VENTE DU LYCEE COMMUNAL DE KOMBISSIRI, acte 2 : Voici comment il a détourné l’établissement !

Dans Le Reporter n°251 du 1er au 14  décembre 2018, nous révélions une affaire qui relève d’un exploit et qui a mis mal à l’aise plus d’un. En effet, dans le cadre de la coopération décentralisée, la commune de Kombissiri a obtenu, à travers une convention, des réalisations au profit des populations et sur financement d’une commune belge, à savoir Habay, disions-nous. La gestion de cette coopération a connu des hauts et des bas. Mais plus de bas. Un financement de plus de 70 millions FCFA a été obtenu. Des réalisations de type social ont été mises sur pied. Mais au finish, lesdites réalisations ont été détournées par le Coordonnateur du projet dénommé «Projet de développement local participatif dans  la commune de Kombissiri phase 1». Ces réalisations sont donc tombées entre les mains  du président de l’Association pour le soutien à la production durable (ASPD)nqui n’est autre que le  Coordonnateur du projet en question. Puis entre-temps, le lycée et la ferme ont été vendus à des particuliers. Comment le projet a d’ailleurs été géré ? Comment le président et son ASPD ont réussi l’exploit de détournement du lycée? Qui est ASPD ? Pourquoi le Conseil  municipal se perd en conjectures ? Acte 2 d’une gestion scabreuse d’un projet communautaire détourné !

La coopération entre Kombissiri et la Belgique ne date pas de maintenant. Nous l’avons dit. Outre Kombissiri, bien d’autres communes du Burkina sont en relation de coopération avec la Belgique. Les projets dans leur ensemble connaissent des fortunes diverses, preuve d’une gestion escamotée par des responsables dans le but de satisfaire leur propre cupidité. A Kombissiri, comme écrit dans la première partie dans Le Reporter n°251 du 1er au 14 décembre 2018, la véritable angoisse des acteurs de l’époque et ceux d’aujourd’hui demeure le lycée. Va-t-on retirer le lycée des mains de l’acheteur ? Va-t-on passer par perte et profits cet ouvrage ? La ferme avicole a connu un sort différent.  Vendue entre-temps à un particulier, elle a été récemment récupérée par la Mairie.  Pourquoi ? Sur quelle base? Pourquoi la ferme avicole et le lycée n’ont pas connu le même sort ? Mystère ! Seul le Conseil municipal pourra répondre, quand bien même le Maire Olivier Conombo affirme que l’acheteur de la ferme a reconnu n’avoir pas eu la bonne information avant de l’acheter.

Quid donc du lycée ? En effet, le  lycée construit sur un espace de 3 ha a été acheté chez les propriétaires terriens à hauteur de 1.500.000 FCFA par les fonds de la coopération belge. Mais là, il y a un hic. Lors des négociations, voici ce qu’écrivait le point focal belge du projet, adjoint au Maire de Habay : « La commune a effectué, à ma demande, de nombreuses démarches afin de pouvoir nous céder gratuitement un terrain. Inexplicable et incompréhensible, mais cette proposition a été refusée en «haut lieu». Qui a refusé que la commune identifie sur son territoire communal, un espace à octroyer pour établir le lycée ? Et le point focal explique à la suite que «cette situation est navrante et parfois décourageante. Nous avons donc été contraints de négocier avec un particulier (le propriétaire terrien), l’achat d’un terrain de trois hectares pour un montant de 1.500.000 FCFA» dans l’enveloppe globale du projet. Voilà qui est clair.

C’est là que le véritable processus de détournement a débuté. Et pourtant, le procès-verbal de palabre du 22 juin 2012 soutient que le terrain a été demandé par Momouni Nikièma au nom de son association, l’ASPD, et «donné» par le propriétaire parce que Momouni Nikièma a dit vouloir construire une école. Comment se fait-il que ce soient les fonds de la Coopération qui aient été utilisés pour l’achat et non les fonds de Momouni Nikièma, puisque c’est son nom qui y figure ? Une fois le terrain acquis et le procès-verbal de palabre établi, la Coopération qui était dans le flou artistique entamait ainsi sa descente aux enfers. Par la suite, elle demande des bilans à mi-parcours, des reçus et des pièces justificatives de certaines activités. Le Coordonnateur éprouve du mal à en fournir. Sur insistance d’un membre de la Coopération et après avoir envoyé un mail «salé» au Coordonnateur Momouni Nikièma ainsi qu’à d’autres personnes au sein de la Mairie, ce dernier s’exécute. Que voulait-il cacher ?

