MINISTERE EN CHARGE DE L’EDUCATION NATIONALE : Des agents en stage en France obligés de rentrer sur la pointe des pieds

L’Etat burkinabè est-il en faillite à ce point? C’est la question que l’on se pose tout de suite, en prenant connaissance de la situation de 4 agents du ministère en charge de l’Education nationale, mis en position de stage auprès de l’Institut international de planification de l’éducation (IIPE) à Paris pour une durée de 6 mois chacun. Les témoignages des intéressés laissent songeur quant au sérieux dans l’administration de  ce département ministériel. Ils ont été obligés de rentrer dare-dare au bercail après seulement 3 mois  de formation. Et pour cause, le ministère s’est avoué incapable d’assurer sa part de  contribution au financement de la formation en dépit de certains pris au  départ. Contacté, le ministre en charge de l’Education nationale s’en défend, arguant que son département n’a pris aucun engagement en la matière. Mais les agents concernés le contestent énergiquement. Preuves à l’appui.

Tout commence par l’avis d’appel à candidatures n°2017-2916/MENA/SG/DRH du 05 décembre 2017 lancé pour que les éventuels candidats désireux de prendre part à diverses offres de formation déposent leur dossier de candidature en vue d’une sélection. Plus de 300 prétendants sont enregistrés. Une commission de sélection des dossiers de candidature à la formation des agents, créée par arrêté ministériel en     septembre 2017, se réunit pour statuer sur les dossiers. Suivant procès-verbal de délibération en date du 15 mai 2018, 69 candidats, dont 14 femmes sont retenus pour 15 programmes de formation dans divers domaines, dont certains au niveau national et d’autres à l’étranger, notamment en France, Tunisie, Sénégal. Coût total de ces formations : 198 737 985 FCFA. C’est ainsi que les 4 agents en question ont été sélectionnés pour aller suivre leur formation à l’IIPE, en France. Un partenariat de financement prévoit un co-financement par l’Etat burkinabè et son partenaire étranger. C’est sur cette base, expliquent les infortunés, qu’ils ont démarré pour la France en début janvier 2019. Les deux partenaires, poursuivent-ils, supportent le coût de la formation à raison de 3 mois chacun.

Au terme des trois premiers mois, supportés par le partenaire extérieur, lorsque celui-ci relance la partie burkinabè, le ministre en charge de l’Education nationale, afin qu’il s’exécute en vue de la suite de la formation, celui-ci réagit par une correspondance laconique assez surprenante.  «…nous n’avons pas de possibilité pour la poursuite de leur formation et cela, je le leur avais dit avant leur départ». A répondu assez sèchement le ministre. Face à cette situation où ils se retrouvent ainsi abandonnés en cours de route par leur hiérarchie, les 4 agents sont désemparés. Ils n’ont d’autres choix que de rebrousser chez eux avant le terme prévu de leur formation. Qu’est-ce qui peut expliquer un tel revirement de situation ? Approché en cette fin de mois d’avril 2019, le ministre est catégorique : le ministère n’avait pris aucun engagement au départ. Selon lui, le procès-verbal de la commission de sélection des dossiers portait  une mention assez capitale : «Les ressources seront progressivement libérées en priorisant les programmes de formation qui ont lieu au niveau national».

Cela, parce que les ressources de l’Etat sont limitées et ne peuvent pas prendre en charge tous au même moment. Il poursuit en disant que 4 agents, en partant en France, n’ont pas obtenu de document officiel de mise en position de stage de la part du ministère. Toute chose qui aurait engagé l’Etat financièrement. Les intéressés auraient soutenu, poursuit-il, qu’ils avaient bénéficié de bourses de la part du partenaire extérieur pour financer entièrement leur formation. C’est pourquoi le ministère leur aurait juste délivré des autorisations d’absence, pour participer à des programmes de formation à l’extérieur, en lieu et place des actes officiels de mise en position de stage qu’ils exigeaient. Mais les 4 infortunés se disent surpris par un tel discours de la part du ministre. Preuve à l’appui, ils soutiennent avoir bel et bien obtenu des documents officiels de mise en position de stage, notamment des arrêtés portant stage de spécialisation, signés du SG du ministère. En outre, contrairement à l’argument du manque de  ressources , les intéressés se demandent si l’Etat burkinabè est tombé en faillite à ce point.

La  formation des agents est-elle vraiment une priorité ?

En effet, expliquent-ils, pour que les 4 agents puissent boucler leur formation, le partenaire n’attendait de l’Etat burkinabè que la modique somme de 20 millions  FCFA. Mieux, cette somme n’était exigée dans l’immédiat. Il suffit pour le ministère de prendre l’engagement à payer cette somme selon ses disponibilités pour que le partenaire parachève la formation. Mais il n’y a pas que ça, lors d’une rencontre du cadre partenarial MENA-PTF en date du 12 décembre 2018, il est ressorti et consigné dans le compte rendu de ladite rencontre que « …la priorité ayant été donnée au financement de agents à former sur place au niveau national, la modicité des ressources allouées dans le budget 2018 n’a pas permis d’assurer le financement des agents à former hors du pays. (…) Monsieur Sawadogo François, Directeur général des études et des statistiques sectorielles (DGESS), a indiqué que 150 millions FCFA avaient été alloués dans le plan d’action 2019 au titre du renforcement des capacités des agents du MENA. Il a, par ailleurs, indiqué que des échanges avaient eu lieu avec une mission de l’IIPE qui avait séjourné au Burkina Faso, pour que dès 2019, l’accent soit mis sur le financement de la formation des 4 agents figurant sur le PV de sélection. Ce que le cadre partenarial a approuvé ». Comment comprendre, au regard de tout cela, que l’argument des ressources soit encore invoqué ? Se demandent plus d’un. C’est pourquoi, du côté des 4 agents et du partenaire (à en croire les agents), on estime que les vraies raisons de cette attitude du ministre en charge de l’Education sont autres que celles avancées.

Vu le chemin déjà parcouru et les efforts consentis par les agents et le partenaire qui, en plus des frais de formation des trois mois, ont aussi supporté les frais de transport aller et retour des stagiaires sans contribution de l’Etat, celui-ci aurait gagné en prenant l’engagement en vue du parachèvement de la formation que de laisser revenir les agents en si bon chemin. Toute chose qui s’analyse, de l’avis des infortunés, comme un véritable gâchis. Cela est d’autant plus incompréhensible que le même département soutient sans cesse que «la formation des agents du MENAPLN occupe une place importante dans la mise  en œuvre du Plan stratégique de renforcement des capacités (PSRC). En effet, l’étendue des missions, la variété des domaines d’activités du ministère et la quête permanente de performance commandent une formation spécifique des  agents dans des domaines divers en rapport avec leur profil et leur poste de travail. La formation académique en complément de la formation initiale et de la formation professionnelle s’avère alors nécessaire, au regard des exigences imposées par ces évolutions». Comment un département qui tient un tel discours peut-il laisser passer une opportunité pour ses propres agents ? Se demande-t-on. Quelle suite sera-t-il finalement réservée à ce dossier ? Nous y reviendrons !

Par NERWATA  Kafando

 

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