Réconciliation d’accord, mais responsabilités d’abord!

Le vendredi 18 décembre prochain, le Conseil d’Etat se prononcera sur la conformité du décret d’extradition de François Paul Compaoré, frère cadet du président déchu Blaise Compaoré. On le sait, l’ancien petit président est l’un des suspects sérieux dans le dossier Norbert Zongo.

Suite à la demande du gouvernement du Burkina Faso, consécutivement au mandat d’arrêt international décerné contre lui par le juge en charge de l’instruction du dossier des suppliciés de Sapouy, après sa réouverture en 2015, la Cour d’appel de Paris avait émis un avis favorable. Cet avis a été attaqué devant la Cour de cassation qui l’a confirmé. Pour donner suite donc à cet avis favorable de la Justice, le Premier ministre avait pris un décret d’extradition, et comme il fallait s’y attendre, François Compaoré et ses Avocats ont introduit un recours contre ledit décret devant le Conseil
d’Etat.

Ce dernier va donc se pencher sur leur requête. Si le décret est déclaré conforme, normalement, plus rien ne peut s’opposer à l’extradition du sieur François Compaoré vers Ouagadougou. Certes, il peut introduire un recours
devant la Cour européenne des droits humains, mais cela n’est pas, dit-on, suspensif de la procédure d’extradition.

Ce qui arrive à François Compaoré doit interpeller tous les petits seigneurs qui rodent autour du pouvoir et se croient tout permis. La toute puissance du moment ne doit pas faire oublier que la roue de l’histoire tourne, irrémédiablement, et que l’on peut passer des hauteurs de l’Etat au fond des abîmes quand on se laisse emporter par les vertiges du pouvoir. Chacun doit pouvoir assumer ses actes et répondre devant le tribunal de l’Histoire ou de la Justice. Point n’est donc besoin de crier à la vengeance, parce qu’il
s’agit de François Compaoré.

Ailleurs, et pour moins que ça, des hommes qui ont occupé des positions bien plus hautes et plus puissantes que celle de petit président sont attraits devant la Justice sans que l’on crie à la vengeance. Le cas de Nicolas Sarkozy, poursuivi par la Justice de son pays, est assez illustratif. Ni son parti politique, ni ses partisans n’ont appelé à le relaxer ou accusé la Justice d’être instrumentalisée. Ses anciens ministres n’ont rien dit. Les militants ne sont pas sortis pour l’accompagner triomphalement jusqu’au palais et menacer de tout casser et de tout brûler. Sarkozy se défend seul avec sa
famille et ses Avocats. Personne ne fait de déclaration de soutien.

Pourtant ici, pour un crime aussi abominable que celui commis à Sapouy le 13 décembre 1998, l’on voit des gens appeler à l’apaisement, à la réconciliation, ou encore à la justice transitionnelle. C’est à peine si l’on ne veut pas rendre les hommes politiques irresponsables dans les actes qu’ils posent pendant leurs périodes de puissance et de jouissance. Les politiques veulent absoudre leurs responsabilités individuelles dans les dérives de leur gestion du pouvoir d’Etat dans des processus de réconciliation. Ainsi, la réconciliation nationale a été l’une des thématiques centrales de la campagne des élections législatives et présidentielle du 22 novembre.

Aussi bien le vainqueur que les vaincus en ont fait l’essence de leur offre politique. Mais quel contenu donne tout ce beau monde à la réconciliation nationale dans un contexte comme celui du Burkina Faso ? Quelle place les institutions occupent-elles dans ces offres politiques quand des Burkinabè ont été assassinés et brûlés par d’autres sans que justice soit rendue 22 ans
après ? Les ayants droit de Norbert Zongo et de ses trois compagnons ainsi que ceux de toutes les victimes des crimes politiques aimeraient bien comprendre ces offres qui frisaient l’insouciance et l’irresponsabilité.

Réconciliation d’accord, mais responsabilité, vérité et justice d’abord. Les bourreaux et leurs amis ou semblables ne peuvent pas être ceux qui décrètent la réconciliation nationale.

Boureima OUEDRAOGO
Ecrit par
Boureima OUEDRAOGO

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Nunc rhoncus sagittis tortor, a posuere tellus cursus suscipit. Pellentesque euismod aliquam lectus vel aliquet.

Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Boureima OUEDRAOGO Ecrit par Boureima OUEDRAOGO