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PUTSCH DU CND

pushIl y a un an, un coup d’Etat était orchestré par le désormais ex- Régiment de sécurité présidentielle. Le Burkina rentrait alors dans une autre phase trouble de son histoire. Des morts, des blessés, des dégâts matériels énormes, il y en a eu. Période d’insécurité, de règlements de comptes, de musèlement de la presse, de persécution de leaders d’organisations de la société civile étaient, entre autres, les caractéristiques des jours de gouvernance du Conseil national pour la démocratie (CND). A l’image de Nicolas Kaboré, celui-là qui, dans des échauffourées, contre vents et marrées, assurait la protection de Roch Marc Christian Kaboré en son temps, de l’artiste Smockey dont le studio, sera la cible de lance-roquettes, ou encore de Aïssata Sankara menacée dans l’exercice de son métier de journaliste, beaucoup ont des souvenirs de ces moments une année après.

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J’ai encore en souvenirs les coups qu’on m’a donnés. L’essentiel était que quelque chose n’arrive pas à mon oncle. J’étais là pour ça, j’ai fait mon travail. Rien n’est arrivé au patron, même si pour ça j’ai reçu les coups. Ce sont les risques du métier. Quand tu travailles, il y a le côté positif comme négatif. En partant là-bas (hôtel Laïco, ndlr) , on ne s’attendait pas à faire face à ce genre de choses , mais c’est arrivé. Je ne peux pas dire que je n’ai pas reçu de choc. J’ai eu à faire une intervention sur mon pied, après, ça s’est bien passé. C’est mon oncle qui a tout pris en charge. Les choses se sont bien terminées, je ne garde aucune rancune envers des gens. La paix est revenue, je salue cela.

Aujourd’hui, le patron est devenu président mais rien n’a changé. Il est resté comme il était, il n’a pas changé. Il est resté simple, accessible. Que son mandat présidentiel puisse bien se passer. Qu’il puisse satisfaire le peuple. J’ai une pensée pour ceux qui sont morts. Surtout que les familles des victimes ne soient pas oubliées.

smock——————————————–

Des évènements de septembre 2015, je garde le souvenir d’une sorte de far West légitimée par la folie meurtrière de militaires surarmés et de toute évidence organisés et manipulés par des mentors déterminés à faire accepter l’inacceptable. Le souvenir de leur haine viscérale de tous ceux qui voulaient leur résister et notamment des Cibals (militants du mouvement, ndlr) ou même simplement de la couleur noire en référence à celle de nos t-shirts. La peur ressentie pour la sécurité de mes proches et de ma famille mais aussi le souvenir de ce formidable élan de solidarité du peuple burkinabè décidé à empêcher que le pire se produise. Pour la première fois depuis longtemps enfin, nous avons entrevu ce que pouvait vouloir dire armée républicaine prête pour la défense du citoyen, de l’intérêt général et d’une nation libre et digne.

Notre quotidien était rythmé par nos communications permanentes en interne et l’organisation sur le terrain. Il ne fallait surtout pas que certains d’entre nous soient pris pour éviter que le RSP engrange des victoires susceptibles de nous démobiliser. Les réseaux sociaux nous ont aidés en cela et à nous organiser.

Je me souviens du moment où ils ont voulu couper la connexion, il y a eu un vent momentané de panique et nous avons dû utiliser des logiciels tels que Firechat qui nous permettaient d’échanger sans connexion. Des agents de l’ONATEL ont prouvé aussi leur patriotisme en se rendant indisponibles pour l’opération de sabotage en question. Certains de nos militants ont eu à arrêter une citerne censée ravitailler le RSP. Il a fallu réfléchir à la mettre hors d’état de fonctionnement tout en préservant la sécurité aux alentours… Cette expérience a révélé le «stratège» mais aussi le sens de la responsabilité qui sommeillait en chacun de nous.

Un an après, quel bilan de la situation?

