TAXIS-MOTOS A FADA: Cette résilience honorable des arrières petits-fils de Diaba Lompo

Très prisés par les habitants de Fada N’Gourma, capitale de la région de l’Est, les taxis-motos, à l’image du Bénin et du Togo, jouent un rôle incontournable dans le développement économique et social de la région. En plus d’être une pourvoyeuse d’emploi, cette activité est aujourd’hui un facteur déterminant de la résilience des habitants de la ville de Fada. Les personnes déplacées internes (PDI) de la région de l’Est y trouvent une autre vie pour faire face aux affres du terrorisme.

Taxi-motos ! A peine arrivé dans la cité de Yendabli, la portière du car de transport franchie, ce qui vous accueille, c’est ce mot qui vous est donné
d’entendre dès que vous foulez le sol de la cité de Diaba Lompo. Rassemblés autour de la porte d’entrée de la gare, comme en embuscades, ces hommes ornés de leurs maillots jaunes numérotés tels des joueurs du club de football espagnol, le Villaréal, sont à l’affut des clients. La phrase fétiche «taxis-motos ?» vous est lancée à la figure. Quand vous répondez par l’affirmative, comme une escorte, le conducteur le plus dynamique vous
conduit à son engin à deux roues, stationné à quelques mètres de là, et prêt à démarrer à trombe pour éviter qu’un autre conducteur lui arrache
son client.

A Fada N’Gourma, cet unique moyen de mobilité urbaine semble être le plus rapide et le plus pratique, même s’il peut souvent s’avérer dangereux. Issa Diarra est l’un des conducteurs d’engin à deux roues. La quarantaine bien sonnée, ce père de cinq enfants gagne sa vie grâce à ce métier. Artisans, mécaniciens, paysans, diplômés sans emploi ou encore étudiants, ils sont au nombre de 210 à conduire un taxi-moto dans cette ville peuplée d’environ 180 000 âmes et où les transports publics en communs sont quasi inexistants.

En plus de constituer une véritable solution pour la mobilité des «Fadalais» et des visiteurs, c’est une activité qui donne un caractère dynamique au développement de la ville de Fada. Elle est aussi pourvoyeuse d’emplois non seulement pour les ressortissants de la ville, mais aussi une aubaine pour les personnes déplacées internes présentes à Fada. Elle permet à beaucoup
de jeunes Fadalais de joindre les deux bouts, et ce n’est pas Issa Diarra, qui dira le contraire. Lui qui, grâce à l’activité peut prendre en charge sa petite
famille. « C’est une activité qui, sincèrement dit, nous rapporte et qui fait que nous arrivons à pouvoir faire face à nos besoins », affirme-t-il.

Du pain béni pour des jeunes déplacés internes

Un autre avantage de ces taxis-motos, c’est sans conteste la résilience qu’ils accordent à ces jeunes déplacés internes (PDI), qui ont fui leurs localités en
proie aux attaques terroristes. En effet, selon le Secrétaire général de l’association des conducteurs de taxis-motos, Diallo Ali, ils sont environ 170 déplacés internes à trouver leur pitance en tant que conducteurs de taxis-motos dans la ville de Fada N’Gourma. Ces jeunes ne se résignent pas, ils sont plutôt heureux de faire ce métier et de participer de façon responsable
au développement de leur région.

Amadou Tankoano est l’un des conducteurs de taxi-moto, contraint de quitter son village Nassoungou pour cause d’insécurité. Arrivé dans la ville de Fada en 2019, il s’est résolu à ne pas quémander, mais plutôt à exercer une activité qui puisse lui permettre de survivre dignement. Avec l’aide des responsables de l’association des taxis-motos de Fada, il est arrivé à intégrer la structure comme conducteur de taxi-moto.

Mode de fonctionnement

L’association est gérée par Abdoul Diallo, le président. Devenir conducteur de taxi-moto à Fada N’Gourma ne s’improvise pas. Pour le faire, il vous faut entreprendre des démarches ; faire une demande, soit en tant que propriétaire et conducteur de taxi-moto pour ceux qui possèdent une moto, soit en tant que simple conducteur pour ceux ne possédant pas de moto. L’adhésion à l’association est subordonnée au paiement d’une somme forfaitaire de 15 000 FCFA et à la fourniture d’un certain nombre de documents tels que la carte nationale d’identité burkinabè, un casier judiciaire, des photos d’identité, etc. Le paiement de 15 000 FCFA vous donne droit à la tenue jaune et à la plaque d’immatriculation. Une fois enregistré par l’association, vous pouvez exercer l’activité en toute tranquillité.

Les conducteurs propriétaires de taxi-moto, eux, exercent l’activité librement sans autres frais au niveau de l’association. Certains propriétaires de taxi-moto peuvent avoir beaucoup de motos qu’ils mettent en location. Par contre, les conducteurs de taxi-moto non propriétaires, pour acquérir une moto et la conduire, devront louer la moto sur la base d’un contrat journalier avec un propriétaire de taxi-moto, sous la supervision de l’association. La location journalière est de 3.000 FCFA. Cette somme est versée en fin de journée, après l’activité. Seul le montant de location est versé au propriétaire, le reste du gain de la journée revient au
conducteur. « Par exemple, si vous gagnez en fin de journée la somme de 50.000 FCFA, vous ne versez que 3.000 FCFA au propriétaire de la moto, et le
reste, c’est-à-dire les 47.000 FCFA, vous reviennent », explique Ali Diallo.

