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SITUATION NATIONALE : Un enchaînement de malheurs pour entamer 2019 !

Une folie meurtrière semble s’emparer du Burkina Faso en ce début d’année 2019. De la nuit sanglante de la Saint Sylvestre et jours suivants à Yirgou dans la commune rurale de Barsalogo et villages environnants à cette matinée effroyable à Nafona dans la  région des Cascades, en passant par cette journée de barbarie à Gasseliki dans la région du Sahel, des dizaines de Burkinabè sont restés sur le carreau, assassinés par des terroristes ou par leurs frères. La comptabilité macabre a atteint déjà un seuil effroyable en deux semaines (presqu’une centaine de morts). Et ce n’est  pas tout  ! L’on a dépassé la barre de 50 000 Burkinabè qui ont fuit leur village et pour sauver leur peau dans des camps de réfugiés (ou de déplacés internes selon les termes consacrés). De nouvelles écoles sont fermées dans la province du Sourou, jetant encore de milliers d’autres enfants du peuple dans la rue et des centaines d’enseignants en chômage technique. Pendant ce temps, du côté du gouvernement, l’on ne perçoit aucun signe de nature à susciter l’espoir. Deux semaines après l’instauration de l’Etat d’urgence, prorogé pour six mois, l’on ne voit rien venir. La nation est en train de toucher le fond. Et il faut un sursaut d’orgueil au sommet  de l’Etat afin de susciter le sursaut patriotique à tous les niveaux. Il faut  un commandant  dans le bateau de plus en plus ivre.

Le village Yirgou-Foulbé dans la commune rurale de Barsalogo (région du Centre-Nord), inconnu de la grande majorité des Burkinabè jusqu’au 1er janvier 2019, est désormais l’illustration flagrante de la faillite de l’Etat, de la crise de la gouvernance, des incohérences et  inconséquences des dirigeants. En cette nuit de transition entre les années 2018 et 2019, une attaque terroriste a réveillé le monstre qui sommeillait en beaucoup d’habitants de ce village, causant le massacre de dizaines de peulhs de plusieurs villages de la commune et de celle d’Arbinda. En effet, les assassinats du chef de village, de son fils et 5 autres de ses proches ont suscité la colère des populations du village, notamment des koglwéogo qui ont engagé les courses poursuites contre les agresseurs qui auraient disparu dans un campement peulh. Aux yeux donc des justiciers de Yirgou, la  complicité des peulhs avec les terroristes est ainsi établie. En représailles, ils ont massacré la communauté peulh pour venger le chef et les 6 autres victimes.

La barbarie aurait duré pratiquement 3 jours, sans que l’Etat ne se signale. Et le bilan officiel fait état de 49 morts, soient 42 victimes des représailles. Mais ces chiffres sont contestés par bien des acteurs. Le Collectif contre l’impunité des crimes de Yirgou et contre la  stigmatisation des communautés (CISC), né suite à  ce drame, évoque 70 morts. Du reste, 49 personnes tuées, c’est plus que trop. Le président du Faso s’y est rendu et a même fait un message à la  nation. Depuis, ce sont des ballets d’officiels qui s’y rendent avec leurs cortèges de condamnations et de soutiens moraux et matériels.

Au-delà de la vague d’indignations et de réprobations au niveau national, ce drame de Yirgou suscite encore beaucoup d’interrogations dont il va falloir trouver à tout prix et dans de meilleurs délais, des réponses si réellement l’on veut éviter d’autres dérives de ce genre.

