Suspension de l’URCB et de l’OTRAF : encore une occasion manquée

Entre le 25 et le 29 août derniers, le mouvement d’humeur des membres de l’Union nationale des chauffeurs routiers du Burkina (URCB) a plombé le pays, notamment la capitale Ouagadougou,  dans une pénurie de produits pétroliers avec un impact certain sur l’activité économique et le fonctionnement de l’administration. Par cette énième saute d’humeur, les routiers  entendaient obtenir la démission du patron de leurs patrons, à savoir le président de l’Organisation des transporteurs du Faso (OTRAF), Issoufou Maïga. Ils l’accusent de s’être octroyé un monopole de fait sur le fret burkinabè au port de Lomé (Togo) et d’avoir manqué de respect à l’un des leurs. Pas plus ni moins. Voilà donc deux raisons qui justifient le blocus des corridors donnant accès à la capitale burkinabè et de l’intérieur du pays pour son ravitaillement en marchandises diverses et surtout en produits pétroliers.

Quand le crapaud sort de la marre et dit que le caïman a mal aux yeux, l’on ne peut que lui donner raison.  En effet, entre l’OTRAF  et l’UCRB, c’est comme entre l’arbre et l’écorce. Il faut se garder d’y mettre le doigt. C’est un mariage de raison entre des acteurs qui se bagarrent régulièrement sur la gestion des intérêts mais qui finissent toujours par s’accorder pour sauver l’essentiel de ce qui les unit. En décembre 2014, les chauffeurs routiers soutenus par quelques transporteurs avaient exigé et obtenu la tête du président de l’Organisation des transporteurs du Faso (OTRAF) à travers des manifestations  sauvages à Ouagadougou. Ils ont ainsi débarqué en plein midi l’ancien président, ouvrant ainsi sa succession par Issouf Maïga.

Ce n’est  donc pas la première fois que les chauffeurs chassent le patron de leurs patrons ou entravent l’approvisionnement du pays en produits essentiels. En mars  2015, toujours sous la houlette de l’URCB, ils avaient organisé une grève au cours de laquelle, ils avaient bloqué tous les corridors pour exiger une augmentation de leur salaire. En août 2017,  ils étaient encore à la manœuvre pour protester contre de mauvais traitements infligés à certains de leurs membres par les forces de l’ordre à Tenkodogo. Et chaque fois, c’est le même scénario.  Blocus des corridors, asphyxie de la capitale, assèchement des pompes dans les stations-services, avec tous les dégâts qui s’en  suivent. Une fois de plus, les chauffeurs se sont donnés à leur sport favori quand ils ne sont pas contents.

Cette fois encore, ils voulaient  la  tête  du  président  de l’OTRAF qu’ils ont intronisé en 2014. Cette  nouvelle  «manifestation  sauvage » des routiers n’est donc que l’expression d’une  conception erronée et dangereuse du syndicalisme et du droit de revendiquer. C’est surtout la confirmation du choix du désordre et l’incivisme comme moyens de lutte. Malheureusement, ce  désordre est entretenu par l’attitude trop laxiste, si ce n’est complice des gouvernements successifs, incapables de faire respecter la loi.

Cette fois encore, le gouvernement a échoué à leur faire entendre raison et à inscrire leurs actions dans la légalité. Comme en 2017,  les deux organisations se sont joué du gouvernement. Ce fut d’abord les chauffeurs dont les représentants ont reconnu  l’illégalité de leur lutte au cours des négociations et ont décidé de la levée des blocus. Un procès-verbal a été adopté et signé par toutes les parties à cet effet. Quand les responsables de l’URCB sont allés rendre compte à leurs militants, ceux-ci ont opposé une fin de non-recevoir et ont maintenu leur manifestation.

Ensuite, le gouvernement se rabat sur le président de l’OTRAF. Convoqué nuitamment pour une discussion serrée avec des membres du gouvernement qui lui ont mis la pression pour qu’il démissionne. Celui-ci accepte. Mais le lendemain, il rend compte à sa base qui refuse sa démission. Voilà comment on malmène un gouvernement dans une République. Finalement, il ne restait au gouvernement qu’une solution de fermeté. La solution trouvée est la suspension des activités des deux organisations pour trois mois. Mais, il n’a fait que différer les problèmes. Ils reviendront tant que l’Etat n’assumera pas ses responsabilités vis-à-vis  de ces deux organisations qui fonctionnent en dehors des règles de droit. La rigueur aurait voulu que des poursuites soient engagées contre ces manifestants  et leurs structures afin que force reste à la loi. Une fois de plus, le gouvernement a raté une occasion de restaurer l’autorité de l’Etat. Et c’est bien dommage.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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