MARCHE DE 64 MILLIARDS A L’AEROPORT DE DONSIN : Qui a tripatouillé les chiffres à la MOAD au juste ?

Dans notre parution n°290 du 15 au 31 juillet 2020, nous révélions les contours d’un appel d’offres malmené à la Maîtrise d’ouvrage de l’aéroport de Donsin (MOAD). Cet appel d’offres international vise le recrutement d’un groupement d’entreprises pour la construction de la piste d’atterrissage du futur aéroport de Donsin. Il s’agit plus précisément du lot 2A, relatif à la construction des chaussées aéronautiques : balisage catégorie II, Assainissement et Clôture OACI de l’aéroport. Depuis le lancement de l’appel d’offres en 2019, que de tentatives de tripatouillage et de pratiques suspectes ont émaillé le processus. Finalement, le Conseil des ministres du 23 octobre 2020 a tranché en décidant d’attribuer le marché de la piste d’atterrissage de l’aéroport de Donsin au groupement SOGEA/SATOM et KHARAFI. Une douche froide pour les hommes de l’ombre. Retour sur une affaire aux entourloupes foireuses !

Futur aéroport de Donsin : Des tripatouillages dans un marché de 64 milliards FCFA », ainsi titrions-nous un article paru en juillet 2020. A
cette date, l’affaire était déjà dans le circuit de la MOAD depuis au moins un an. Les tentatives échouées pour faire attribuer le marché à des entreprises
pré-désignées, même sans qualification requise, faisaient grands bruits et même des victimes. Cela aurait coûté aux postes de certains cadres de la maison. Mais, les hommes de l’ombre n’avaient pas renoncé pour autant à leurs manœuvres. Puis, entre-temps, un nouveau DG arrive, Adama Belem. Il hérite donc de la patate chaude du marché de construction de la piste d’atterrissage. Le processus d’examen des offres des entreprises est repris. Les mêmes problèmes vont revenir en surface, faisant perdurer la situation.

Tout était parti pour que le marché soit attribué au groupement SOGEA/SATOM et KHARAFI. C’est la décision unanime dans la chaîne, après avoir épluché les dossiers des soumissionnaires. Là, c’était sans compter avec certains esprits malins. Sans que personne sache comment, le processus va prendre un coup d‘arrêt. D’abord, après les premiers résultats, les concurrents de SOGEA/SATOM et KHARAFI attaquent la décision de la Commission d’attribution des marchés devant l’organe de règlement des différends (ORD) de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP). L’ORD se penche sur les plaintes des concurrents et tranche en faveur de SOGEA/SATOM et KHARAFI. Dès lors, le processus devrait reprendre son cours normal avec des recommandations faites par l’ORD à prendre en compte. Ce fut chose faite.

Ensuite, des individus vont entamer des manigances et tenter de tripatouiller les documents afin de faire attribuer le marché à l’entreprise WBHO Construction, l’une des entreprises plaignantes devant l’ORD. Enfin, un nouveau rapport sera produit et réintroduit dans le processus, un rapport avec des données d’offres des concurrents qui ont été modifiées. C’est le cas du montant de WBHO, par exemple, qui a subi une réduction de façon conséquente ; l’idée étant d’avoir une offre financière concurrentielle. La suite logique a été que de 65.287.375.018 FCFA dans l’offre initiale de WBHO, le nouveau montant ressorti dans le nouveau rapport est de 63.705.253.104 FCFA. En clair, quelqu’un a tripatouillé les montants. Le nouveau rapport en question disait ceci : «L’entreprise WBHO
Construction, qui a soumis l’offre évaluée la moins disante et conforme pour l’essentiel au dossier d’appel d’offres international après préqualification pour les travaux (…), est qualifiée pour être attributaire du
marché ». C’est là que le bât blesse. Cette décision est bien aux antipodes de la précédente.

En voulant en savoir davantage, des contacts ont été pris avec la Direction générale de la MOAD qui, d’abord surprise par la volonté de la Rédaction de vouloir comprendre l’affaire, a ensuite refilé la patate chaude au Premier ministère, en se référant à une circulaire de cette institution précisant que la MOAD relève de ce dernier et n’est pas habilitée à passer des marchés.

