THOMAS SANKARA, LA LIBERTE CONTRE LE DESTIN : «La société nouvelle exige des mentalités nouvelles».

Après une brève biographie du charismatique leader de la Révolution burkinabè, ce recueil présente les différents discours de Thomas Sankara. Dans cette œuvre, on y trouve en plus des principaux discours contenus  dans le précédent recueil, des discours cette fois-ci inédits. Le «biographe de Thomas Sankara», Bruno Jaffré, en plus de faire des bilans réguliers de la Révolution, aborde les thèmes qui étaient si chers au révolutionnaire Thomas Sankara : le  néocolonialisme, la libération des femmes, la lutte contre la dette, l’utilisation de la langue française, la défense de l’environnement et le mouvement des non-alignés.

Né en Haute-Volta (Burkina Faso) en 1949, Thomas Sankara s’engage dans une carrière militaire, tout en s’efforçant de rester au contact des réalités vécues par son peuple. Grâce à ses qualités personnelles, et à son charisme, il est porté à la tête du pays dont il changera le nom en Burkina Faso (pays des Hommes intègres) en 1983, suite à un soulèvement de jeunes officiers, en alliance avec des organisations clandestines marxistes. Il va diriger la révolution « démocratique et populaire », jusqu’à son assassinat en octobre 1987.  Il met fin à la corruption, expérimente un nouveau modèle basé sur l’auto-développement et fixe comme objectif principal d’améliorer les conditions de vie de son peuple. Lors de son discours à l’adresse de la jeunesse voltaïque, il les appelle de tout son vœu à se mobiliser pour participer aux chantiers et à participer activement à la vie politique du pays. Pour Thomas Sankara, «une jeunesse mobilisée est une puissance qui effraie, même les bombes atomiques». Fervent défenseur de la liberté et de l’indépendance, Thomas Sankara s’était farouchement dressé contre le néocolonialisme, car pour lui, cette période fut celle d’exploitation, de domination impérialiste et d’arriération économique et culturelle organisée contre le peuple voltaïque.

Un des discours qui ont fait de Thomas Sankara l’homme proche du peuple et sensible à la cause féminine, fut celui prononcé le 8 mars 1987. La description faite de la vie des femmes dans le discours témoigne de sa parfaite connaissance de la réalité doublée d’une véritable empathie. L’on ne saurait énumérer les actions du révolutionnaire à l’endroit des femmes burkinabè sans évoquer l’instauration de la journée des hommes au marché à vocation pédagogique pour qu’ils connaissent
le prix des denrées et l’organisation d’importantes campagnes d’alphabétisation. En
effet, les efforts ont porté tout autant sur la promotion de l’égalité que sur l’accès des femmes à l’indépendance économique. Pour lui, l’avenir même de l’humanité va de pair avec l’amélioration de la condition féminine. C’est pourquoi il martelait en ces
termes : « Et pourtant, c’est d’elles que dépendent la vérité et l’avenir de notre révolution.»

Abordant le domaine de l’environnement qui constituait une priorité pour lui, il propose que 1 % des sommes dépensées pour la recherche spatiale soit consacré à «financer de façon compensatoire des projets de lutte pour sauver l’arbre et la vie». En effet, il soutient que «Tous ces engins que l’on envoie dans l’espace pour aller chercher nous ne savons exactement quoi (…) ont certainement pour conséquence de perturber l’ordre établi des choses ». Sous son leadership, d’autres initiatives en faveur de l’environnement ont aussi vu le jour ; le développement des foyers améliorés pour économiser le charbon de bois utilisé pour la cuisine et la fabrication de la bière locale, les campagnes de reboisement, et l’incitation à planter des
arbres à chaque cérémonie officielle ou familiale.

Autre thème de prédilection abordé dans cet ouvrage reste sans conteste la morale révolutionnaire, sans laquelle le succès de la Révolution sera impossible selon Thomas Sankara. Le révolutionnaire croit en l’homme. Il pense que la
Révolution ne peut connaitre le succès sans un changement de mentalité.

D’ailleurs, il appelle dans son Discours d’orientation politique (DOP) à une révolutionnarisation de tous les secteurs de la société burkinabè. Par révolutionnarisation, il incitait les voltaïques à une rupture avec tous les autres régimes. Pour Thomas Sankara, « cette révolution avait pour objectif final,
l’édification d’une société voltaïque nouvelle au sein de laquelle le citoyen voltaïque
animé d’une conscience révolutionnaire sera l’artisan de son propre bonheur, un bonheur à la hauteur des efforts qu’il aurait consentis ». Pour l’atteinte de cet objectif final, il préconisait le développement d’une nouvelle mentalité comme condition sine qua non. Il conclut en ses termes : « La société nouvelle exige des mentalités nouvelles  », car selon lui,  « à la place de dispensaires et dépôts pharmaceutiques, nous pourrions même réaliser d’immenses hôpitaux complexes et sophistiqués, que le progrès, le vrai, ne sera pas pour autant atteint tant que l’homme n’aura pas
été transformé lui aussi”.

Trop vite interrompue, la Révolution compte cependant de nombreux succès à son actif grâce, entre autres, à la clairvoyance de Thomas Sankara, mais aussi à la confiance et à la fierté qu’il avait réussies par son engagement. Porte-parole des opprimés dans les instances internationales, Thomas Sankara est un des leaders révolutionnaires africains les plus connus dont s’inspirent largement aujourd’hui les progressistes africains et du monde entier.

L’œuvre de 480 pages, parue en juin 2017, est de Bruno Jaffré, spécialiste de Thomas
Sankara et de la Révolution burkinabè. Il est notamment l’auteur de Biographie de Thomas Sankara, Harmattan, 1997, Burkina Faso  : Les Années Sankara de la Révolution à la Rectification, l’Harmattan, 1989, Biographie de Thomas Sankara, La patrie ou la mort… édition revue et augmentée, Harmattan, 2007.

Salifou OUEDRAOGO (Stagiaire)

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