PLAN DE RIPOSTE COVID19 DU MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE : 29 marchés de 6 milliards FCFA passés de gré à gré !

L’affaire est assez inquiétante. Le coronavirus est apparu avec son lot de problèmes, non seulement sanitaires mais aussi de gouvernance. Certains parlent de corona-business au lieu de Coronavirus. Ils n’ont pas si tort. Au ministère de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales (MENAPLN) le covid-19 a fait parler de lui. Les activités de la riposte demandées par le conseil des ministres devraient faire l’objet d’un financement par le consortium des partenaires techniques et financiers de l’éducation à travers le partenariat mondial pour l’éducation (PME) suite à une demande du ministère géré par le Pr Stanislas Ouaro. Le principe est acquis : 7 millions de dollars US soit 3.857.290.500 Franc CFA au lieu de 10 millions de dollars US demandés. Mais trop pressé, le Pr Ouaro demande une avance de 6 milliards au MINEFID en attendant la mise à disposition des fonds par le PME. Ensuite il saisit le PME d’une requête pour des dépenses déjà engagées. Après avoir relevé le non respect des procédures en la matière, le PME consent tout de même à accompagner le MENAPLN. Toutefois, il demande à voir clair dans les marchés avant de procéder à la régularisation. Le Pr se fâche, prend sa plume, écrit au PME pour renoncer à l’argent du PME. Et il y a bien d’autres choses bizarres dans cette affaire !

Le 16 avril 2020, le ministère de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales (MENAPLN) a introduit un rapport relatif au plan de riposte pour la continuité éducative dans le contexte du covid-19 pour son département. Le document a proposé au gouvernement la conduite d’un certain nombre d’activités en vue de la réouverture des établissements scolaires. Ce rapport a été approuvé par le conseil qui en sus, a demandé à apprécier la mise œuvre desdites actions avant la réouverture des écoles. Le ministère a alors établi ses activités.

Mais, il restait son financement : où trouver l’argent ? Une semaine plus tard, après l’adoption du rapport en conseil des ministres, dans une lettre en date du 24 avril 2020, le Pr Ouaro explique au ministre des Finances que son département a élaboré un plan de riposte qui a servi à faire un plaidoyer auprès des partenaires techniques et financiers (PTF) de l’éducation. Ledit plan a été approuvé par le PME qui a marqué son accord pour le financement. Le ministre ajoute dans sa lettre que bien qu’il y ait un accord de financement, il ne pourra les attendre. Il y a urgence!

Les procédures administratives en la matière ne permettent pas d’attendre, fait-il comprendre. «L’urgence de la réouverture des structures d’éducation en vue de la reprise des cours ne s’accommode pas avec les procédures de décaissement de ce financement qui s’avèrent habituellement longues», argumente le ministre. Il faudra anticiper.

Pour ce faire, il a besoin d’une avance de trésorerie de 8.253.975.220 FCFA pour la mise en œuvre du plan de riposte au niveau de son ministère. Alors, «si cette requête rencontre votre assentiment, le montant sollicité sera viré dans le compte de dépôt n°44…000… …, intitulé DIRECT CENTER CAST FSDEB » dit le ministre.

Si le ministère des Finances approvisionne le compte, il sera remboursé une fois que les PTF auront donné leur financement. Puis il ajoute qu’une fois l’argent disponible, il fera recours aux procédures exceptionnelles de passation des marchés publics.

Sans surprise, le ministre des Finances est d’accord avec son homologue du MENA. Il lui répond : «par la présente, je voudrais vous informer qu’une avance de 6.059.912.000 FCFA a été virée dans le compte de dépôt concerné. Cependant, il convient de rappeler la nécessité du suivi de la régularisation telle que prévue avec les ressources attendues des partenaires techniques et financiers.» Dès lors, les services techniques du MENAPLN peuvent entrer en possession des fonds virés, précise le ministre des Finances.

