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COURSE VERS KOSYAM : Alea Jacta est !

Depuis le samedi 31 octobre dernier, les candidats aux élections législatives et présidentielle parcourent le territoire national à la conquête des suffrages de leurs compatriotes pour le scrutin couplé du 22 novembre. Pendant que les principaux partis et candidats déroulent le rouleau compresseur de la mobilisation, les moins nantis sont contraints de se contenter de rassemblements modestes et de ce que d’aucuns appellent «campagne de proximité». A peine la campagne ouverte, la différence entre les grands et les moins grands, pour ne pas dire les petits, est bien nette. Rien que les programmes de campagne montrent la différence, tant dans les moyens humains, logistiques que financiers. C’est donc parti pour 3 semaines de démonstration de force pour les uns et de tentatives de
justification de leurs candidatures, parfois de spectacles risibles, pour les autres. Au soir du 22 novembre, chacun aura les résultats qu’il mérite et les Burkinabè auront les gouvernants qu’ils méritent.

Pour la première fois, sous la 4e République, l’on assiste à un processus électoral où il n’y a plus un candidat et un parti hyper dominant qui écrase tous les autres et rafle pratiquement tout sur son passage. Aussi bien au niveau présidentiel que législatif, le président et la majorité sortants ont des soucis à se faire. Ils ne sont pas les seuls dans cette campagne 2020 à avoir les moyens de déployer une logistique impressionnante et à drainer des marrées humaines.

Déjà, les trois principaux que sont Roch Kaboré du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), Zéphirin Diabré de l’Union pour le progrès et le changement (UPC), Eddie Komboïgo du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) ont décidé de sortir l’artillerie lourde. Pour commencer, ils se
sont offert les services des stars de la musique africaine pour mobiliser et faire danser leurs militants pendant les meetings et autres rencontres populaires. En effet, Roch Kaboré s’offre les «atalakou» (louanges) de l’un des artistes ivoiriens les plus en vue, Debordo Leekunfa, qui fera sans doute
danser les militants au rythme du « coupé décalé ».

Zéphirin Diabré, lui, est allé chercher le groupe congolais Extra Musica pour demander à ses compatriotes de corriger l’erreur de 2015 en le propulsant au palais de Kosyam. Avec lui, c’est une ambiance féérique et les militants de l’UPC ne se feront pas prier pour se remémorer les trémoussements du Ndobolo ou de la rumba congolaise. Quant à Eddie Konboïgo, il a choisi un autre célèbre artiste ivoirien, Serge Beynaud, et la star malienne Doussou Bakayoko pour vanter ses mérites et inviter ses compatriotes à l’adouber. Il allie ainsi le show en « coupé décalé » pour les jeunes à la classe de la musique mandingue qui ne fera pas du mal aux militantes pour leurs djadjoba.

Dans cette campagne 2020, la différence entre les candidats se joue déjà dans les moyens déployés. S’il est vrai qu’il n’y a pas que le parti au pouvoir et le président sortant qui soient capables de grande débauche de moyens, il n’en demeure pas moins que tous les candidats ne sont pas logés à la même enseigne. Par exemple, sur les 13 candidats à la présidentielle, certains ont choisi des meetings régionaux et de laisser le reste du territoire à leurs équipes de campagne qui parcourront villes et campagnes pour solliciter les suffrages de leurs compatriotes à leur profit. D’autres pourront faire quelques meetings dans quelques localités censées être leurs fiefs ou ceux de leurs compagnons. D’autres encore se contenteront de campagne de proximité, dans certaines localités du pays.

En attendant l’entrée en scène du candidat Roch Kaboré, en deuil après le décès de son père, ses challengers font montre de démonstrations de forces. Zéphirin Diabré s’est déjà signalé à Tenkodogo, Fada et Kaya où des foules des grands jours sont venues écouter son appel à « sauver le Faso » en corrigeant « l’erreur de 2015 ». Car, dit-il, le peuple a commis l’erreur de ne l’avoir pas choisi en 2015. 2020 est donc une opportunité de réparer cette erreur qui a conduit le Faso dans le chaos. Sur ses traces, Eddie Komboïgo était à Tenkodogo et à Koupélà où il a été également accueilli triomphalement par une foule en liesse devant laquelle il a dévoilé son « ambition pour le Burkina Faso », à savoir restaurer la paix et la sécurité,
relancer l’économie, réconcilier les Burkinabè. Il a consigné cette ambition dans un livre de 234 pages.

Kadré Désiré Ouééédraogo du Mouvement Agir ensemble était, lui aussi, sur ses terres natales de Kaya pour le lancement de sa campagne le 31 octobre. Il a lui aussi réussi le pari de la mobilisation. Devant ses partisans et sympathisants, il a décliné les grands axes de son projet qui tournent autour de la réconciliation nationale, avec le retour des exilés politiques, dont Blaise Compaoré, la restauration de la paix, de l’ordre et de la discipline indispensables au développement.