On est passé à côté d’un chaos irréversible et programmé. Contrairement à ce qu’on pourrait penser du «coup d’Etat le plus bête au monde», celui-ci avait des chances non négligeables et je dirai même réalistes de passer. Il s’en est fallu de peu, il s’en est fallu d’un peuple. S’il y a un bilan à faire, nous avons acquis la dissolution de ce corps de mercenaires tant décrié, mais où est passée la réforme générale de notre armée promise par les politiques? Où est passée la Justice que nous attendons tous contre nos bourreaux? Pour les martyrs et victimes et la reconstruction dansnos coeurs et nos esprits? Qu’attendons-nous pour les réformes suggérées,notamment par un bon travail du comité des réformes et de laréconciliation? Ce putsch ainsi que les attentats qui ont suivi sont révélateursde la fragilité de notre sécurité et de cette paix vendue continuellement comme pour nous rappeler que la guerre est possible etn’est pas loin. Nous devons le prendre comme une leçon et en tirer desrésolutions fortes soutenues par une vraie volonté politique. Il faut défragiliser nos institutions non pas seulement en votant des lois, mais en agissant et en facilitant leur interprétation.Honnêtement, le bilan actuel réside en notre capacité à espérer sinonil est peu reluisant.

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Aïssata Sankara, journaliste (à l’époque,rédactrice en chef de la télévision BF1)

sankaraDes évènements de septembre 2015, je garde le souvenir d’une journée qui aurait pu faire basculer le Burkina Faso dans une crise profonde. Le souvenir surtout émouvant d’une saine et forte résistance d’un peuple face aux dérives d’une bande de militaires malformés. Le 15 septembre, des membres du RSP font une irruption sur le plateau du journal télévisé en plein direct, en vue de l’interrompre. Ce jour, nous diffusions des reportages sur la situation en ville, notamment à la place de la Révolution avec des interviews deresponsables d’OSC (Smockey et Sam’s K le Jah du Balai citoyen). C’était le début de la résistance populaire. Des techniciens sont passés à tabac, des appareils comme les smartphones et autres tablettes, susceptibles de capturer du son ou de l’image sont détruites. La télé (je bossais à bf1) est prise en otage. Toute l’équipe de la Rédaction passe la nuit la peur au ventre couchée sous des tables dans la salle de Rédaction avec des militaires qui se baladaient dans les locaux et des tirs dehors tout autour de la télé…Les putschistes affichent clairement leur volonté de museler les médias. C’était notre ambiance du 15 septembre.

Après l’annonce officielle du coup d’Etat et de la désignation de son meneur, Gilbert Diendéré, je décide de faire un portrait du Général putschiste. Le tableau peu flatteur de la vie de l’homme mis ainsi à nu et à cette période n’aurait pas été du goût du RSP. Mon collègue Aubin Guébré m’appelle depuis Abidjan où il se trouvait pour me demander de me mettre à l’abri parce qu’il aurait reçu des informations selon lesquelles le RSP n’était pas content du portrait que j’ai fait de leur patron et était à ma recherche. Quelque temps après, je reçois un coup de fil anonyme. Un homme qui me disait d’une voix grave « si tu ne fais pas attention tu finiras comme ton oncle». Mon nom de famille étant Sankara, je prends les menaces au sérieux et je me mets à l’abri quelques jours. De plus, il était impossible de travailler vu que le RSP encerclait toute la télé. Un an après le coup d’Etat, je me pose des questions. Où en est-on avec le dossier? Il y a des personnes qui sont mortes, dont des enfants, à cause de la bêtise d’un groupe d’égoïstes effrayés de perdre leurs avantages et assoiffés de pouvoir. Il ya eu beaucoup de rebondissements avec la Justice militaire. Beaucoup d’auditions, des personnes relâchées, d’autres encore incarcérées, mais toujours pas de procès. On nous dit avant la fin de l’année. On espère seulement que le dossier ne dormira pas comme les centaines de dossiers de crimes de sang et d’atteintes à l’intégrité physique dans les armoires de la Justice et que celle-ci travaille en toute indépendance et intégrité.