Certes, le montant viré n’est pas celui demandé, mais il devrait suffire pour les activités. En effet, le MENAPLN a sollicité du partenaire un financement de la riposte d’un montant de 10.000.000 de dollars US soit 5.510.415.000 FCFA. Même si le PTF a accepté d’injecter des fonds, son accord de financement est de 7.000.000 de dollars soit 3.857.290.500 FCFA. Il est alors incompréhensible que le ministre Stanislas Ouaro demande une avance de trésorerie d’un montant 8.253.975.220 FCFA, supérieur à l’accord de financement. Y a-t-il d’autres bailleurs pour compenser le manquant ? Et ce n’est pas tout. Il  se trouve que cette façon de financer les activités n’a pas été discutée avec le PME. Du coup, les choses vont se corser.

Le partenaire découvre des choses…

En effet, au cours d’une réunion du groupe thématique gestion financière et allocation des ressources tenue le 16 juillet 2020, le ministère a porté à la connaissance des bailleurs du fonds commun qu’il a bénéficié d’une avance de trésorerie de plus de 6 milliards FCFA de la part du ministère des Finances et virée dans un sous-compte du CAST/FSDEB. Et le secrétaire permanent du programme de développement stratégique de l’éducation de base (SP/PDESB) de préciser que le budget du plan de riposte du MENAPLN repose essentiellement sur les annonces de financement faites par les partenaires.

De fait, le financement du partenaire devrait venir en complément et non en substitution du budget de l’Etat. Les lignes se fissurent car cette situation va mettre le PME dans une colère noire. Surpris donc, il fera savoir son désaccord avec la méthode du ministère de l’éducation nationale. En réponse, le 5 août 2020, il dresse une longue liste de griefs à l’encontre du MENAPLN sur le non-respect des procédures. D’emblée, il fait remarquer que l’initiative de demander une avance de trésorerie n’a jamais été évoquée avec le bailleur qu’il est et qu’en plus, le MENAPLN «n’a ni sollicité ni obtenu de la part des partenaires techniques de l’éducation nationale. A cette date, les PTF recommandaient au ministre de faire parvenir les informations demandées au plus tard le 10 août.

Mais la recommandation restera lettre morte jusqu’au 12 août 2020 date à laquelle le Pr Ouaro s’est décidé à répondre aux PTF. Et sa réponse sentait la colère. Il informe les PTF qu’il a reçu instruction du gouvernement pour préparer la réouverture des classes ; ensuite, que l’urgence dans la préparation de la reprise commandait qu’il n’attende pas le financement du PME. Enfin, quant aux procédures de passations des marchés, le ministre souligne qu’elles ont «requis l’avis de toutes les structures techniques habilitées de l’Etat.» Mieux, dit-il, le budget de l’Etat se chargera maintenant de financer les activités du plan de riposte. Le Pr Ouaro venait de tourner le dos malgré les portes qui lui ont été ouvertes par le partenaire en vue de ne pas perdre le financement. Pourquoi ?

Il y a pourtant des choses à voir dans les contrats exécutés dans le cadre de la riposte au covid-19. En rappel, le MENA a sollicité plus de 8 milliards FCFA pour l’exécution de son plan d’action mais le MENIFID ne lui en donnera que 6.059.912.000 FCFA. Ce montant a permis d’exécuter 29 marchés de gré à gré. Ces marchés concernent essentiellement l’acquisition de savon (2 065 042 850), de cache nez (3 milliards), l’acquisition de supports amovibles (40 millions), de pause déjeuner (9,5 millions). Le reste a été investi dans la production de documents, la diffusion d’émissions télé et radio, d’insertion dans la presse en ligne, etc.

La presse écrite a été royalement ignorée. De sources proches du conseil des ministres, c’est le ministre de la communication en personne, soutenu par un autre qui joue les défenseurs des médias, qui aurait dit que la presse écrite n’était pas pertinente dans cette campagne. Curieusement des chaines de télévision en essai ont été jugé plus pertinentes. Allez savoir !

Enfin, sur les 6.059.912.000 FCFA avancés par le ministère des Finances, le MENAPLN a effectué des dépenses à hauteur de 6.269.991.831 FCFA soit un
surplus de 210.079.831 FCFA. Qui comblera ce sur- plus ? Là, c’est une autre affaire ! Nous y reviendrons !

Aimé NABALOUM
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