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Procès du putsch Le grand déballage aura-t-il lieu?

Depuis le 27 février dernier, le procès du putsch manqué de septembre 2015 a bouclé sa première année. Tous les observateurs avertis l’avaient prévu. C’est un procès marathon avec 84 accusés, dont neuf en cavale. Après de longs débats de procédures, l’examen au fond du dossier a démarré en juin. Depuis, tous les accusés dans le box ont fait leur déposition à la barre de la Chambre de jugement de première instance du tribunal présidé par le Juge Seidou Ouédraogo.

Actuellement, c’est le ballet des témoins qui vont de citoyens anonymes à des personnalités politiques, militaires et religieuses. Un an après, le procès est
encore loin d’avoir amorcé la dernière ligne droite. Après l’audition des témoins de toutes les parties (Parquet militaire, parties civiles, accusés), viendra l’examen des scellés, dont les fameuses écoutes téléphoniques entre Djibrill Bassolé, l’un des accusés, et Guillaume Soro, l’ancien chef rebelle et ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne. Ensuite, l’on passera à l’étape des plaidoiries et réquisitions. Le
marathon continue donc. Parfois, l’on a l’impression de tomber dans la routine.

D’abord, lors des auditions des accusés dont certains ont fait l’ex-Premier ministre Yacouba Isaac Zida, ancien numéro 2 du RSP avant l’insurrection populaire, le responsable de la situation qui a conduit à ce coup d’Etat, l’on a eu parfois le sentiment que ces derniers ont adopté la même ligne de défense. Du coup, les accusés se suivaient et les dépositions se ressemblaient pratiquement. Ensuite, lorsque vint le tour de la hiérarchie militaire de témoigner, c’est globalement le même discours qui est servi avec bien sûr quelques nuances.

Enfin, globalement, l’on peut retenir de ces 12 mois de procès, que le grand déballage n’a pas encore eu lieu. Aurat-il lieu d’ici la fin ? Y-a-t-il un déballage à attendre ? Rien n’est moins sûr. Car, il faut le dire, il s’agit pratiquement d’un cas de flagrant délit et presque tout ce qui s’est passé est su de tous. La vérité sur l’essentiel est donc connue.

Nous l’avons toujours répété, il y a des faits qui sont constants. Des éléments du RSP ont interrompu le Conseil des ministres du 16 septembre 2015 et mis aux arrêts le président du Faso, le Premier ministre et les membres du gouvernement. Ces
éléments sont connus et certains d’entre eux l’ont reconnu. Le Général Diendéré a assumé et s’est auto-proclamé président du mort-né Conseil national pour la démocratie (CND), chef de l’Etat. Il l’a d’ailleurs reconnu à la barre. Il a bénéficié du soutien d’autres officiers, notamment du RSP. Ces faits sont constants. Il reste maintenant à savoir jusqu’où se situent leurs responsabilités et de quelles complicités ils ont bénéficié. Ont-ils planifié et exécuté froidement cette forfaiture ou s’agit-il, comme ils tentent de le faire croire, d’une crise du RSP qui a dégénéré ? C’est, entre autres questions auxquelles le procès devrait permettre de répondre. Un an après,
est-on avancé dans la recherche de réponse à cette question de fond ? Des indices existent déjà et le tribunal appréciera en temps opportun.

En attendant l’aboutissement de ce procès qui prendra encore certainement des mois, l’on peut au moins relever quelques enseignements. D’abord, ce procès a mis à nu une certaine réalité de l’armée burkinabè sous Blaise Compaoré. C’est désormais confirmé, le RSP n’était pas une unité d’élites au sens militaire du terme, mais une armée dans l’armée dont les éléments sont, certes, bien formés, mais malheureusement formatés exclusivement pour servir et protéger une famille et quelques individus. Pire, certains éléments ont fini par se croire tout permis. Cette unité échappait au contrôle du haut commandement de l’armée qui ne savait même
pas la nature des armements dont il était doté. Ensuite, après les mutineries de 2011, Blaise Compaoré a désarmé presque tout le reste des unités de l’armée pour mettre tout le matériel sous le contrôle du RSP. De même, l’on se rend à l’évidence, que l’armée burkinabè avait un sérieux souci de commandement, comme nous l’avons toujours écrit. Les dépositions de Diendéré et d’autres officiers accusés ainsi que celles des témoins, notamment de la hiérarchie militaire, illustrent éloquemment
que l’armée avait mal à sa gouvernance, à son commandement.

Mais le plus grave, c’est que ce procès a révélé, à la face du monde, que le Burkina avait des Généraux et des colonels, des officiers supérieurs incapables d’assumer leurs propres actes, qui n’ont rien du sens de l’honneur et de la dignité qu’incarnent leurs galons. Bref, au-delà du RSP, cette première année de débats contradictoires à la barre du Tribunal militaire s’est révélée être une année du procès de l’armée burkinabè, une armée où des soldats et des sous-officiers incontrôlés, manipulés par des officiers et des politiques font la pluie et le beau temps, une armée où un général peut gaillardement assumer un coup d’Etat perpétré par des soldats indisciplinés et négocier l’accompagnement de toute la hiérarchie militaire.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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