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Déclaration du gouvernement à l’occasion de l’An I de la résistance au coup d’Etat

Peuple du Burkina Faso, Chers compatriotes, Une année déjà que nous avons tous ensemble, burkinabè des villes et des campagnes, organisations de la sociétécivile, syndicats, médias, partis politiques, forces de défense et de sécurité, résisté et vaincu la tentative de retour à l’ordre ancien. En effet, le mercredi 16 septembre 2015, des militaires et des civils animés par des ambitions personnelles ont mis aux arrêts le président de la Transition et son gouvernement réunis en Conseil des ministres au palais de Kosyam. Le 17 septembre 2015, ces arrestations se sont traduites par l’annonce d’un coup d’Etat qui devra remettre en cause la Transition que nous avions tous soutenue et mise en oeuvre et dont le terme devrait être l’organisation des élections libres et transparentes.

Cette atteinte grave à la République et à ses institutions a été condamnée par le peuple burkinabè et la communauté internationale. Comme un seul homme et dans le sens de l’honneur et du respect des valeurs démocratiques, tous les patriotes se sont mobilisés pour défendre la patrie. Jeunes, femmes et anciens, acteurs de la société civile, partis politiques, forces de défense et de sécurité, tous se sont dressés contre l’infamie et la félonie. Le peuple burkinabè a montré que rien ne le fera céder dans sa volonté à construire un Burkina démocratique où le respect des lois est le fondement de notre vivre en commun.

En cette date anniversaire, le gouvernement salue la mémoire des dignes fils et filles du Burkina tombés sur le champ d’honneur de la lutte pour la justice et la démocratie. Le gouvernement renouvelle tout son soutien et son accompagnement aux familles éplorées. Ces martyrs, ces enfants, ces hommes et ces femmes sont une interpellation permanente et constante de chacun des Burkinabè pour son engagement dans la construction inclusive et porteuse de bien-être social, d’un Faso réconcilié avec les valeurs de justice et de paix. Le Burkina Faso a, à l’endroit de ces victimes et de leurs familles, une dette de sang qui oblige notre Justice à situer les responsabilités et appliquer la loi dans toute sa rigueur à l’encontre de ceux dont la culpabilité serait avérée.

Peuple du Burkina Faso? Chers compatriotes,

Chaque Burkinabè doit se souvenir de ces martyrs afin que toutes les générations se rappellent en épelant leurs noms, que l’amour de la patrie doit nous habiter à chaque instant de nos engagements.

Chaque Burkinabè doit se souvenir que cette résistance a permis à notre armée nationale de réaffirmer son attachement aux valeurs républicaines, fondement de la fraternité et de la cohésion nationale.

Chaque Burkinabè doit se souvenir de notre capacité à surmonter les épreuves, lorsqu’au-delà de nos différences, la défense de la Patrie nous appelle.

Et aujourd’hui, il est important de dire que notre foi dans le Burkina se construit sur cette capacité de ses fils à s’engager dans les luttes pour son développement, dans le respect des valeurs républicaines.

Le gouvernement exprime toute la solidarité du peuple du Burkina Faso à l’endroit des familles endeuillées lors de cette barbare et indigne tentative de coup d’Etat. Le gouvernement renouvelle ses profondes condoléances aux ayants droit. Aux blessés, il exprime à nouveau sa compassion et son engagement à faire triompher la vérité et la justice.

Le gouvernement renouvelle la gratitude et la reconnaissance du peuple du Burkina Faso à la communauté internationale, pour son soutien et son engagement qui ont aidé au retour à l’ordre démocratique matérialisé par l’organisation des élections présidentielle et législatives du 29 novembre 2015. A l’ensemble des acteurs de cette résistance victorieuse, animé par l’impératif du respect de la volonté du peuple, de la démocratie et des valeurs républicaines, le gouvernement réaffirme son attachement à ces idéau et son engagement à travailler à un ancrage définitif et inaltérable de ces valeurs.

Hommage à vous valeureux fils et filles du Faso !

Dieu bénisse le Burkina Faso.

Le Premier Ministre

Paul Kaba THIEBA

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L’UPC exige un jugement dans les meilleurs délais

Peuple du Burkina Faso,Il y a une année déjà quequatorze(14) de nos compatriotestombaient sousles balles de l’ex-Régiment de sécurité présidentielletandis quequatre cent cinquantequatre(454) autres victimesétaient enregistrées,suite au coup d’Etat manqué. Comme un seul homme, le peuple s’est levé et a pris en main son destin en mettant en échec la remise en cause de l’insurrection populaire.

