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TROIS ANS DU REGIME KABORE : La mal gouvernance, plaie puante du Burkina d’aujourd’hui

L’année 2018 s’achève sur une note d’inquiétude, voire de désespoir pour l’avenir très proche du Burkina Faso. En effet, la situation sécuritaire laisse entrevoir l’incapacité des gouvernants et de la haute hiérarchie militaire à assurer l’intégrité du territoire national et la protection des personnes et des biens. L’impossible rupture avec le système de prédation et de pillage organisé des ressources publiques avec son corolaire de promotion et de maintien des hommes et des femmes de peu de talents et de mérite à des hautes fonctions contribuent à la banalisation de l’incompétence, de l’irresponsabilité et pire, des pratiques corruptrices au sommet de l’Etat. L’autorité de l’Etat n’a jamais été bafouée. L’incivisme quasi généralisé et les revendications tous azimuts ne sont que les résultats de la mal gouvernance et de l’incapacité des autorités à être des modèles de don de soi et d’intégrité. Pour emprunter les termes de l’Institut Free Afrik, le Burkina Faso est au bord du précipice. Il suffit désormais d’un pas mal assuré et le pays sombrera dans le gouffre. En trois ans, le régime Kaboré brille plus par son inaction et les bourdes que par des mesures courageuses, fortes et efficientes pour restaurer l’intégrité de la gestion publique et l’autorité de l’Etat.

«Le retour à l’intégrité que je me suis engagé à réaliser dans le cadre de mon programme pour le quinquennat 2015-2020 sera pour chacun de nous une triple exigence : une exigence d’amour pour la patrie, dont nous devons défendre constamment les intérêts supérieurs ; une exigence de dévouement au travail pour notre pays, au service duquel nous devons mettre tous nos talents et intelligence et une exigence de probité et de bonne gouvernance dans tout ce que nous faisons, pour ne pas se servir du pays mais pour le servir de manière désintéressée.» (Extrait du discours d’investiture du président du Faso le 29 décembre2015). Depuis, les Burkinabè attendent un début de traduction dans les faits de ce discours du Président Kaboré, du reste, le meilleur qu’il ait prononcé depuis son élection). Cela fait déjà 3 ans que l’attente dure. Malheureusement, chaque jour apporte son lot de déceptions, tant, l’on s’éloigne de ces trois exigences.

Incompétence notoire et incivisme flagrant au sommet de l’Etat

Le patriotisme (la première exigence) est devenu de plus en plus un slogan politique non suivi par des actes concrets, surtout au sommet de l’Etat. En dehors des discours
et  incantations stériles, rien dans les attitudes et comportements de ceux qui gouvernent le Burkina Faso depuis trois ans ne semble porter le sceau du patriotisme. Bien au contraire, l’on  a parfois l’impression que l’on a affaire à des acteurs qui n’ont pratiquement aucun sens de l’Etat, de la patrie et du don de soi. La gestion de la question sécuritaire avec tous les louvoiements politico-militaires donne un indicateur sérieux du peu de patriotisme au sommet de l’Etat et de la haute hiérarchie de l’armée. L’intérêt supérieur semble relégué au second plan, s’il n’est pas confondu avec ceux personnels des gouvernants.

Sur la deuxième exigence, soit les hommes mobilisés par le président du Faso pour gérer le pays ont très peu de talents, soit ils n’ont pas véritablement d’ambition pour le pays. Sauf quelques exceptions qui confirment la règle, le vrai problème du régime Kaboré, ce sont les hommes et les femmes qui l’animent. Que valent quelques étoiles dans une obscurité totale ? Bien de ces hommes ne sont pas à leur place. Ils n’en ont ni les compétences, les profils et les parcours professionnels, encore moins les qualités morales nécessaires. Quand on n’est pas capables de relever les défis du moment de la fonction que l’on occupe, l’on doit avoir au moins le patriotisme et le courage de rendre le tablier pour donner une chance à l’efficience de l’action publique. A défaut, le chef doit avoir le courage de démettre les incompétents. Dommage !

Tout le monde, à commencer par le chef, se complaît dans les louvoiements et les errements face aux exigences d’actions fortes, circonstanciées et porteuses de résultats à court, moyen et long termes. Les problèmes de gouvernance au Burkina Faso tant en matière sécuritaire que de développement, c’est d’abord une question d’hommes avant d’être une affaire de moyens.

Que dire de la probité et de la bonne gouvernance ? C’est la plus grande déception. L’on avait espéré qu’à défaut de rupture avec le système mafieux qui les a formés et dans lequel ils ont fait leurs armes, Roch Marc Christian Kaboré et ses hommes allaient au moins veiller à éviter l’enracinement de la mal gouvernance dans les profondeurs de la société burkinabè. Malheureusement et malgré l’adoption de la loi anti-corruption, le Burkina Faso ploie encore sous le poids de la mauvaise gestion des deniers publics, de l’enrichissement illicite, des attributions frauduleuses de marchés publics, des promotions de complaisance, de la politisation outrancière et de l’inefficacité de l’administration publique. Pourquoi, tourne-t-on toujours en rond avec pratiquement les mêmes personnes qui depuis des décennies, ont fait la preuve de leur incapacité à prendre toute la mesure des défis et des responsabilités à assumer ? Pourtant, le pays ne manque pas de compétences. Des hommes et des femmes d’honneur et de talents, le Burkina Faso en regorge. Plus grave, l’on  a essayé  de nouvelles têtes depuis 3 ans et ça ne donne absolument rien de rassurant mais on continue de les maintenir.