Comment des communautés qui vivaient depuis de longues dates en harmonie, du moins en apparence, ont pu radicalement basculer en une seule nuit à une telle animosité au point qu’une partie massacre sauvagement l’autre ? Pourquoi les assassinats du chef de village et de 6 autres par des groupes armés non identifiés ont plutôt suscité ces massacres à grande échelle au lieu de renforcer la cohésion ? L’argument de représailles contre les Peulhs accusés de complicité avec les agresseurs peut-il justifier une telle horreur ? Y avait-il un conflit qui couvait depuis de longues dates entre les communautés ? Pourquoi les forces de  sécurité n’ont pas été déployées immédiatement pour rétablir l’ordre ? Est-ce réel que le défunt chef avait déjà interpellé les pouvoirs publics sur l’existence dans la zone d’hommes armés aux intentions suspectes ? Si oui, pourquoi les autorités n’ont-elles pas pris de mesures pour anticiper sur la survenue de ce drame ? Y aurait-il eu ce massacre si le  gouvernement avait pris ses responsabilités face aux Koglwéogo qui défient l’autorité de l’Etat et les principes de l’Etat de droit depuis trois ans ? Pourquoi  plusieurs jours après le massacre de Yirgou, les Koglwéogo ne sont toujours pas désarmés ? Pourquoi  tant d’impunité pour ces groupes qui ont déjà endeuillé plusieurs familles burkinabè?

Yirgou, un appel à anticiper sur d’autres drames de plus grande ampleur

Le drame de Yirgou n’est qu’une manifestation de la crise profonde qui ronge l’Etat depuis des décennies mais qui s’est malheureusement aggravée par le déficit de plus en plus criard d’autorité de l’Etat. Avant Yirgou, il y a eu plusieurs cas où des citoyens ont été tués ou chassés de certaines localités du pays, des communautés ont subi le traumatisme de la stigmatisation du fait de leur appartenance ethnique ou leur origine.

Yirgou interpelle la communauté nationale mais surtout les gouvernants sur au moins trois questions majeures : l’impératif d’un dialogue national sur les valeurs fondamentales partagées du vivre ensemble apaisé incluant la question ethnique ; la problématique Koglwéogo qui devrait être discutée sans passion mais surtout avec lucidité, responsabilité, pragmatisme et sans calculs politiciens ; et enfin, l’union sacrée autour de la défense de l’intégrité du territoire national et la protection des personnes et des biens.

Longtemps considéré comme un tabou dans le débat public du fait de sa sensibilité, le fait ethnique ou régionaliste est devenu l’un des grands défis de la construction d’une véritable collectivité nationale forte et riche de sa diversité. Il faut désormais crever l’abcès. La tragédie de Yirgou est une gifle magistrale pour réveiller les consciences endormies et insouciantes et leur rappeler que, loin de la capitale Ouagadougou (et même là-bas) et des cercles de pouvoirs avec leurs lots quotidiens de querelles   politiciennes, de chocs des ambitions boulimiques et des luttes pour des intérêts individuels ou de groupes, se jouent des drames humains qui méritent plus d’égards, d’énergie, d’intelligence collective. Depuis le massacre de Yirgou, la  question de la stigmatisation des communautés, notamment de la communauté peulh, est apparue avec fracas dans le débat public. Il faudrait aller au-delà de l’émotion pour convoquer un débat national sur l’urgence de repérer les valeurs qui fondent et consolident la cohabitation pacifique, la solidarité et l’acceptation de la diversité des communautés qui composent le Burkina Faso et ses « territoires locaux ». Ce débat peut s’inscrire dans la réforme de la décentralisation en créant les conditions réelles de gouverner au plus proche des populations dans leur diversité. Le renforcement de la démocratie locale et de la citoyenneté doit s’appuyer sur une nouvelle ingénierie institutionnelle fondée  sur l’inclusion sociale et l’intégration des marges et des minorités. C’est ainsi que l’on pourrait corriger les déséquilibres dans la gouvernance locale et renforcer le sentiment d’appartenance à une communauté de destin au plan national.