Aux côtés des autres forces vives de notre pays, l’Union pour le progrès et le changement(UPC) a joué sa partition. Ce dramatique souvenir demeure en nous une année après : souvenir de nos compatriotes tombés au champ d’honneur, souvenir des blessés et de toutes les autres victimes connexes. C’est le lieu pour nous, en ce triste anniversaire, de rendre un vibrant hommage aux martyrs et au peuple burkinabè tout entier et de saluer l’action historique des syndicats, des chefs coutumiers et religieux, des médias, des OSC et des partis politiques du Cadre de concertation de partis politiques de l’ex- CFOP. L’UPC salue tout particulièrement le courage, le sens du sacrifice de soi, le sens de l’honneur et du devoir, le loyalisme et le panache dans l’action de nos forces armées nationales.

Chers concitoyens, Un an après le coup d’Etat manqué, nous réclamons toujours justice pour les martyrs, et le constat est le suivant :

Des mandats d’arrêt émis puis annulés, des actes de justice falsifiés, des libérations tous azimuts, des victimes laissées à elles-mêmes, aucun jugement prononcé et une immixtion du pouvoir en place dans le fonctionnement de la justice doublée d’un langage populiste.

Les Burkinabè ont consenti le sacrifice pour vivre dans une vraie démocratie et pour être gouvernés autrement. L’UPC interpelle donc les nouvelles autorités sur leurs responsabilités. L’UPC exige notamment que les dossiers du coup d’Etat soient jugés dans les meilleurs délais, et que les procès soient retransmis en direct à la télévision et à la radiodiffusion.

Ainsi, le peuple qui s’est sacrifié aura accès à la vérité.

Dans le recueillement, dans la soif d’une vraie justice et d’une meilleure gouvernance, l’UPC commémore ce premier anniversaire de la résistance face au putsch. Vive le Burkina Faso ! Vive la justice et vive une véritable réconciliation nationale ! Démocratie-Travail- Solidarité Ouagadougou, le 15 septembre 2016 Pour le Bureau politique national de l’UPC Le Secrétaire national chargé de la défense et de la sécurité Colonel à la retraite LonaCharles OUATTARANominations de chargés de missions:ce que disent les textesS’il y a des sujets objetsde débats à l’issue deshebdomadairesConseils des ministres ces dernièressemaines, c’est bien lesnominations, notamment cellesde chargés de missions. Sielles créent joie et satisfaction,chez certains qui y voient lapromotion d’une catégorie depersonnes (les jeunes), c’estl’étonnement, la grogne chezd’autres qui jugent que certainsdes nominés ne répondentpas aux critères. Que disentles textes ? Au paragraphe 4, ”les chargés de missions” du décret N°2016-027/PRES/PM/SGGCM portant organisation-type des départements ministériels, l’article 11 stipule : «Les chargés de missions sont des hauts cadres de l’Administration publique, ayant occupé de hautes fonctions politiques et/ou administratives et qui sont en fin de mission. Ils dépendent directement du ministre et exécutent toutes missions qu’il leur confie. Les chargés de missions sont nommés par décret pris en Conseil des ministres sur proposition du ministre et sont placés hors hiérarchie. Ils bénéficient des mêmes indemnités que les chargés de missions du Premier ministre ». «Ce qui vaut pour les ministères vaut pour la Présidence et avec plus d’exigence!», nous dira un averti de ces questions. A l’issue de certains comptes rendus de Conseils de ministres, des voix se sont élevées pour dénoncer du copinage dans certaines nominations à la présidence. Pour les plaignants, des nominations de personnes n’ayant pas de numéro matricule, qui ne remplissent pas le critère ‘’cadre de la fonction publique’’, ou encore n’auraient pas un ‘’minimum de diplômes’’ relèvent plutôt un caractère ‘’non sérieux’’ des dites nominations. A cet effet, le décret n°2016 -2099/PRES portant organisation des services de la Présidence du Faso stipule que «Les chargés de mission sont nommés par décret pris en Conseil des ministres. Leurs attributions sont définies par arrêté présidentiel». Pas d’autre précision donc sur les critères de nomination des chargés de mission. En plus, ces arrêtés dont il est question et qui relèvent de la Présidence ne sont accessibles, apprend-on.

 

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