Le cas le plus emblématique de ces hommes qui flottent dans leur fonction, c’est le Premier ministre Paul Kaba Thiéba (PKT). Rarement,un Premier ministre n’aura autant mal incarné la fonction au Burkina Faso. Beaucoup se demandent pourquoi il a pu être maintenu jusqu’à nos jours. Il va encore s’offusquer mais c’est le triste constat de la réalité. L’on pourrait y ajouter les ministres en charge de la sécurité et de la défense qui ne sont manifestement pas à leur place. Ils ont fait la preuve qu’ils n’ont pas le profil de l’emploi. Que dire du doyen Simon Compaoré que l’on maintient dans le gouvernement juste pour lui faire plaisir ? Ils sont les plus nombreux ces ministres qui planent, multiplient les bourdes à chaque sortie publique, donnant ainsi la preuve qu’ils ne sont pas capables de servir le pays à ce niveau de responsabilités. Ils se servent plutôt de leurs positions, contrairement à la promesse du président.

L’impossible rupture avec la mal gouvernance

A cette question des hommes, s’ajoutent les  exemples de mal gouvernance qui sont légion. Comme du temps de Blaise Compaoré, l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre  la corruption (ASCE/LC), les organismes citoyens de lutte contre la mal gouvernance et les médias ne cessent de dénoncer les cas de malversations et de mauvaise gestion des affaires publiques et il n’y a aucune suite ni en termes de sanction administrative et de mesures conservatoires, ni sur le plan judiciaire pour sanctionner pénalement les nombreux manquements à l’éthique du bien public. Même dans les secteurs sensibles de la sécurité et dans le contexte actuel de terrorisme, la gestion des maigres ressources n’échappe pas à la cleptomanie de certains acteurs. Dans son dernier rapport sur le contrôle de la gestion publique  en  2017 rendu public le 30 novembre dernier, l’ASCE/LC relève une «dégradation des indicateurs» de bonne gestion dans quatre domaines audités : la commande publique, les comptes de dépôt, les régies d’avance et caisse de menues dépenses et enfin le carburant et les lubrifiants. Les irrégularités relevées par l’ASCE/LC concernent un montant cumulé  d’environ 3,8 milliards de francs FCA.

L’on ne peut passer sous silence le fait que les membres du gouvernement sont rémunérés en violation du Décret N°2008-891/PRES/PM/MEF du 31 décembre 2008 portant rémunération du Premier ministre, des présidents d’institutions et des membres du gouvernement. L’on ne peut constater l’incivisme au sommet de l’Etat. Le minimum aurait été qu’avant tout, les autorités relisent le décret pour le conformer à leur volonté de s’octroyer des traitements princiers. Mais ils ont préféré violer la loi.

Enfin, les fraudes fiscales par certaines grandes entreprises qui méprisent et narguent même l’Etat et les citoyens et le refus du pouvoir de traquer les biens mal acquis des dignitaires du régime déchu font perdre à l’Etat plusieurs dizaines, voire des centaines  de milliards de francs CFA qui auraient permis de financer des secteurs stratégiques de développement. Ce ne sont là que quelques points pour illustrer la mal gouvernance et l’incivisme  au sommet de l’Etat. Si l’on y ajoute les dénonciations quotidiennes des médias, l’on ne peut que se rendre à l’évidence que la mal gouvernance constitue aujourd’hui, la principale plaie qui ronge le Burkina Faso. Or, comme l’a si bien relevé le Professeur Mahamadé  Savadogo, l’incivisme au sommet de l’Etat est lourd de conséquence tant sur le développement en ce qu’il permet à quelques privilégiés de s’enrichir illicitement que sur la cohésion sociale en accentuant les inégalités et les sentiments de frustrations et de révoltes chez la grande majorité des citoyens qui peinent à accéder aux services sociaux de base. C’était lors du panel organisé le 13 décembre dernier, par le Balai citoyen à l’occasion du 20e anniversaire de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo.

Comme le président du Faso lui-même l’a si bien dit dans son message du 11 décembre dernier, «aucune nation ne peut prospérer dans le désordre, l’incivisme et la corruption qui sont les fléaux qui fragilisent la cohésion sociale et les efforts pour un mieux-être pour tous. De même, nous ne pourrons transformer profondément notre économie sans un minimum de culture de l’effort, du sacrifice, du patriotisme, de l’intégrité et du travail bien accompli».

Au-delà du discours, le Président Kaboré va devoir regarder autour de lui, évaluer sans complaisance les hommes et les femmes qui l’entourent et l’accompagnent pour extirper de leur rang ceux et celles qui tirent le pays et sa gouvernance vers le bas. S’il ne fait rien pour assainir la gestion publique et pour rompre avec le gouvernement des copains  et des camarades, la promotion des amis, parents et des partisans, il faut craindre que le phénomène de l’incivisme aille en s’aggravant et finisse par se transformer en révoltes populaires préjudiciables à la paix et à la stabilité politique et institutionnelle.

Pour terminer en paraphrasant GOETHE (pour qui «parler est un besoin, écouter est  un talent»), il ne reste plus qu’à espérer qu’en 2019, le président aura enfin le talent d’écouter mais surtout de répondre aux craintes légitimes de ses compatriotes. Autrement, le pays risque de sombrer durablement dans le désordre et l’incivisme.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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