RESTAURANT CHEZ SIMON: Une puanteur d’évasion fiscale !

Grand restaurant de la capitale, il ne désemplit pas. Comme d’autres, la renommée du restaurant « Chez Simon » fait la fierté de ses promoteurs. Ce n’est pas un restaurant qui fait la fine bouche côté affaire. Ce serait donc faux de dire que les affaires ne marchent pas. Il tient la route depuis bientôt 20 ans. Cependant, à y voir de près dans les chiffres de cette société, quelque chose cloche ! 

Par Aimé NABALOUM

 

 

Le restaurant «Chez Simon» n’est certainement plus à présenter à Ouaga. Du moins pour les Ouagalais d’une certaine classe. On y passe de bons moments. Le cadre enchanteur accueille du monde chaque jour. Mais, pendant de longues années, au fisc, la  maison a laissé percevoir une santé financière des plus misérables. Les chiffres présentés tentent de montrer qu’elle est régulièrement déficitaire. Pour une société régulièrement déficitaire mais jamais fermée, cela crée forcément une curiosité. Il faut y voir clair.

En 2012, la société s’en sort avec un résultat net de 444 651 FCFA. Apparemment rien d’anormal, sauf que le résultat net des années antérieures, à savoir 2011, 2010 sont des pertes respectivement de 18 000 000 FCFA et de 23 000 000 FCFA. Est-elle revenue en surface en 2012 avec des chiffres reluisants ? Rien n’est moins sûr. Il y a un hic. Pendant que certains documents font ressortir un capital de 2 000 000 FCFA en 2012, d’autres affichent, pour la même année, un capital qui est subitement passé à 24 000 000 FCFA.  Curieux ! Vient alors, l’année 2013 où cette fois-ci, le capital est ramené 2 000 000 FCFA. Quelle gymnastique ! La société a fait à nouveau une perte sèche à hauteur de 32 000 000 FCFA au résultat net pour l’année 2013. Le plus curieux demeure que pendant que les comptes sont au rouge, la société a fait un emprunt de 27 000 000 FCFA. C’est à ne rien comprendre. Les chiffres sont manipulés. Ça fait perdre la tête !

Mais, il n’y a pas que cela de bizarre. La société semble exceller dans le flou. Il apparait par moments difficile de faire la distinction entre ce qui revient à la société et ce qui revient au responsable de la société. Des chèques de clients libellés au nom du restaurant sont déposés sur un compte dans une banque française de la place. Il se trouve que ledit compte est régulièrement visité et vidé avec un montant de retrait à ne pas dépasser. Une fois le dépôt effectué, il suffit juste d’attendre que la date de valeur soit effective, soit quelques 72h, et les retraits commencent. Ils se font par petits montants avec un maximum de 292 000 FCFA jusqu’à ce que le compte n’en possède plus grand-chose en attendant un prochain approvisionnement. Et le cycle se poursuit. Tout indique que les retraits se font via une banque libanaise à l’autre bout du monde ou par d’autres terminaux de payements. En voici quelques exemples de versements effectués et des retraits opérés. Un premier client est une grosse entreprise de la place spécialisée dans la vente de matériaux qui paye sa facture par chèque d’un montant de 272 700 FCFA. Ledit chèque est déposé le 13 décembre 2013. Le chèque du deuxième client est de 135 000 FCFA et le troisième client, un dispensaire bien connu, signe un chèque de 556 000 FCFA. Tous sont déposés sur le compte, et comme toutes les autres fois, les retraits sont automatiquement opérés, vidant régulièrement le compte. Toute chose qui frise le blanchiment et l’évasion de capitaux puisque sans traces pour le restaurant, et les impôts n’y verront rien ainsi que la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) et la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) toutes chargées de veiller sur ces types d’opérations.

Nos tentatives d’avoir des explications avec le responsable du nom de Baaklini Abdo ont été vaines. Au premier rendez-vous pour comprendre cette santé financière et les pratiques bizarres, nous avons été renvoyés au prétexte que nous pourrions être poursuivi parce que ce que nous disons sur les bizarreries financières sont « très graves ». « Je n’ai rien à vous dire, monsieur », nous a-t-on répondu. Nous avons dû rebrousser chemin sans entretien, donc sans explications. Nous décidons de repartir une deuxième fois pour rencontrer Baaklini dans l’espoir toujours de comprendre. Au bout de ce second échange dans les bureaux de la société, nous nous entendrons dire tout simplement que « c’est faux » tout ce que nous avons comme information. « Pendant 18 ans, je n’ai jamais eu de problème ; je suis en règle », dit-il. Cependant, le sieur Abdo confiera que ce que nous avons comme information est le fruit d’une cabale orchestrée par un de ses anciens collaborateurs afin de lui nuire. Mais la question reste pendante, avons-nous rétorqué. « C’est faux, je sais que je suis en règle ». A la question de savoir qui serait cet ancien collaborateur afin que nous puissions le rencontrer pour en savoir davantage, point de réponse. Il en est de même de la personne qui tient la comptabilité du restaurant. A ce qu’on dit, elle n’est pas inscrite au tableau des comptables et experts comptables du Burkina. Nous avons voulu prendre rendez-vous pour nous expliquer mutuellement certains chiffres qu’elle manipule quotidiennement. Là également, c’est un silence total. Pour elle, tant qu’elle ne saura pas d’où nous tenons son contact téléphonique, elle ne saurait nous rencontrer. Affaire à suivre !

Avatar
Ecrit par
Le Reporter
Voir tous les articles
Ajoutez votre commentaire

Avatar Ecrit par Le Reporter

Nous suivre sur…