Fuite en avant ?

En tout état de cause, dès le départ de cette affaire, la Direction du contrôle des marchés publics et des engagements financiers du même Premier ministère avait donné son quitus pour la suite du processus. Voici ce qu’elle disait au DG de la MOAD, après avoir reçu les résultats des travaux de la CAM (Commission d’attribution des marchés) : « Sur la base des informations contenues dans lesdits documents qui m’ont été transmis, je n’ai pas d’objection particulière sur les résultats des travaux de la Commission d’attribution des marchés. Le processus peut se poursuivre pour l’obtention de l’avis de non-objection des différents bailleurs de fonds.» Voilà qui est clair. Et pour la suite, les bailleurs de fonds ont effectivement tous donné leurs avis de non-objection. Que restait-il à faire, sinon que de passer à l’étape suivante, à savoir la transmission du dossier en Conseil des ministres ?

Malheureusement, c’est contre la décision de la CAM, contre l’avis favorable de la Direction du contrôle des marchés publics et des engagements financiers du Premier ministère, contre les avis de non-objection des différents bailleurs de fonds, contre la décision de l’ORD que les tentatives de modifier la décision finale ont été orchestrées. Si le Conseil des ministres en sa séance du 23 octobre 2020 a «marqué son accord pour l’attribution du marché au groupement SOGEA-SATOM/KHARAFI pour un montant global de soixante-dix-neuf milliards six cent cinquante-cinq millions cent trente-quatre mille neuf cent soixante-dix (79 655 134 970) FCFA TTC, avec un délai
d’exécution de trente (30) mois calendaires », il y a tout de même problème.

Qui avait manipulé les dossiers ? A quelle fin ? Au profit de qui ? Voici
autant de questions sans réponse et qui interpellent les autorités compétentes, notamment, le chef du gouvernement de qui relève la MOAD, d’autant plus que tous semblent rejeter la balle de la responsabilité du marché au Premier ministère. Alors, la question cruciale qui devrait avoir réponse c’est qui est l’auteur de ces tripatouillages ? Mieux, toujours dans la recherche d’un début d’explications, une demande d’informations a été adressée au Premier ministre le 22 juillet 2020. « Le marché du lot 2 A relatif à la construction des chaussées aéronautiques : balisage catégorie II,
Assainissement et Clôture OACI de l’aéroport de Donsin, lancé depuis 2019, peine à être attribué, malgré la décision de la Commission d’attribution des
marchés de la MOAD et l’avis de non-objection des différents bailleurs de fonds ». Telle était la substance de la demande adressée au Premier ministre.

Après quelques semaines sans réponse, nous avons voulu faire un rappel aux services de la Primature quant à la suite réservée au courrier. La Rédaction a été rassurée qu’une suite serait effectivement donnée. Puis patatras ! Après ce rappel, c’est la Direction générale de la MOAD qui répond en confiant « qu’à l’étape actuelle des choses, je ne suis pas en mesure de vous donner plus d’informations sur le sujet du fait que le processus de passation de marchés est toujours en cours. Je vous rappelle, par ailleurs, que votre requête est contraire aux dispositions de l’article 13 décret n°2017-0049/PRES/PM/MINEFID du 1er février 2017 portant procédure de passation, d’exécution et de règlement des marchés publics
et des délégations de service public » qui instaure, en effet, la confidentialité du dossier avant la publication des résultats.

Cependant, l’on peut noter également que cette confidentialité est levée, dès lors que les résultats ont été publiés. Puisqu’en fait de confidentialité, elle n’est valable qu’avant la publication des résultats. Ce qui est le cas dans le présent dossier. Pourquoi alors le silence, est-on tenté de se poser comme question ? En outre, selon nos informations, au regard de la lenteur que le dossier connaissait, les services du Premier ministère avaient adressé une lettre de demande d’explications à la MOAD. Nous y reviendrons !

Aimé NABALOUM
Ecrit par
Aimé NABALOUM
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Aimé NABALOUM Ecrit par Aimé NABALOUM