La tragédie de Yirgou relance également le débat sur le phénomène Koglwéogo. En effet, accusés d’être les principaux auteurs des massacres des Peulhs, ces groupes d’auto-défense ou milices privées refont encore parler d’eux en mal. Ils auraient froidement abattu leurs compagnons issus de la communauté peulhe avant de s’en  prendre aux membres de cette communauté accusée de complicité avec les terroristes. Les Koglwéogo, comme à leurs habitudes, se sont arrogé le droit de punition. Cette fois, la sentence n’est ni plus ni moins que la peine de mort. Et ils n’ont pas fait dans la dentelle. Avant Yirgou, les Koglwéogo se sont tristement illustrés dans plusieurs localités et dans plusieurs situations qui ont entraîné des pertes en vies humaines (Tialgo dans le Sanguié, Karangasso Vigué dans le Houet, et même à Ouagadougou, etc). Accusés par les témoins d’être les exécutants de cette barbarie indigne du genre humain, les Koglwéogo viennent, au nez et à la barbe de la République, de commettre l’un des plus graves massacres de l’histoire de ce pays. Et le pire, c’est qu’ils continuent de défier impunément l’Etat en s’appropriant les biens, notamment les animaux de leurs victimes.

Une fois de plus, ils se sont illustrés tristement par leur propension à se mettre au-dessus de la loi et des institutions, à défier l’autorité de l’Etat qu’ils bafouent. On les a même vus toujours armés, lors de la visite du président du Faso. Jusque-là, sauf méprise de notre part, aucun d’entre eux n’est encore inquiété. De plus en plus, des voix s’élèvent pour exiger leur démantèlement et la fin de l’impunité de leurs crimes. Le gouvernement qui louvoie depuis trois ans maintenant face aux dérives des Koglwéogo a une nouvelle opportunité d’agir et de remettre de l’ordre. Soit ces groupes se conforment au décret N °2016-1052/PRES/PM/MATDSI/MJDHPC/MINEFID/MEEVCC, portant définition des modalités de participation des populations à la mise en œuvre de la police de proximité, soit le gouvernement assume ses responsabilités en les démantelant purement et simplement.

Face à l’impossible maillage du territoire par les Forces de défense et de sécurité, ce décret a été adopté en vue d’intégrer les initiatives locales de sécurité (ILS) dans le dispositif légal de la mise en œuvre de la politique de sécurité intérieure. Cela permet de formaliser les Koglwéogo en structures associatives reconnues conformément à la loi portant liberté d’association, dont l’action est limitée à un ressort territorial circonscrit soit au village soit au secteur. Ses membres ne devraient donc ni porter illégalement des armes, ni interpeller, séquestrer et torturer de présumés voleurs ou autres suspects de crimes ou délit encore moins imposer des amendes (voir articles 6 à 12 dudit décret).

Une troisième option pourrait consister en une relecture de ce décret pour tenir compte des exigences actuelles de lutte contre le terrorisme et de l’implication attendue des populations. Quoi qu’il en soit, le phénomène Koglwéogo doit être examiné avec la plus grande rigueur afin de trouver des solutions définitives. Autrement, ces groupes risquent de provoquer des drames plus graves que Yirgou. Le gouvernement devrait être tenu pour responsable d’éventuels nouveaux dérapages des koglwéogo. Une troisième voie pourrait être une relecture courageuse du  décret pour tenir compte des enjeux actuels de lutte contre le terrorisme, notamment l’urgence pour les populations de se mobiliser pour participer à la lutte contre les forces du mal et la collaboration impérative des populations avec les FDS. Toute  chose qui implique des sanctions de toutes les dérives tout comme les bavures des éléments des FDS. Le gouvernement doit rapidement mettre fin à l’impunité des Koglwéogo, à cet esprit et à ces pratiques de hors-la-loi qui les caractérisent.

De l’union sacrée autour de la défense de la patrie en danger, l’on en parle depuis l’avènement du Président Kaboré. Malgré le contexte du terrorisme, le pouvoir peine à trouver la démarche, le discours et les moyens appropriés pour mobiliser la communauté nationale sur l’urgence de sauver le pays, au-delà de tous les antagonismes politiques. Si fait que le gouvernement se retrouve à faire face à plusieurs fronts entre lesquels il se perd. Face à la situation de menace des fondements mêmes de la République, le président du Faso doit pouvoir mobiliser toutes les énergies positives au-delà de son camp politique. Il ne s’agit pas d’aller à des solutions politiciennes du genre gouvernement d’union nationale juste bonnes pour partager des prébendes à des acteurs gloutons et peu soucieux des problèmes réels du pays. Il s’agit de consulter l’ensemble des composantes sociopolitiques sur la situation, de recueillir leurs appréciations de la situation et leurs propositions.