Beaucoup de choses visiblement ! Quelques exemples. Dans le projet du lycée au départ, il était prévu un bâtiment de 4 salles de classes équipées, un bâtiment administratif, un bloc de latrines à 4 trous de types VIP avec lave-mains, une bibliothèque, un forage d’eau potable, une cantine, du matériel didactique, des équipements tels que des bureaux, des chaises, un ordinateur, une imprimante et une photocopieuse, etc. Aujourd’hui, il est impossible d’indiquer exactement dans cet établissement où se trouve le matériel informatique. Nous avons tenté de contacter les responsables de la société Techno Services/Group qui aurait livré le matériel d’une valeur de 2.021.500 FCFA. La personne au bout du fil qui est la gérante explique d’abord que le numéro auquel nous appelons n’est pas le bon pour avoir les informations. Et pourtant, insistons-nous, et la gérante, Compaoré Fatou (c’est son nom), promet de nous revenir. Mais toujours pas de traces de la gérante de Techno Services/Group. Où est donc passé ce matériel ? C’est cette autre question sans réponse ! D’autres incongruités et incohérences sont perceptibles dans ce projet. On découvre une facture d’une société dite de prestation de services du nom de BAZER. C’est elle qui aurait réalisé les travaux comme la construction des 4 salles de classes, la confection de 100 tables-bancs, la construction du bâtiment servant de bureau pour l’administration et de bibliothèque, et même l’on apprend que c’est elle qui a assuré  l’achat du terrain comme l’indique sa facture envoyée à la Coopération.

Et ce n’est pas tout. Bien d’autres factures ont aussi été envoyées à la Coopération et elles posent problème. Il s’agit de deux factures de formation des Conseillers municipaux, d’agents municipaux, de membres d’association et leaders d’opinion de la commune sur les techniques de gestion de conflits à hauteur de 2.407.200 FCFA et des membres du comité d’hygiène et de sécurité de la Mairie d’un coût de 2.478.000 FCFA. Lesdites formations ont été assurées par une structure satellite de l’ASPD avec pour adresse les noms et e-mails de Momouni Nikièma et la facture acquittée par le Secrétaire général de l’ASPD, Ibrahim Compaoré. Quelle classe !

Une école supérieure de grande renommée de Ouagadougou a même reçu 2.000.000 FCFA pour, dit-on, «appui à la mise en œuvre du plan de formation et des frais de formation des agents et Conseillers municipaux de la commune de Kombissiri». La facture a été envoyée à la Mairie de Kombissiri S/C le Programme de coopération internationale communale. Tout cela a été supporté par la Coopération.

Depuis que la crise née de la vente du lycée par le président de l’association à 28.000.000 FCFA a été rendue publique, le Maire dit vouloir en savoir davantage. C’est ainsi qu’après s’être rendu à l’AJT (Agent judiciaire du Trésor), il a multiplié les courriers vers les administrations publiques afin que toutes celles qui disposent d’informations sur l’association et ses activités puissent le tenir informé. Ainsi, il demande une situation claire des réalisations à l’association. C’est le silence total. Personne pour répondre au nom de l’association. Il demande une copie du récépissé au Haut-Commissaire du Bazèga. Là aussi, point de copie. A la Directrice régionale des Enseignements post-primaires et secondaires du Centre- Sud, la lettre du Maire tire la couverture sur le Conseil municipal et pointe du doigt les agissements du seul Conseiller qui aurait pris sur lui la responsabilité de faire rétablir la propriété du lycée à la Mairie.

En outre, la commission ad hoc mise en place par le Maire connait aussi des difficultés. Cette commission arrive à travailler difficilement car ne disposant d’ailleurs pas d’un acte administratif qui officialise son existence. Au-delà de cette existence illégale, la commission ad hoc pourrait-elle aboutir à des résultats tangibles si au sein du Conseil municipal, les membres ne sont pas sur la même longueur d’onde, des anciens collègues au Conseil municipal de Momouni Nikièma y sont toujours ? Ce n’est pas si sûr.

Mais qui est cette ASPD au juste ?

Pour se rendre compte de l’ampleur de l’arnaque, il suffit de jeter un coup d’œil sur la composition actuelle de l’association. Le président Momouni Nikièma a fui le pays, il reste injoignable depuis le début de cette enquête. Le Secrétaire général n’est plus de ce monde. Quant à la secrétaire adjointe, elle est présentée comme actuelle Régisseur de la Mairie et conjointe de Momouni Nikièma. Plus loin, un nom attire l’attention dans le bureau  : Assoumaya Falonne Lajoie. Elle ne possède pas de nom de famille et
curieusement, l’administration signataire du récépissé a laissé faire. Assoumaya Falonne Lajoie est d’ailleurs présentée comme la fille du président Moumouni. Le secrétaire à l’organisation, quant à lui, explique qu’il n’est au courant
de rien. Il ne reconnait pas être membre d’un bureau et dit apprendre d’ailleurs par nous qu’il est membre de l’association. Cette situation dit tout sur cette association et ses membres.

En réalité, la gestion des différents projets de la Coopération au sein de la commune contient beaucoup d’énormités. Le Coordonnateur ne s’est pas privé, dans un amalgame savamment orchestré, de confondre sa personne, son association, la coordination des projets et les biens de la communauté. Ce fut un cafouillage monstrueux pendant qu’il était payé par cette Coopération à hauteur de 900.000 FCFA par mois. Et mieux, c’est la Coopération qui a pris en charge sa formation à l’IAM en développement local et décentralisation pour un montant de 700.000FCFA. Quel génie ! Affaire à suivre

Aimé NABALOUM
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