TERRORISME ET EXPLOITATION MINIERE : Les mines financent-elles les terroristes ?

Depuis le début des attaques terroristes d’envergure au  Mali, et avec l’intervention de  l’Opération Serval dans ce pays, le Sahel est entré dans une véritable zone de turbulences. Il s’agit bien d’une zone de guerre asymétrique. La stabilité des trois pays  que sont le Mali, le Niger et le Burkina est fortement ébranlée, au regard de la recrudescence et de la violence des actes terroristes avec son corollaire de populations en fuite, car n’arrivant plus à supporter les assassinats ciblés en leur sein. Cette zone où le terrorisme tourne en  plein régime se trouve être l’une des plus aurifères du Burkina Faso. Les sites industriels ou d’exploitation artisanale de l’or  se trouvent régulièrement visés. Plus d’une dizaine d’attaques a visé les mines  au Burkina, faisant poser  des questions  sur les motivations de celles-ci. Terrorisme et  exploitation minière, il faut ouvrir l’œil et  regarder les choses de près. Pourquoi  ?

La problématique a été soulevée par une étude réalisée par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) au profit de l’Autorité de développement intégré de la région du Liptako-Gourma (ALG), avec le Burkina, le Mali et le Niger comme pays membres. L’étude en question, selon les auteurs, visait à promouvoir la responsabilité des acteurs économiques, la traçabilité et la transparence dans les chaînes d’approvisionnement en minerais d’or produits dans les trois pays. Elle fait une cartographie des acteurs au niveau de la production, du négoce et de l’exportation, aussi bien la production industrielle que celle artisanale. En plus, elle n’a également pas manqué de porter une attention particulière aux éventuels liens qui pourraient exister entre la production et le négoce des ressources en or ainsi que le financement des activités des groupes terroristes dans la zone. En somme, le terrorisme ne se nourrit-il pas par l’or au Burkina Faso ?

Depuis 2015, c’est l’ensemble des couches socio-politiques, administratives, culturelles, religieuses et ethniques qui fait les frais de la nébuleuse terroriste. Une équation reste cependant quasi ambiguë : les raisons motivées, souvent tirées par les cheveux quand elles ne visent pas  clairement une déstabilisation politique du pays. La question vaut ici son pesant d’or. «La production d’or industrielle est concentrée dans les régions du Sahel, du Centre- Nord et de la Boucle du Mouhoun» du Burkina, fait remarquer le rapport d’évaluation. A ces productions industrielles ciblées, s’ajoutent les sites d’orpaillage par centaines. A regarder la cartographie des attaques terroristes que le Burkina subit,  il  ressort que c’est dans les mêmes zones aurifères que l’on constate une multiplication des interférences des groupes terroristes dans la production et le commerce de l’or. Les actes se comptent à la pelle, ce n’est plus un secret. Selon l’étude de l’OCDE, l’incidence des attaques armées à l’encontre des mines s’est accrue, surtout autour des sites de  production  industrielle ou artisanale de l’or au Sahel. Ces groupes terroristes sont également connus et ce sont eux qui sévissent généralement dans la zone.

Les terroristes qui menacent l’or du Sahel burkinabè

Le Sahel burkinabè est infesté par des groupes terroristes qui y ont jeté leur va-tout. Quatre grands groupes terroristes se sont fait remarquer. Le Malien Iyad Ag Ghali à la tête du groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), le Burkinabè Malam Ibrahim Dicko à la tête de Ansaroul Islam, le Sahraoui Abou Walid al Sahraoui à la tête de l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS), et le Malien Amadou Koufa de la Katiba du Mancina, annoncé pour mort en fin d’année 2018, lors des frappes des forces françaises et maliennes sont les principaux noms du djihadisme au Burkina. Ils sont les visages de la contestation et du nettoyage de l’autorité de l’Etat et du pillage dans le Sahel. Ces quatre leaders entretiennent autour d’eux, une économie qui leur permet de subsister, même quand les périodes sont critiques pour eux. Le grand banditisme, le terrorisme, les trafics d’armes et de stupéfiants de tout genre sont à mettre à leur actif. Dans ce commerce malsain, l’or occuperait une place importante et les sites miniers semblent être la cible des terroristes. Ansaroul Islam de Malam Dicko, par exemple, exerce une pression constante au Nord et au Sahel où les sites miniers du Burkina sont concentrés. Ses hommes sont suspectés d’être les auteurs de plusieurs attaques et pillages visant les sites d’orpaillage dans la province du Soum.

