autrement, il ne faudrait pas qu’après, on nous dise qu’il y a un jugement qui a été fait et qu’on n’a pas respecté les droits des uns et des autres, parce qu’il sera jugé sur la base des éléments qui sont dans le dossier s’il refuse de venir se défendre.»

L’autre attente dans ce dossier, ce sont les archives attendues de la France. Comme nous l’avions annoncé dans nos précédentes éditions, deux premiers lots ont été transmis à la Justice et auraient permis l’inculpation de certains des suspects. Mais il resterait un dernier lot  qui tarde à venir, pour on ne sait quelle raison. Du reste, il ne faut pas s’attendre à ce que la France transmette des dossiers qui la compromettent dans cette affaire. En tous les cas, selon les Avocats, même sans ces documents, l’on peut bien aller à un jugement.

Du reste, fait remarquer Me Farama, c’est plus dans l’intérêt de la France que ces archives parviennent au juge. «Si ces documents ne viennent pas, tant pis pour la France ; parce que de mon point de vue, celui qui a le plus intérêt à ce que ces documents puissent être transmis, c’est d’abord  l’Etat français, parce que les Burkinabè et pas mal  d’Africains, pour ne pas dire pas mal de citoyens dans le monde, ont une présomption d’implication de la France dans l’assassinat du Président Thomas Sankara. Est-ce que c’est vrai ou c’est faux ? Personne n’en sait grand-chose aujourd’hui. Et si la France a la bonne idée de fournir ces éléments, je pense que c’est dans son intérêt d’abord. Car ça pourrait mettre hors  de cause ou impliquer soit des personnalités de l’Etat français, soit l’Etat français lui-même».    A-t-il affirmé.

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