Selon les conducteurs non propriétaires, cette activité leur permet de vivre dignement. « Ce n’est pas tous les jours que nous gagnons, mais quand on se
lève le matin, jusqu’au soir, tu peux avoir au moins 3.000 ou 5.000 FCFA de bénéfice. Et là-dedans, tu enlèves tes 2.000 FCFA de carburant pour garder. Tu enlèves aussi les 3.000 FCFA de la location de la moto. Le reste, tu sais au moins ce que tu iras donner à ta famille et ce que toi-même tu empocheras»,
explique Diarra.

Une bonne collaboration avec la Mairie

Cette activité se mène sous l’œil vigilant de la Mairie de Fada N’Gourma. En effet, il semble exister une véritable collaboration entre l’association des conducteurs de taxis-motos et la Mairie de Fada N’Gourma. Toutes les activités des conducteurs de taxis-motos sont régulièrement suivies par la Mairie. L’enregistrement de ces derniers se fait en deux phases. Après le premier enregistrement au sein de l’association, un second enregistrement quasi automatique se fait au niveau de la Mairie. L’identité complète de tous les conducteurs de taxi-motos de Fada, suivie de leurs numéros de dossards et de leur plaque d’immatriculation sont également enregistrés à la Mairie.

La police municipale dit suivre régulièrement l’activité. En témoigne, selon elle, l’accord préalable exigé par la Mairie pour tout déplacement de conducteur de taxi-moto hors de la ville de Fada N’Gourma. « Tout conducteur de taxi-moto a le devoir de se signaler à la Mairie avant d’effectuer tout déplacement hors de Fada N’Gourma », affirme Toguyeni Issaka, commandant de la police municipale de Fada N’Gourma. Il soutient que les taxis-motos à Fada contribuent énormément à résoudre le problème de mobilité interne dans la ville. Néanmoins, il a suggéré aux membres de l’association, plus de professionnalisme, et surtout l’encadrement et la formation de ses membres.

L’association des conducteurs de taxis-motos de Fada N’Gourma, tout en louant l’effort fait par les autorités locales et ses partenaires, émet tout de même des doléances à l’endroit de l’Etat central et de la Mairie. A l’Etat, elle a demandé un accompagnement dans le cadre de la formation, l’encadrement et l’établissement des permis de conduire à l’endroit de leurs membres. Avec le rôle dynamique de l’activité des taxis-motos dans le
développement de la région de l’Est marquée par l’impact négatif des attaques terroristes, il apparait impératif pour l’Etat burkinabè, à travers ses démembrements, de s’impliquer activement en vue de soutenir cette initiative résiliente des jeunes qui non seulement permet à un grand nombre de jeunes et à des familles de survivre, mais aussi donne un autre
visage à la région de l’Est.

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Deux motos pour commencer !

L’idée de création des taxis-motos a germé en 2007 avec deux jeunes originaires de la ville de Fada N’Gourma. Il s’agit de Abdoul Diallo et Ali Diallo, tous commerçants de bétail. C’est lors d’un de leurs nombreux voyages dans les pays comme le Bénin et le Togo qu’ils ont remarqué la présence de taxis-motos dans les principales villes des deux pays. Ils constatent que ce type de transport est plus efficace et rapide. De retour au pays, et ayant constaté le problème de mobilité criard dans la ville de Fada N’Gourma, ils décident de mette en place des taxis-motos pour résoudre cet épineux problème. Ils achètent deux motos pour commencer. Mais bien avant, ils décident d’entamer les procédures administratives pour se faire établir une autorisation de mise en circulation. Malgré les difficultés, et avec abnégation, ils parviennent à obtenir le fameux sésame grâce à la bonne diligence de la Mairie. Les deux motos sont immatriculées et portent respectivement les dossards numéro 1 et numéro 2. Les deux frères commencent l’activité.

Si au début, les populations de Fada N’Gourma n’ont pas adhéré au projet, c’est avec détermination que les deux frères ont continué à mener l’activité. Au bout de quelques mois, leur détermination va finir par payer. Les populations commencent à s’habituer aux taxis-motos. Elles deviennent nombreuses à les emprunter. Au bout de quelques mois, ils acquièrent trois motos supplémentaires pour faire face à la demande qui devenait de plus en plus croissante.

Aujourd’hui, ce sont au total 210 motos qui circulent dans la ville grâce à la détermination des deux jeunes. Ils permettent ainsi à environ 210 jeunes de se prendre en charge. L’association des conducteurs de taxis-motos de Fada N’Gourma, visiblement, ne veut pas se cantonner en la seule ville de Fada. Elle compte s’implanter dans les villes qui manifestent le besoin pour remédier au problème de mobilité urbaine. Dans ce cadre, l’association compte mettre le cap dans la région de la Boucle du Mouhoun. En effet, les initiateurs des taxis-motos de Fada N’Gourma sont sur le point de lancer officiellement leurs activités à Dédougou pour le bonheur des populations. Là-bas, ce sont 5 motos qui seront disponibilisées pour commencer.

S.O.

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Salifou OUEDRAOGO
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