Ensuite, il faut faire appel à des acteurs désintéressés, aux compétences et à la sagesse reconnues par la communauté nationale, capables de faire une analyse sans complaisance de la situation en rapport avec les contributions des différentes composantes consultées et de proposer des actions fortes et exécutoires par le gouvernement. C’est autour de ces actions fortes que l’on peut mobiliser tous les Burkinabè de bonne foi, quelle que soit leur appartenance politique. Ce travail aurait été des plus aisés si le président du Faso s’était entouré d’hommes et de femmes d’expériences, crédibles et pouvant justifier des qualités intellectuelles et morales à la hauteur des défis. Malheureusement, le constat est là. Le président  semble terriblement trop seul. En tout cas, son équipe a du mal à lui proposer le discours, les gestes et les actes qu’il faut, selon les circonstances. La volonté de bâtir l’union sacrée ne se proclame pas. Elle s’exprime à travers une offre politique soutenue par un  discours qui parle et convainc les autres. Mais il n’est pas tard, le président peut mettre en place une cellule stratégique chargée de l’accompagner dans la gouvernance quotidienne de l’Etat et dans sa communication avec ses compatriotes.

Un déchaînement des malheurs qui inquiète

Yirgou est-il le drame de trop ? Certainement non ! Loin de jouer les prophètes de l’apocalypse, l’on ne peut que constater que les Burkinabè ne sont pas encore au bout de leurs peines. Il y a un enchaînement de faits qui n’incite pas à l’optimisme. En effet, à peine 10 jours après ce drame, c’est Gasseliki dans la Commune d’Arbinda, qui se signale avec une invasion meurtrière des forces du mal qui a fait 12 morts, plusieurs blessés et des centaines de déplacés. On n’a pas fini de pleurer ces morts, qu’une nouvelle effroyable, comme une traînée de poudre, envahit tout le pays. Deux policiers en mission d’interpellation, sur ordre du Procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Banfora, ont  été lynchés à mort par les populations dans le village de Nafona, dans la région des Cascades. Dans la foulée, une dame a perdu la vie. Il aurait fallu de longues négociations pour que les villageois acceptent l’enlèvement des corps des policiers.

A l’extrême Est, dans la  province de la Tapoa, un agent des Eaux et Forêts en mission de lutte contre le braconnage, a été victime d’agression mortelle de la part des délinquants. Sans être exhaustifs, ces quelques faits aussi graves les uns que les autres viennent renforcer les peurs et les craintes pour la paix et la stabilité au Burkina Faso. A ce déchaînement des malheurs, s’ajoutent d’autres questions importantes toujours pendantes comme les négociations entre le gouvernement et les syndicats de l’éducation et la grève des gardes de sécurité pénitentiaire qui paralyse la Justice depuis de longs mois déjà.

2019 s’annonce comme une année charnière et le Président Kaboré va devoir s’assumer enfin ! Il n’a d’autre choix que de revoir son entourage immédiat et de relooker son gouvernement. S’il ne le fait pas, il risque de pousser le pays dans le précipice. L’on annonce un remaniement ministériel imminent.

Mais il faut aller au-delà des changements de personnes pour faire appel aux hommes et femmes qu’il faut à la place qu’il faut. Le pays regorge tellement de compétences. Il faut seulement les rechercher en évitant de leur coller une étiquette ou une couleur politique. En tous les cas, si le Président Kaboré ne le fait pas, il serait tenu responsable de la grave crise qui menace d’exploser la République. A défaut d’être la réponse, Roch Kaboré doit, à tout prix, éviter le problème. Or, tout semble indiquer que le vrai problème du Burkina, c’est lui et son refus d’assumer ses responsabilités face aux défis du moment et à l’incompétence avérée de certains de ses hommes.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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