LOTISSEMENT LITIGIEUX DANS LA COMMUNE RURALE DE BOUSSOUMA : Le Maire au cœur d’une vive polémique

L’affaire avait commencé à s’ébruiter courant 2019. Des rumeurs aux murmures, elle avait fini par devenir une information publique, obligeant certains acteurs à sortir de leur silence. En effet, le projet de lotissement d’un espace de 200 ha dans la Commune de Boussouma (province du Boulgou), dans la région du Centre-Est, a connu des périodes chaudes. Mais l’on est encore loin d’un retour au calme. Une première tentative avec un recensement dénoncé puis annulé, ensuite, une seconde qui se déroule avec des récriminations à n’en pas finir et un Maire au cœur de la polémique : François de Sales Yoda. L’une des phases, la plus cruciale est-on tenté de dire, connait les suspicions les plus folles. De l’évaluation de l’espace à lotir en passant par l’attribution du marché, il y a eu trop de choses pas claires. Le Maire, qui aurait fait des pieds et des mains pour attribuer l’affaire à son
ami, aurait échoué.

C’est une kyrielle de griefs qui est faite à l’opération de lotissement entamée depuis quelques temps dans la Commune rurale de Boussouma dans la région du Centre-Nord. En effet, il y a quelques mois, un groupe de personnes résidentes et non résidentes, en tout cas des ressortissants de la
Commune, avait attiré l’attention de l’opinion sur ce qui se passait dans leur localité. Bonne ou mauvaise intention, l’affaire fait débats.

En décembre 2019, certains habitants avaient commencé à s’inquiéter sur un projet de lotissement qui bruissait sans qu’aucune communication de
l’autorité municipale n’en fasse cas. En coulisse, il était demandé à certains habitants de remettre des copies de leur carte nationale d’identité en vue d’un lotissement. A l’époque, les autorités municipales avaient expliqué qu’il n’en était rien et qu’aucun lotissement n’était en cours. Et pourtant, le projet était bien là. Dans le même mois de décembre, un semblant de recensement a été organisé par la suite au sein même de la Mairie.

Lotissement avant l’heure ?

En 2015, le gouvernement de la Transition avait suspendu toutes les opérations de lotissement et de restructuration sur tout le territoire National. Cette mesure a eu cours jusqu’au 14 février 2019, date à laquelle
elle a été levée. C’est pendant la suspension que le projet de lotissement dans la Commune a été adopté par le Conseil municipal. En effet, avant la levée de la mesure de suspension, soit le 4 février 2019, le Conseil municipal de Boussouma a statué et délibéré sur son projet de lotissement au cours d’une session extraordinaire. Selon certaines indiscrétions, le Maire aurait fait comprendre aux conseillers qu’ils n’avaient qu’à voter favorablement pour le projet, car leurs «parcelles sont garanties». Quoi de plus normal qu’un tel argument oriente les votes.

A la fin, le Conseil est partant. Tout est prêt. Mais, une question tout de même : le Conseil municipal était-il dans le secret des «dieux» quant à la levée imminente de la mesure ? Mystère !

L’ami du Maire, agent du ministère de l’Urbanisme

Afin de se donner des chances de réussir, le Maire a pris des initiatives personnelles pour faciliter le dossier technique de la demande. Ainsi, il invite un de ses « amis » du nom de Monsieur Boly, à faire un travail d’évaluation de l’espace du terrain pressenti pour le lotissement. Ce dernier se trouve être un cadre du ministère de l’Urbanisme. Technicien géomètre, il reconnait avoir été contacté par le Maire afin de l’aider. Mais il ne va pas effectuer le travail sur le terrain. Il envoie, à son tour, un autre technicien qui, une fois sur place, se présente comme technicien d’une entreprise du
nom de BTEA. En réalité, il s’agit d’une entreprise fictive. Pourquoi ?

