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TRADING AU BURKINA : Encore des victimes d’escroquerie

Depuis 8 mois, le milieu du trading au Burkina est dans la tourmente, avec le gel des comptes bancaires des sociétés exerçant dans ce domaine avec pour conséquence, l’impossibilité de payements et de remboursement aux investisseurs. Curieusement, l’activité semble avoir repris. De nouvelles sociétés se créent pratiquement au quotidien. Et les anciens  investisseurs sont toujours dans l’attente de l’hypothétique dégel des fonds des sociétés de trading afin de pouvoir rentrer en possession de leur argent. Mais en réalité, la situation risque de se compliquer pour les investisseurs. Les fonds gelés sont maigres par rapport aux investissements. Où est donc passé l’argent ? Le procès viendra mais les investisseurs risquent de broyer encore plus du noir dans cette affaire.

Les investisseurs en trading vont-ils tout perdre ? La question taraude les esprits de bon nombre d’acteurs de ce secteur qui est entré, depuis le premier trimestre de l’année 2019, dans une crise sans précédent. Les investisseurs (ceux qui ont mis leur argent à la disposition des traders avec espoir de fructifier leurs capitaux) ne voudront certainement pas entendre parler d’une telle probabilité. Et pourtant, la piste n’est vraiment pas à écarter. Ils ont investi en tout, plusieurs milliards FCFA dans l’espoir de se retrouver multimillionnaires avec les bénéfices. Mais les espoirs vont tourner court. Des soupçons sur des mouvements frauduleux de fonds et de pratiques illégales de mobilisation de l’épargne par les sociétés de trading vont conduire à un gel des comptes desdites sociétés. Outre les conséquences en termes de perte financière, c’est une source de revenus qui se tarit pour certains investisseurs qui ne vivaient que de cette activité. D’autres ont même hypothéqué des biens pour y entrer.

Aujourd’hui, la plupart ploie sous le coup de dettes et de menaces de ruptures de contrat. Des banques menacent de saisir des biens. Il y aurait déjà dans les rangs des investisseurs, de personnes malades qui manquent de soins et même des morts déjà seraient enregistrés. Aujourd’hui, certains se retrouvent sans rien, dans la misère financière, les yeux rivés sur la Justice. Et le calvaire risque de se prolonger, car les informations de bonnes sources confient que «le bout du tunnel n’est pas si proche pour ces investisseurs ».

Les traders ont vidé leurs comptes

La situation n’est donc pas près de trouver une solution. L’affaire est entre les mains du juge qui devrait avoir fini maintenant l’instruction. Le dossier  devrait être bientôt enrôlé pour jugement. Mais le verdict risque d’être en deçà ! Mais d’autres problèmes se profilent à l’horizon.

Retour sur les faits

Selon certaines sources très proches du dossier, les fonds gelés ne représentent pratiquement rien, au regard des différents dépôts faits par les investisseurs qui croyaient que ce sont leurs milliards FCFA investis qui sont bloqués par une décision de Justice.

En fin mai 2019, le Pôle judiciaire spécialisé dans la répression des infractions économiques et financières et de la criminalité transnationale du Tribunal de Grande instance (TGI) de Ouagadougou procédait à la signature de l’ordonnance de séquestre provisoire des fonds. C’était suite à une alerte de mouvements illicites de fonds dans le milieu du trading. Selon une source proche de l’affaire, «il fallait voir clair et préserver les dépôts des investisseurs, mais c’était bien tard». En effet, par un communiqué daté du 7 mai 2019, le Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers (CREPMF) se plaignait des collectes de fonds par des entreprises et des sociétés de trading avec des promesses de taux de bénéfice mirobolants. Certaines sociétés de trading ont senti venir un danger. Très vite, elles vont procéder à la clôture de leurs comptes logés dans les banques de la place. L’argent est retiré des banques et mis à l’abri. Mais où ?

Quelque chose de pas clair venait de se passer dans le milieu bancaire. Ce sont celles qui n’ont pas pu vider et clôturer leurs comptes qui subissent les conséquences du gel des comptes. La Cellule nationale de traitement de l’information financière (CENTIF) met sa machine en branle.

