Autres temps, autres mœurs !

Le samedi 29 septembre 2018,l’opposition politique a organisé sa première marche-meeting post insurrection. A l’occasion, l’on a retrouvé la même curiosité que lors de la marche-meeting du 18 janvier 2014, à l’occasion de laquelle, Roch Marc Christian Kaboré et d’autres anciens barons du pouvoir, fraîchement débarqués du navire CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès), ont rejoint l’opposition. Ce 29 septembre, le chef de file de l’opposition est toujours le même : Zéphirin Diabré, président fondateur de l’Union pour le progrès et le changement (UPC). Et les nouveaux venus, ce sont ceux restés fidèles au président déchu, Blaise Compaoré. A côté donc de Zéphirin Diabré, il y avait Eddie Konboïgo, le patron du CDP, Gilbert Noël Ouédraogo de l’ADF-RDA (Alliance pour la démocratie et la Fédération-Rassemblement démocratique africain), Mahamoudou Dicko de la Nouvelle alliance du Faso (NAFA, le
parti du Général Djbrill Bassolé). Il y avait aussi quelques anciens de la cuvée de 2013-2014, comme Ablassé Ouédraogo et d’autres chefs de « partillons ». C’est la nouvelle recomposition de l’opposition politique.

Naturellement, contrairement aux marches-meeting qui ont abouti à l’insurrection d’octobre 2014, dans le nouveau cycle des marches que l’opposition vient d’entamer, Blaise Compaoré est devenu la vedette. En lieu et place des banderoles « Blaise dégage », « Blaise Assassin », « Blaise Ebola », voilà maintenant celles « Mouvement
pour le retour de Blaise Compaoré, Grand Médiateur et homme de paix » ; « la réconciliation nationale ou rien »… Bref, autres temps autres mœurs, eston tenté de dire. Finalement, Blaise Compaoré a volé la vedette aux Forces de défense et de sécurité (FDS) dont le soutien était l’une des raisons de la marche. En dehors des discours, l’on n’a pas vu, sur les images qui circulent, de banderoles dédiées aux FDS. Pourtant, en termes de communication politique, il aurait fallu au moins une banderole bien visible, traduisant tout le soutien aux FDS.

Mais ce n’est peut-être qu’une partie remise. Puisque le chef de file de l’opposition a révélé que cette marche était la première d’un cycle que l’opposition entend organiser pour réveiller le MPP (Mouvement du peuple pour le progrès) et ses alliés qui dorment à la tête de l’Etat. L’opposition reprend donc la rue et c’est son droit le plus absolu. La
mobilisation pourrait monter crescendo comme entre juin 2013 et octobre 2014. Peut-être aussi ce sera un mouvement inverse qui aboutirait au retour de Blaise Compaoré ou de ses fidèles au pouvoir. Car de ce que l’on a vu, ces partis d’opposition ne semblent avoir les mêmes agendas. Ils dorment sur la même natte au CFOP, mais ils ne font pas le même rêve. A moins que la déception et les frustrations de certains n’aient atteint à un tel point qu’ils sont prêts à renier leurs combats d’hier. La présence de cette banderole d’un certain mouvement pour le retour de Blaise Compaoré en dit long sur les intentions de ceux qui l’ont conçue.

Mais attention à l’effet pervers du mélange des serviettes et des torchons. Ça peut provoquer les frustrations de certains qui étaient déjà mobilisés et décourager d’autres qui auraient voulu rejoindre le mouvement. Déjà, certains ont refusé d’aller marcher aux côtés de ceux qu’ils ont chassés hier du pouvoir. Sinon avec les déceptions nées de la gouvernance actuelle du pays, l’on aurait pu avoir une foule des grands jours. Il appartient à l’opposition et à son chef de file d’en tirer les leçons pour les prochaines marches.

Par ailleurs, la réconciliation ne s’impose pas et surtout pas par ceux à qui l’on reproche des choses et qui constituent, en grande partie, le problème. Personne n’est contre le retour de Blaise Compaoré. Il peut venir quand il veut. D’ailleurs, c’est lui qui a fui et a changé de nationalité. Le jour où il le souhaite, les portes de son pays lui sont
toujours ouvertes. Il lui faut seulement avoir le courage politique d’assumer son passé et de répondre à la Justice qui le recherche. Tous les Burkinabè épris sincèrement de justice et de paix souhaitent qu’il rentre et assumer dignement ses fautes. Après, l’on peut envisager les voies de la catharsis.

En attendant donc les prochains rendez-vous, l’opposition doit revoir le contenu de ses initiatives, si elle veut mobiliser réellement les forces vives autour de la sauvegarde de l’intégrité territoriale et de l’intérêt supérieur du Burkina Faso. Pour construire l’alternative, il faut rompre le culte de la personnalité, éviter les actes de défiance et de mépris de ceux qui ne partagent pas la même lecture des choses. Au
terme de la Constitution, tous les Burkinabè sont égaux en droit et en devoir. Nul, qui qu’il soit ou ait été, ne peut prétendre être plus citoyen que les autres.

Boureima OUEDRAOGO
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Boureima OUEDRAOGO

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