Révocation des agents publics : que force reste à la loi !

Le Conseil des ministres, en sa séance du mercredi 27 mai 2020, a décidé, entre autres, de la révocation de trois agents du ministère de l’Economie, des Finances et du Développement pour «fautes professionnelles d’une extrême gravité». Les faits remontent aux mouvements de grève en mars dernier, dans le cadre de la lutte contre l’extension de l’Impôt unique sur le traitement et salaires (IUTS) aux primes et indemnités des agents publics. Les images avaient fait le tour des réseaux sociaux. Une dame, un agent dudit ministère, avait été violemment prise à partie par trois de ses collègues. La scène avait suscité la révolte chez bien des Burkinabè. Et le Syndicat autonome des agents des impôts et des domaines (SNAID) avait entrepris une médiation qui a abouti à une réconciliation entre les 4 agents. Toute chose qui n’engage en rien le gouvernement.

De leur côté, les autorités du ministère avaient promis que ces actes ne resteraient pas impunis. L’opinion avait pratiquement oublié cet incident  malheureux. Mais voilà qu’en ce mercredi 27 mai, la nouvelle a surpris plus d’un. L’on apprend, par la suite, que les agents auraient été mis à pied avant cette décision. Mais à peine a-t-elle été rendue publique que la coordination des syndicats du ministère de l’Economie et des Finances s’est réunie et a conclu à des sanctions arbitraires et exigé leur levée sans délais et sans condition. Elle se réserve le droit d’entreprendre des actions pour contraindre le gouvernement à revenir sur sa position et à réintégrer les agents licenciés.

Sans se réjouir de ce qui arrive à ces trois agents publics, il convient tout de même de rester logique avec soi-même. Nous avons passé tout le temps à interpeller le gouvernement de son manque de fermeté par rapport à un certain nombre de manquements à l’éthique du bien public. Bien des Burkinabè ont été choqués par la violence de la scène qui nécessitait une réaction appropriée en vue de restaurer la liberté d’aller ou non en grève dans l’administration publique.

Si la sanction qui frappe aujourd’hui ces agents est conforme à la législation du travail et celle régissant la Fonction publique, l’honnêteté intellectuelle exige de reconnaître au gouvernement le mérite de l’avoir prise. Il faut même espérer que ce soit le début d’une restauration de l’autorité et la rigueur de l’Etat dans l’administration publique.

En tous les cas, nous sommes dans un Etat de droit. Les agents concernés ont donc des voies de recours. Ils doivent pouvoir saisir les tribunaux compétents pour défendre leur cause. Et la Justice doit examiner avec la plus grande impartialité et toute la rigueur qui sied, leur requête et y faire droit. Si le gouvernement les a arbitrairement sanctionnés en violation des procédures en la matière, qu’ils soient rétablis dans leurs droits. Si par contre, la Justice donne raison au gouvernement, il faudra en tirer toutes les conséquences. Si, comme l’a écrit la coordination des syndicats, les sanctions sont arbitraires, la Justice les rétablira dans leurs droits. Ils ne seront pas les premiers dans cette situation. D’autres agents publics, en l’occurrence des policiers et des gardes de sécurité pénitentiaire (GSP) avaient été licenciés par le gouvernement mais ont gagné leur procès et ont été réintégrés ou doivent l’être impérativement.

Le plus grand service que la coordination des syndicats peut rendre à ses militants aujourd’hui, c’est de les aider à s’offrir les meilleurs Avocats pour défendre leur cause partout où besoin. Tout autre initiative relèverait d’une fuite en avant et d’une tentative de soustraire des citoyens burkinabè aux exigences de l’Etat de droit. Certes, les succès des luttes syndicales dépendent des rapports de force. Mais engager un bras de fer sur cette affaire avec le gouvernement sans avoir préalablement épuisé les voies de recours serait indiscutablement un précédent grave qui pourrait ne pas tourner en leur faveur.

Vivement donc, que force reste à la loi et qu’elle s’applique dans toute sa rigueur !

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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