Dès lors, il faut faire appel à la loi 016-2016 du 3 mai 2016 sur la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. La Cellule nationale de traitement de l’information financière (CENTIF) saisit le TGI de Ouagadougou pour faire rapidement opposition à l’exécution d’opérations sur les comptes. Trop tard ! La majorité des comptes s’étaient évaporés. Néanmoins, la Justice réussira à mettre la main sur cinq comptes bancaires avec les oppositions à exécution sollicitées par la CENTIF auprès des banques détentrices des comptes. Quand on creuse un peu plus, l’on se rend compte que les cinq comptes objet du gel sont logés dans trois banques de la place. Et parmi les cinq comptes gelés, trois appartiennent à une seule société de trading, un est détenu par une association évoluant dans le trading et le dernier compte est au nom d’une personne physique.

Malheureusement, à ce qui se dit, les sommes d’argent qui se trouvent dans les cinq comptes bancaires ne représentent pas grand-chose. Certains font cas de moins d’un milliard FCFA et d’autres d’environs 800 millions FCFA comme montant bloqué dans l’ensemble des cinq comptes logés dans les trois banques de la place. Alors, dans une de nos précédentes éditions, nous nous sommes fait l’écho de plus de 26 milliards FCFA gelés. Ces 26 milliards représenteraient ce qui se trouverait dans les comptes d’une dizaine de sociétés. Mais presque tout aurait été vidé avant le gel. Quoiqu’il en soit, les montants retrouvés représentent une goutte d’eau par rapport aux différents dépôts faits par les investisseurs.

Un trader porté disparu avec plus de 100 millions FCFA

Malgré cette situation déjà difficile, il se trouve des personnes qui reprennent du poil de la bête pour donner un autre souffle à l’activité. On constate des créations quasi quotidiennes de sociétés de trading. Mais comment arrivent-elles à passer encore entre les mailles des filets ? La remarque majeure est qu’il existe non seulement des sociétés, mais aussi des traders indépendants qui exercent et qui ont même «une bonne clientèle». C’est dans ce contexte que l’on apprend que le responsable d’une société de trading, dont nous taisons le nom, est porté disparu. Les dernières nouvelles que ses investisseurs ont eues de lui datent de très longtemps. Malheureusement, il n’est pas parti les mains vides. Il s’est enfui avec des millions FCFA déposés auprès de lui par des investisseurs. Plus de 100 millions FCFA, confie un investisseur, laissant ses clients dans le désarroi. Dans la même veine, un ressortissant d’un pays voisin s’est fait passer pour un trader professionnel. Des investisseurs burkinabè qui l’ont repéré l’ont fait venir au Burkina pour fructifier leur argent dans le trading. Ce ressortissant disparaîtra un beau matin dans la nature, avec plusieurs millions à lui confiés par des investisseurs burkinabè. Affaire à suivre !

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Le trading dans les couloirs de Kosyam

Les investisseurs sont de toutes les catégories sociales et se recrutent dans presque tous les secteurs d’activités, hormis le milieu des affaires, où l’on pourrait dire que c’est normal. Ceux-ci ont injecté des millions FCFA dans l’espoir de bénéficier de taux d’intérêt alléchants. Selon certains investisseurs, il n’y a pas de secteur où il n’y a pas des gens qui s’intéressent au trading. Dans tous les ministères, on compte des investisseurs ; au gouvernement, on retrouve des traces. Au sein de l’opposition politique, on retrouve également des traces de certains gros bonnets. Dans le milieu religieux, des prêtres y sont. Dans le monde des médias, l’on en compte. L’armée et les autres «corps habillés», le milieu judiciaire comptent également leurs investisseurs. Mais ce n’est pas tout. Même dans les couloirs du palais de Kosyam, l’on retrouve des investisseurs en trading parmi les proches collaborateurs du PF et ses conseillers. Décidément, l’argent…. Il n’a vraiment pas de couleur !

AN

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A 15 ans, il a 15 millions FCFA d’investissement dans une société

Selon des témoignages d’investisseurs bien introduits au sein des sociétés de trading, les auditions au Pôle spécialisé du TGI font ressortir des situations ubuesques. Ainsi, dans une société de trading, il a été découvert un dépôt à hauteur de 15 millions FCFA. Après avoir gratté, les enquêteurs se rendent compte que l’investissement a été fait au nom d’un mineur âgé seulement de 15 ans. Plus tard, on apprend qu’il s’agit du père qui a investi ce montant au nom de son enfant mineur. Et ce n’est pas tout. Non seulement il s’agit d’un mineur dont le père a utilisé le nom, mais plus grave, le père éprouve des difficultés à justifier l’origine des 15 millions FCFA. Décidément !

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Aimé NABALOUM
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