Putsch manqué : le procès des dénis systématiques des faits et des réalités

Le procès du putsch manqué de septembre 2015 amorce lentement mais sûrement son dernier virage avec le passage à la barre des civils, notamment des acteurs politiques. Après le déni des faits par les militaires, voici venue l’heure du déni de la réalité. De Léonce Koné à Salifou Sawadogo (tous deux du CDP), en passant par Herman Yaméogo, Fayçal Nanéma,  Aminata Guélwalé, etc. l’on a entendu des discours des plus incroyables et des plus arrogants. C’est à croire que certains acteurs politiques sont d’une incroyable incapacité à distinguer leurs propres intérêts des préoccupations de la grande majorité de leurs concitoyens. L’on peut comprendre que beaucoup de personnes voyaient en la Transition un processus de rupture définitive d’avec les prébendes politiques dont ils bénéficiaient depuis de longues dates. Mais que l’on aille jusqu’à affirmer publiquement que ce coup d’Etat rejeté par le peuple qui a organisé la résistance et qui a bénéficié du soutien de certaines organisations régionales et internationales était le moindre mal par rapport au régime de transition, il y a un minimum de décence morale et intellectuelle que certains n’ont pas hésité à franchir.

Comment comprendre ce refus d’accepter que ce putsch barbare et sauvage a échoué grâce d’abord à la résistance du peuple souverain et ensuite au rejet de la communauté internationale face à laquelle, même les amis présidents des putschistes ont dû se résoudre à les abandonner ? Si le  putsch était si légitime que ça, avaient-ils besoin de l’argent de leurs amis de la Côte d’Ivoire pour envoyer des jeunes gens dans la rue pour des manifestations de soutien aux putschistes ? Pourquoi leurs appels à manifester ont tous essuyé des échecs cuisants ? Pourquoi leur champion a fini par jeter l’éponge et à se réfugier dans une enclave diplomatique ? Pourtant, en face, ceux qui sont sortis pour résister n’ont pas été payés pour le faire.

Comme l’a si bien chanté Feu Hamidou Valian du Groupe de Slam Qu’on Sonne et Voix ailes, «Mourir pour sa patrie, qu’y a-t-il de plus noble. Tuez pour régner à vie, il n’y a rien de plus ignoble. L’histoire a ses tragédies, qui révèlent les grands hommes et enterrent dans l’oubli, ceux des plus médiocres. Force, honneur à tous  ses fils intègres!  Du Capitaine Sankara, capitaine sans pareille, au plus anonyme de nos martyrs … Force et honneur à tous ses fils et filles encore débout … Pour que la lutte continue, pour que la lutte continue… » Et 14 Burkinabè sont tombés sous les balles assassines des putschistes. Des centaines d’autres gardent encore les séquelles de leurs blessures.

A quelques exceptions près, les accusés se succèdent à la barre, rivalisent de déni des faits et des réalités. Même ceux qui reconnaissent avoir soutenu les putschistes ne se reprochent rien du tout. Certains comme Léonce Koné qui reconnaît avoir reçu de l’argent (50 millions) de la Côte d’Ivoire et avoir signé la déclaration de soutien au Conseil national pour la démocratie (CND, l’organisme politique des putschistes) et à son président le Général Gilbert Diendéré, affirment n’y avoir joué aucun rôle. Ils ont déjà oublié que ce n’est pas de gaité de cœur qu’un putschiste abandonne son initiative malheureuse. Il était sous la forte pression des manifestations de rue et de la mobilisation de ses frères d’armes pour sa reddition.

Le  putsch manqué de septembre 2015 a été une tragédie de l’histoire récente du Burkina Faso qui a révélé la grandeur de son peuple, surtout sa jeunesse. Elle est en passe de ranger dans les poubelles de l’histoire, ceux qui ont cru qu’ils pouvaient verser allègrement le sang de leurs compatriotes et continuer impunément à boire leur petit lait. Ils se sont trompés d’époque. D’ailleurs, ils continuent de se tromper. A moins que derrière les dénis et les arrogances, ne se cachent des plans B pour échapper à ces responsabilités devant la loi. Pour certains comme Herman Yaméogo et Léonce Koné, quelle que soit l’issue de ce procès, ce sera une fin de carrière politique des moins enviables. Ils auraient pu se saisir de ce procès pour sortir honorable de la scène. Malheureusement, l’on a assisté à de vaines tentatives de rejeter la responsabilité de leurs malheurs sur la Transition. C’est cette haine (toujours tenace plus de trois ans après) contre la Transition qui les a conduits là où ils sont. Elle risque de les perdre définitivement. Comme bien d’autres accusés d’ailleurs.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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