En avril 2015 déjà, le Roumain Lulian Ghergut qui travaillait pour la mine de manganèse de tambao est enlevé par les djihadistes. Mais depuis, c’est véritablement courant  septembre 2017 que les sociétés minières sont entrées dans l’œil  du  cyclone terroriste. Elles font l’objet d’un  intéressement particulier.  Neuf attaques d’envergure avaient été enregistrées à la date de janvier 2019. Enlèvements, assassinats de civils, des forces de défense et de sécurité et destructions de biens sont le lot des localités abritant les sites. La mine d’or d’Inata, quant à elle, reste l’une des plus agressées par  les groupes terroristes. Officiellement, c’est cette situation délétère qui a poussé les responsables de ladite société à suspendre temporairement ses activités en 2017. Le 24 septembre 2018, 3 employés de la même mine ont été enlevés. Alors qu’ils se rendaient à Djibo, Amadé Zallé, Christo Botna et Vichram Akolya sont enlevés par des groupes armés terroristes. Des éléments  de la sécurité ont ensuite engagé une poursuite contre les ravisseurs mais ils finiront par tomber dans une embuscade, faisant trois morts.

Le lendemain, toujours dans les environs de la même mine, c’est une patrouille qui va sauter sur un engin explosif. Le bilan à ce niveau a aussi été lourd : huit éléments sur le carreau. Et l’agression  de la mine s’est poursuivie, puisque quelques jours plus tard, elle sera, cette fois-ci, attaquée en plein cœur de son système, dans la nuit du 3 au 4 octobre 2018. Un gendarme y a perdu la vie au cours de l’attaque et un autre blessé. Les dégâts matériels sont innombrables, avec les véhicules incendiés. Outre le Nord et le Sahel, la région de l’Est, où sont situés des sites d’exploitation minière, n’est pas épargnée. En effet, le 2 décembre 2018, c’est un convoi du personnel de la mine d’or de Semafo, située à Boungou dans l’Est, qui a été pris pour cible sur l’axe Ougarou-Boungou. Le chauffeur du bus et quatre gendarmes y ont perdu la vie. Dès l’entame de l’année 2019, le cycle d’agression des mines s’est poursuivi. Un géologue canadien, Kirk Woodman, a été enlevé le 15 janvier 2019 et retrouvé mort trois jours plus tard.

En février 2019, au regard de la recrudescence des attaques terroristes contre les acteurs miniers, le gouvernement, excédé, avait demandé aux sociétés minières de prendre des dispositions anti-djihadistes. Mais cela ne va pas visiblement changer la donne, puisque dans la nuit du 18 juillet 2019, les hommes armés ont tenté de faire sauter le pont de Djibo. C’est la forte déflagration qui a réveillé les populations dans la zone de Mentao. Cette tentative préparait, en réalité, une autre action d’envergure. En effet, sur la route   principale menant à la mine d’Inata, les groupes armés vont réussir à sauter le pont situé entre tchiembolo et la mine, rendant difficile tout accès à la mine.

Outre les mines industrielles qui font l’objet d’attaques  à répétitions,  les sites artisanaux d’exploitation d’or ne sont pas épargnés. L’orpaillage subit donc les assauts des groupes armés qui emportent, souvent, ce que les populations ont abandonné dans leur fuite. Selon l’étude de l’OCDE, les bandes armées peuvent, à ce niveau, s’ériger en gestionnaires des sites d’orpaillage ou en financiers  des sites, à travers la commercialisation de l’or. C’est le cas des affrontements entre des assaillants et les Koglweogo sur le site d’orpaillage de Kéréboulé, le 18 octobre2016, tout comme le pillage du site d’orpaillage de Koutoukou en janvier 2018, par des hommes armés.

L’exploitation de l’or au Burkina crée des convoitises les plus insoupçonnées, et les groupes armés ne veulent certainement pas  se  faire compter.

Aimé NABALOUM
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