MINISTERE DU DEVELOPPEMENT DE L’ECONOMIE NUMERIQUE : Un recrutement à fortes présomptions de favoritisme

Décidément, l’on ne finira jamais de dénoncer les problèmes de recrutement dans  le pays. On aura tout vu avec ce gouvernement. Dans tous les secteurs, l’on assiste à des recrutements jugés frauduleux ou suspects : des recrutements à problèmes. Du ministère de l’Education nationale en passant par le ministère de la Justice, sans oublier la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et bien d’autres, des structures  et institutions de la République ont connu des recrutements à rebondissements. Cette fois-ci, les évènements se déroulent au ministère du Développement de l’économie numérique et des Postes. Les faits sont suffisamment graves. Certains travailleurs, et au premier plan, la ministre Hadja Fatoumata Ouattara/Sanon, sont suspectés d’avoir intégré dans des conditions bien floues, des parents et d’autres personnes proches de cadres du ministère. Inutile donc de dire que cela a installé un malaise qui pollue petit à petit l’atmosphère au sein de ce ministère hautement technique. A ce que l’on dit, ces mêmes pratiques sont monnaies courantes dans bien d’autres ministères et institutions, même à la présidence du Faso.

Les couloirs du ministère du Développement de l’économie numérique bruissent en sourdine. Il y a un sujet qui préoccupe. En effet, au cours du mois de juillet 2018, de nouvelles personnes ont pris d’assaut les locaux du ministère du Développement de l’économie numérique et des Postes avec le titre d’agents du ministère. Ils sont au total 19 nouveaux agents : des agents de liaison, des agents de bureau et des chauffeurs. La principale question qui revient sur les lèvres c’est à quel moment ces agents ont été recrutés et selon quelle procédure. Les interrogations vont bon train au sein du ministère. Un coup d’œil  à la Fonction publique et l’on découvre des choses. On apprend que ces nouveaux agents ont été recrutés par le mode de sélection sur dossier au titre des  années 2016 et 2017 pour le compte du ministère du Développement de l’économie numérique et des Postes dans des conditions qui soulèvent de nombreuses questions. Même si l’accès aux emplois de la Fonction publique peut se faire selon cette procédure de sélection sur dossier, celle adoptée par le ministère pose de sérieux problèmes.

D’abord, il y a une forte odeur de clandestinité du recrutement. Il a été difficile de trouver une quelconque trace d’un avis de recrutement publié par le ministère et concernant cette sélection sur dossier. Pourquoi ? Mieux, certains estiment qu’il n’y a pas eu d’expression préalable des besoins parce que, poursuivent-ils, certaines Directions techniques qui ont accueilli ces nouveaux agents se posent des questions parce qu’elles n’ont aucunement besoin des agents aux profils à elles affectées. Ce qui, à en croire certains témoignages, fait que certains sélectionnés sur dossier et affectés n’auraient vraiment rien à faire quand ils viennent au bureau. Comment expliquer ce décalage entre les besoins de ces Directions et services en termes de personnel et le nouveau recrutement ?

Tout porte à croire que cette sélection a été mise en place pour couvrir légalement des agents qui ont été purement et simplement cooptés pour être intégrés à la Fonction publique. Un zoom sur les liens familiaux de ces sélectionnés sur dossier et l’on reste perplexe. Difficile de croire ! Plus de la majorité des nouveaux agents sélectionnés sur dossier ont des liens familiaux avec certains travailleurs du ministère et non des moindres. Tenez ! Des proches de la ministre Hadja Fatoumata Ouattara/Sanon,  environ  six (6) personnes, ont été sélectionnés par cette procédure. La fille du protocole de la ministre, K. D. J. a accédé par la sélection sur dossier C. R. et S. I. seraient des proches de la Directrice des Ressources humaines. Et ce n’est pas tout. La sœur d’une secrétaire à la Direction des Ressources humaines, la nièce d’un agent du secrétariat de la Direction des Ressources humaines, la femme d’un agent de la DRH, la  fille d’un agent à la Direction générale du développement de l’industrie numérique (DGDI) font partie des  sélectionnés sur  dossier.

«C’est une affaire de famille», confie un agent de la maison visiblement très remonté. Cette flagrance commande des interrogations sur la transparence de cette procédure de sélection sur dossier et conforte la position de ceux qui n’y voient qu’un recrutement familial.  Il importe aussi de souligner que cette sélection sur dossiers a été faite en 2017  et les agents affectés en fin juillet 2018. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de les affecter ? Certains de ces  agents avaient même commencé à percevoir leur salaire entre le 03 mars et 5 mai 2018. L’on constate en plus qu’ils ont même été payés avec rappel de plusieurs mois. Quand on regarde de plus près, certains salaires ont été virés dans une agence bancaire à Bobo-Dioulasso. Environ une année de salaires ont été payés à ces agents sélectionnés sur dossier alors qu’ils ne faisaient rien. Le climat devient de plus en plus lourd pour certains anciens.

Certains parmi ces nouveaux qui semblent n’avoir pas grand-chose à faire sillonnent les différents bureaux à longueur de journée. Pour la Directrice des Ressources Humaines, madame Nignan, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Les choses se sont passées selon les textes. Elle dit s’en remettre à la loi 081-2015/CNT du 24 novembre 2015  qui prévoit la sélection sur dossier, au rapport adopté en Conseil des ministres et à la lettre du ministre de la Fonction publique qui alloue au ministère un crédit d’un montant de 27.545.403 francs CFA pour pourvoir aux besoins en personnel. C’est sur cette base, confie-t-elle, que le recrutement sur mesures nouvelles a été retenu. Poursuivant son explication, elle affirme qu’en pareille occasion, les candidatures sont suscitées et qu’il serait tout naturel que les agents retenus aient des liens familiaux et autres proximités avec des  travailleurs de la maison.  Pour elle, on ne peut pas parler d’incompétences avérées des agents recrutés parce qu’ils sont en stage probatoire et pourraient être renvoyés si le stage n’a pas été concluant. Justifiant le choix de la procédure de sélection sur dossier ou mesures nouvelles ordinaires, elle affirme que cela concerne les petits personnels et que si l’on  devrait ouvrir le recrutement à tout le monde, le coût de recrutement serait largement supérieur à la masse salariale de ces agents. C’est ce qui fait que l’on suscite des candidatures à l’interne. Sauf que pour ce cas d’espèce, le ministère a déjà des stagiaires qui ont été royalement ignorés dans la suscitation des candidatures. Affaire à suivre !

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Frédéric YAMEOGO
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