SECURITE EN 2017 : Une année macabre pour le Burkina

Comme nous l’avons souligné dans plusieurs éditions au cours de cette année 2017, le Burkina Faso est désor­mais dans le viseur des terroristes. Il est passé de base-arrière à la position de cible. Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvaise augure, il est malheureusement à craindre que les attaques et autres incursions criminel­les dans diverses parties du territoire ne se poursuivent et même s’accentuent. Tout porte à croire que l’option est désormais de rendre le pays ingouvernable et de faire fuir les partenaires et les investisseurs.

 

En décembre 2016, un détachement des forces armées à Nassoumbou, dans la pro­vince du Soum, a été décimé par le premier groupe terro­riste burkinabè, Ansarou islam, dirigé par le prédica­teur Malam Ibrahim Dicko. L’on avait cru que cette bar­barie allait sonner le réveil des autorités et des Forces de défense et de sécurité pour traquer et mettre hors d’état de nuire ce groupe naissant. Mais l’année 2016 a été encore sanglante sinon plus sanglante que 2017, même si vers la fin, des vic­toires ont été enregistrées face à ces groupes de crimi­nels.

Le Sahel burkinabè, notam­ment la province du Soum, semble avoir été sous le contrôle des terroristes qui entrent et ressortent malgré les opérations militaires conjointes avec les forces armées maliennes, nigérien­nes et des forces Barkhane (armée française). Mieux, ces terroristes sont passés à une autre étape dans cette zone avec l’usage de mines et engins explosifs. Ces pra­tiques contribueront forte­ment à réduire l’opération­nalité des Forces de défense et de sécurité peu équipées pour y faire face. L’on a passé pratiquement toute l’année à compter les morts avec des assassinats ciblés, des attaques d’écoles et de services administratifs, des positions des Forces de défense et de sécurité, etc. L’attaque du café Aziz Istanbul le 13 août, à seule­ment 200m du Cappuccino et de Splendid Hotel, un an et demi après la première attaque, indique clairement que Ouagadougou peut encore être frappé à tout moment.

Les incursions dans la Boucle du Mouhoun (Djibasso) à deux reprises en l’espace de deux mois, dans la région du Nord, notam­ment dans la province du Yatenga, sont aussi des signes que le champ d’ac­tion de ces groupes n’est pas seulement limité au Sahel et à la capitale Ouagadougou. Entre la première attaque d’octobre 2015 à Samorogouan et l’attaque du 13 août en passant par celles de 2016, les assassi­nats ciblés ou aveugles dans le Sahel, à Djibasso et au Yatenga, le décompte maca­bre a déjà franchi allègre­ment la barre des 100 victi­mes. Et ça continue ! Ça devient même quotidien.

La sécurité est aujourd’hui un défi majeur de gouver­nance mondiale. Le Burkina Faso, du fait de son histoire et de sa géographie, ne peut nullement prétendre au développement sans y accorder toute l’énergie nécessaire et mobiliser le génie de toutes ses forces vives. Après les attaques du 15 janvier 2016, tout devait être mis en œuvre pour équiper convenablement les Forces de défense et de sécurité (moyens humains et logistiques nécessaires) pour la traque des forces du mal. La réorganisation et le ren­forcement des capacités et des dispositifs opérationnels devaient être des préoccu­pations urgentes.

Malheureusement, tout cela reste encore des questions latentes plus d’un an après. Sans jouer les experts, le gouvernement semble avoir fait preuve d’un laxisme inacceptable. A-t-on réelle­ment mis les hommes et les femmes à la place qu’il faut, aussi bien au niveau gouver­nemental que dans la hié­rarchie du commande­ment ? A-t-on géré avec toute la rigueur et la fermeté requises, les menaces inter­nes et externes à la stabilité politique institutionnelle ? A- t-on mis à la disposition des Forces de défense et de sécurité tous les moyens logistiques dont elles ont besoin pour faire face aux menaces terroristes et sur­tout pour réagir prompte­ment, chaque fois que nécessaire ? A-t-on créé les conditions d’une mobilisa­tion de la grande majorité et d’une franche collaboration des Burkinabè avec les Forces de défense et de sécurité ? Voilà autant de questions que nous nous sommes posé dans plusieurs éditions.

Nous terminons l’année sans y trouver des réponses rassurantes. D’autant plus qu’il y a d’im­portants dysfonctionnements dans les dispositifs et systè­mes de renseignements qui n’ont pas toujours permis de prendre en charge certaines informations avant la surve­nue des attentats. En effet, dans un rayon d’un kilomè­tre autour de Kwamé Nkrumah, l’on retrouve la Base aérienne, le Commissariat central de police de Ouagadougou, la Direction générale de la Police nationale, la Sûreté de l’Etat, le camp Guillaume Ouédraogo, l’Etat-Major général des armées et le plus grand camp de la Gendarmerie nationale, etc. Cette zone devrait logique­ment être des plus sécurisées du pays. Mais hélas, la réalité est tout autre.

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