Des déséquilibres criards entre candidats

Gilbert Namdouda Ouédraogo de l’Alliance pour la démocratie et la fédération, Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) a démarré
sa campagne à Ouagadougou par une conférence de presse de présentation de son « projet pour le Faso », suivie d’un meeting de lancement. Depuis le 2
novembre, il a entamé un périple qui le conduira dans les 45 provinces pour finir par un grand meeting de clôture dans son fief de Ouahigouya, le 20 novembre. Tahirou Barry, lui, a choisi la Commune rurale de Ouessa
dans la province du Ioba (région du Sud-Ouest), pour son entrée en scène dans cette campagne. C’est donc la première localité à découvrir les
« 30 engagements » du candidat du Mouvement pour le changement et la renaissance (MCR) pour redresser le Burkina.

C’est dans la même région du Sud-Ouest, précisément à Loropeni, que le candidat Ambroise Farama de l’Organisation des peuples africains (OPA-BF) a entamé sa campagne. Il place sa candidature sous le signe de la rupture, du retour de la sécurité, de la cohésion sociale au Burkina Faso. En attendant le retour de Yacouba Isaac Zida pour expliquer ses 150 engagements pour le Faso, ses partisans ont décidé de surseoir aux grands
rassemblements pour mener une campagne de proximité.

Les autres candidats sont encore attendus pour leur première sortie. Do Pascal Sessouma de « Vision Burkina » fera sa première sortie à Ouagadougou, le 4 novembre, avant de mettre le cap sur l’intérieur du pays,
notamment, le Grand Ouest (régions de la Boucle du Mouhoun, du Sud-Ouest, des Hauts-Bassins et des Cascades). Comme on le voit, à côté donc
des grands rassemblements régionaux, d’autres candidats sillonnent des localités plus modestes avec des moyens tout aussi modestes. Bien entendu, leurs stratégies, ce ne sont pas les grandes mobilisations.

Dans le même ordre d’idées, au niveau des outils de communication, en plus des temps de parole et des espaces dans les médias publics qu’ils partagent à égalité avec tous les autres, les candidats dits principaux se sont offert des spots radio et télé ainsi que des espaces dans les centres urbains et sur les grands axes routiers où trônent leurs posters géants. A côté des grands partis capables de grands rassemblements mobilisant des foules,
notamment, à travers des meetings régionaux, d’autres candidats sont contraints d’adopter des stratégies plus conformes à leurs moyens. La différence des moyens engagés est-elle déterminante au résultat final ? En d’autres termes, le poids électoral du candidat est-il fonction des moyens mobilisés et dépensés avant et pendant la campagne ? La réponse au soir du 22 novembre. En attendant, tous les candidats vont entrer en scène cette semaine.

Quid du discours politique ?

Dans le fond, c’est-à-dire au niveau du discours politique, les campagnes électorales se suivent et se ressemblent au Burkina Faso. Sur ce terrain-là,
les « grands » et les « moins grands » sont presqu’à égalité, avec parfois un avantage des moins grands. De façon générale, les villes et les campagnes du Burkina Faso ont retrouvé, une fois de plus, ces ambiances uniques
que l’on ne vit que pendant les campagnes électorales. En effet, entre le balai des grosses cylindrées et les apparitions de candidats peu nantis et peu connus qui espèrent encore engranger quelques voix par le discours et la sensibilisation, les citoyens se sentent à nouveau courtisés.

Malgré l’interdiction des gadgets, ils auront sans doute droit à des cadeaux
(notamment, des tee-shirts, des pagnes et autres matériels utilitaires). En cette période, les citoyens des villes et des campagnes ont de la valeur. Certains n’hésiteront pas à saisir l’occasion pour marchander leurs soutiens ou leurs suffrages aux plus offrants. Des promesses par ci, des accusations par là, le discours semble invariable d’une campagne à une autre.

Pour les législatives, ce sont au total 5626 titulaires et 5326 suppléants issus de 126 partis, formations politiques et regroupements d’indépendants, répartis sur 1567 listes de candidatures, qui sont en compétition pour 127 sièges de députés à pourvoir. Pendant donc que les éléphants se battent pour le fauteuil présidentiel, les candidats à la députation rivalisent d’initiatives pour mobiliser l’électorat. Conférences publiques par-ci,
assemblées générales par là, opérations de salubrité à gauche, compétitions sportives à droite, bref, tout y est. Cette fois, les regroupements d’indépendants n’entendent pas se laisser ravir tous les sièges à pourvoir. Pour la première fois, certains croient dur comme fer qu’ils enverront des représentants à l’hémicycle au sortir du scrutin du 22 novembre.

En tous les cas, ces premiers jours de campagne laissent entrevoir les démonstrations de forces par les puissants. Mais la seule vérité qui compte en matière électorale est celle qui sortira des urnes. Alors, que les meilleurs gagnent pour que ce soit le Burkina Faso qui gagne.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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