mpp

POLITIQUE : entre théâtralisation et ultime expression des espoirs déçus

Le chien ne change jamais sa manière de s’asseoir, dit un adage bien populaire. Les acteurs politiques burkinabè semblent aussi avoir leurs vieilles habitudes infantiles qu’ils ont du mal à abandonner. A la veille de chaque campagne électorale, s’ouvre le «mercato» politique, c’est-à-dire, la
période des transferts et des changements de camps. C’est de bonne guerre !

Quand on s’engage dans une compétition, il faut se donner les moyens de la victoire. Ainsi, l’on assiste depuis quelques temps, à des annonces régulières de départs massifs, de dizaines, voire des centaines de militants d’un parti X vers un parti Y. Parfois, ce sont des pères et des mères de famille désabusés, entraînés par un ou des marchands d’illusions qui sont exposés devant les médias. Le plus souvent, si l’on demande à ces démissionnaires de présenter leur carte de militant ou d’adhésion dans le parti qu’ils quittent, ils ne pourront le faire parce qu’ils n’en ont pas. Mieux, ces gens qui n’ont jamais annoncé publiquement leur adhésion au parti font un tapage médiatique quand ils le quittent.

Et les politiciens burkinabè appellent ça de la communication politique. Ils flattent leurs égos avec des annonces qui, le plus souvent, n’ont aucun impact sur leurs résultats électoraux. Quelques individus manipulent ainsi d’autres citoyens pour obtenir les faveurs de leaders politiques en manque de militants ou de publicité.

En cette année électorale, l’on assiste aux mêmes spectacles ridicules et pitoyables. Et ça ne changera pas grand-chose au décompte final après le scrutin du 22 novembre. Ça change, peut-être pour quelques temps, les conditions de vie de certains manipulateurs. Mais au fond, les politiques se retrouvent, au soir des scrutins, avec les mines défaites, accusant certains soutiens de trahisons. Mais demain encore, ils referont la même chose.

Mais à côté de ces spectacles de désolation, il y a des défections qui provoquent réellement des fissures dans les états-majors politiques. Ce sont généralement les démissions des cadres assez importants, détenteurs de mandats électifs, ayant des fiefs électoraux, des carnets d’adresses ou disposant d’importantes ressources financières. Quand de tels militants quittent le navire, les premiers responsables de partis ont beau jouer en apparence les inébranlables, ils pensent, au fond d’eux-mêmes, aux trous que le départ de chaque cadre peut laisser en cas de défection.

Les périodes pré-électorales sont le plus souvent des moments de valorisation et d’autopromotion des cadres des partis politiques. Ce sont les
moments où chacun espère être reconnu par la Direction du parti mais aussi des militants à travers un bon positionnement sur les listes de candidatures, surtout quand il s’agit de législatives ou des municipales. Quand ces espoirs buttent au refus soit des militants (quand il y a des primaires), soit de la Direction du parti, la déception peut conduire au départ du parti. Ces départs, même s’ils ne profitent pas véritablement aux partants, entraînent des défaites pour les partis.

Finalement, tout le monde perd. Ces démissions laissent transparaître parfois des frustrations et des brimades longtemps contenues qui témoignent de la faiblesse de la démocratie interne au sein de bien des partis politiques burkinabè. Certains chefs de partis sont de véritables petits
gourous qui gèrent leur monde comme bon leur semble. Ce sont eux qui décident de tout. Tout part d’eux et revient à eux. Les autres doivent
simplement obéir sans broncher. Les contestataires sont bannis ou mis à
l’écart. Tout le monde doit chanter les louanges du gourou. Mais les colères
cumulées finissent toujours par exploser sur la place publique. C’est ce à quoi l’on assiste en ce moment.

Et ça va certainement continuer jusqu’au lendemain des élections; parce qu’après la défaite, certains préféreront rejoindre les vainqueurs. Ainsi va la politique au pays des Hommes intègres : entre mises en scène grotesques et poursuite des intérêts individuels et bassement matériels. Le militantisme continue de reculer et risque finalement d’être noyé dans la marchandisation outrancière des relations sociales.

Boureima OUEDRAOGO
Ecrit par
Boureima OUEDRAOGO

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Nunc rhoncus sagittis tortor, a posuere tellus cursus suscipit. Pellentesque euismod aliquam lectus vel aliquet.

Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Boureima OUEDRAOGO Ecrit par Boureima OUEDRAOGO

Nous suivre sur…