Le sous-traitant fictif fera alors l’évaluation et l’espace est estimé à 200 ha. Selon des sources bien au fait du dossier, l’entreprise fictive aurait été payée. A combien ? Par qui ? Les techniciens qui étaient sur le terrain ne souhaitent pas en dire plus. Cependant, ils nous renvoient vers une autre personne du nom de Boly. Le sieur Boly qui n’est personne d’autre que l’ami du Maire explique n’avoir pas été payé pour le travail. Il s’agissait d’un simple bénévolat, dit-il. Cependant, il aurait reçu de la poche du Maire «le prix du carburant» d’un montant de 200.000 FCFA. Mais, selon le Maire, son ami n’a pas été payé pour le travail fait. Curieux !

Pourtant, certaines sources évoquent des millions FCFA injectés par l’ami dans le travail d’évaluation. Sans contrat. Ceux qui sont au parfum de cette affaire expliquent que ce travail a été demandé avec la promesse que le marché de la levée d’état des lieux ainsi que les autres travaux lui seront
confiés de gré à gré. Seulement, Boly n’est pas un géomètre agréé. Comment
peut-il vouloir que le marché lui soit attribué ? Ou voudrait-il pistonner une entreprise dont il est proche ? Toujours est-il que trois entreprises ont postulé à l’appel d’offres. Le marché a finalement été attribué à l’entreprise BETTI Sarl, qui avait soumis l’offre la moins chère. Mais il y a de fortes
suspicions de collusion entre l’attributaire, l’ami du Maire et le Maire lui-même.

Mais, une fois le travail préliminaire terminé, la pression monte au sein de la Commune. Le marché de levée d’état des lieux et les autres travaux de lotissement ne se feront plus de gré à gré. Ce sera un avis d’appel d’offres
ouvert. Dès lors, la promesse faite par le Maire risque de voler en éclats. L’information parvient à ceux qui ont fait le travail d’évaluation de l’espace qui commencent à paniquer. Ils craignent que les sous injectés ne restent dans le vent. Pour ce faire, ils n’hésitent pas à contacter des responsables au sein du cabinet du Maire pour leur demander de tout faire afin que l’entreprise qu’ils vont pistonner puisse avoir le marché. Toute chose qui devra leur permettre de récupérer les fonds injectés.

Ils ne cesseront de mettre la pression sur l’administration communale au prétexte que le Maire les a embarqués dans une affaire sans issue. Selon le
Maire, certes, le travail a été fait mais l’intéressé ne peut pas avoir le marché de lotissement, puisqu’il a déjà travaillé sur le dossier.

Cafouillages !

Quoi qu’il en soit, quelques trois jours après la levée de la mesure, soit le 17 février 2019, voici la demande de lotissement acheminée à Ouagadougou et qui atterrit sur la table du ministre de l’Urbaniste sous couvert du ministre de l’Administration territoriale. Le courrier est signé du Maire : «Suite à la
levée de la mesure de suspension des lotissements, le Conseil municipal de
Boussouma, à sa session extraordinaire du 04 février 2019, a pris une délibération portant adoption de demande de lotissement à Boussouma
d’une superficie de 200 ha».

C’est fait ! Le dossier est enclenché. Visiblement, rien ne l’arrêtera. Dès lors, commencent certaines « activités souterraines ». C’est dans cette atmosphère que les folles rumeurs également avaient pris toute la Commune. Certes, la demande est introduite, mais le ministère de l’Urbanisme n’avait pas encore donné sa réponse. Dans l’entre temps, certains responsables de la Mairie avaient alors voulu prendre les devants en demandant aux populations de fournir des pièces d’identification. L’autorisation de lotir signée par les deux ministres (Urbanisme et Administration territoriale) date du 2 décembre 2019, pendant que la
bagarre du recensement faisait rage.

En plus, l’autorisation ministérielle porte sur un espace de 200 ha. Pourtant, sur le terrain, il est de plus en plus question de 220 ha. D’où viennent les 20 autres ha ? Mystère. Et ce n’est pas tout. Dans la même autorisation, l’un des visas fait cas d’une délibération du 5 février 2019 qui a adopté la demande de lotissement. Pourtant, la lettre de demande d’autorisation signée par le Maire évoque une délibération du 4 février 2019. Laquelle des délibérations tient-elle la route ? Au moins, l’une est fausse.

Un recensement parallèle en cours

Aux dernières nouvelles, un premier recensement avait été fait. Mais les irrégularités étaient légion. Le ministère de l’Administration y dépêche son
Inspection technique qui confirme les irrégularités et fait recommencer le processus de recensement en impliquant plus les propriétaires terriens et
l’administration locale. Le processus a donc été repris. Mais seulement, il y a encore des couacs. Sur les 200 ha autorisés, il a été dégagé 2295 parcelles. Quant aux personnes recensées, elles seraient au nombre de 1842. D’où un
reste de 453 parcelles. Comment 453 parcelles seront-elles distribuées ? Rien ne filtre jusque-là. En plus, la liste des personnes recensées est introuvable pour permettre à chacun de savoir à quelle sauce il a été mangé.

Selon certains témoins, en plus des 1842 numéros de tickets recensés, chacun avec un numéro, il y aurait des personnes recensées détentrices de
numéros qui vont au-delà du nombre de parcelles. A ce titre, des tickets de recensement porteraient les numéros 2300, 2400, 2500. Pour le Maire, il ne s’agit point de numéros de recensement mais de numéros d’une enquête parcellaire organisée par la Direction régionale de l’Urbanisme.

Au-delà de cette affaire, tout porte à croire qu’au sein du Conseil municipal, jusqu’au cabinet du Maire, la sérénité aurait foutu le camp. L’entente n’est que temporaire et la bonne cohabitation entre le Maire et ses collaborateurs ne serait que de façade. Pourquoi ? Certains au sein du cabinet et du Conseil
suspectent le Maire de faire cavalier seul, et même d’enrichissement illicite, au regard de son train de vie et de ses biens immobiliers. Ils tiennent, entre
autres, pour preuve, sa villa dans la cité du 11 Décembre à Tenkodogo, une maison évaluée à plus de 20 millions FCFA. Quant au Maire Yoda, il crie à une cabale politique. Affaire à suivre !

==========

La personne responsable des marchés ministres éjecté de son poste

La personne responsable des marchés (PRM) était-elle devenue gênante dans le traitement de ce marché ? A en croire certaines sources au sein du cabinet du Maire, une fois que ce dernier a fini de monter le marché, il aurait reçu des injonctions pour attribuer des marchés à des entreprises désignées. N’ayant pas voulu souper, il a été purement et simplement éjecté de son poste et remplacé par le Secrétaire général de la Commune. L’ancien titulaire du poste n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. Il estime qu’il est un agent et qu’il est prêt à occuper tout poste que son supérieur viendrait à lui confier.
AKN

===========

Le Maire et les 2 millions FCFA du demandeur

Selon des informations en notre possession, le Maire s’était embourbé dans un deal de parcelles d’un montant de 2 millions FCFA. En effet, un ressortissant de la Commune avait voulu d’une parcelle dans la Commune de Boussouma. Pour ce faire, il entre en contact avec le Maire pour s’informer. Promesse lui a alors été faite qu’une fois le lotissement lancé, il aurait sa parcelle. Il devrait verser 2 millions FCFA au Maire. De façon échelonnée, l’intéressé fait verser l’argent. Mais les choses vont commencer à se coincer entre temps, puisque le temps passait et point de parcelle à l’horizon. Le demandeur réclame son argent. Le Maire fait la sourde oreille.
L’affaire sera finalement traitée par la gendarmerie. Là, il reconnait avoir pris de l’argent avec l’intéressé, mais affirme qu’il n’a jamais été question de lotissement mais d’une simple parcelle qu’il a voulu vendre. Néanmoins, les deux millions seront finalement restitués, puisque, selon lui, l’intéressé a simplement renoncé.
AKN

Aimé NABALOUM
Ecrit par
Aimé NABALOUM
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Aimé NABALOUM Ecrit par Aimé NABALOUM

Nous suivre sur…