AFFAIRE NORBERT ZONGO : 21 ans après, le Burkina attend l’extradition de François Compaoré

13 décembre 1998-13 décembre 2019, voilà 21 ans que Norbert Zongo et ses compagnons ont été assassinés à quelques encablures de Sapouy, sur la route de Léo. Cela fait 21 ans de longue attente de la vérité et de la justice pour les familles mais aussi pour tout le peuple burkinabè. Les auteurs et commanditaires de cet horrible assassinat qui avait provoqué une grosse colère populaire n’ont pas encore été formellement identifiés et châtiés à la hauteur de leurs forfaits. Malgré la clameur sans précédent, la vérité se fait toujours attendre.

Les organisations professionnelles des médias et le Collectif contre l’impunité ont commémoré le 21e anniversaire de la disparition tragique de Norbert Zongo et de ses trois compagnons. Leurs corps ont été retrouvés calcinés et carbonisés à quelques encablures de Sapouy. Depuis, la Justice peine à trouver et punir les auteurs. François Compaoré, frère cadet du président déchu, Blaise Compaoré, l’un des principaux suspects sérieux dans ce crime, bénéficiait de la protection de sa position de pouvoir. Il n’a jamais été inquiété jusqu’à la chute de son frère en fin octobre 2014. A la faveur de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 qui a consacré la chute et la fuite de Blaise Compaoré et de sa galaxie, la Justice burkinabè a rouvert le dossier. Selon Me Prosper Farama, l’un des Avocats de la partie civile, quatre personnes sont inculpées : trois militaires de l’ex-RSP, pour «assassinat», et François Compaoré, pour sa part, soupçonné d’«incitation à assassinat».

Depuis la réouverture de ce dossier, des dizaines de personnes ont été auditionnées, dont le Général Gilbert Diendéré, l’ancien bras droit de Blaise Compaoré et chef de la garde présidentielle. Mais, pour que la Justice puisse boucler sérieusement son enquête, il manque la pièce centrale : François Compaoré, réfugié en France depuis la chute de son frère. François Compaoré a fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par le juge et d’une demande d’extradition du gouvernement burkinabè. La Justice française a marqué un avis favorable. Il reste maintenant le décret d’extradition que doit prendre le gouvernement français qui traîne les pieds depuis 6 mois maintenant. Même si la procédure d’extradition est toujours en cours en France, certains restent optimistes et parlent même de victoire d’étape.

Le 13 décembre 2019, les organisations professionnelles des médias et le Collectif contre l’impunité ont commémoré le 21e anniversaire de cet odieux assassinat par le désormais traditionnel de dépôt de gerbe de fleurs sur les tombes de Norbert Zongo et de ses compagnons, un meeting à la Bourse du travail. En outre, le Centre national de presse Norbert Zongo (CNP-NZ), en compagnie d’autres organisations professionnelles des médias, de défense des droits humains, s’est rendu à l’Ambassade de France à Ouagadougou, pour remettre un Appel des journalistes africains aux autorités françaises pour l’extradition de François Compaoré.

Cet Appel a été adopté lors de la 8e édition du FILEP tenue du 25 au 29 septembre 2019 à Ouagadougou. Pour eux, il s’agit de demander à la France d’extrader François Compaoré dans les plus brefs délais pour qu’il réponde devant la  Justice burkinabè. L’Ambassadeur Français, Luc Hallade, a tenu à rassurer les organisations professionnelles des médias que tous les moyens sont mis en œuvre pour faciliter l’extradition de François Compaoré. Par ailleurs, il a affirmé que François Compaoré serait extradé dans les plus brefs délais. En attendant, le Collectif contre l’impunité appelle à un jugement dans de meilleurs délais de cette affaire qui n’a que trop duré. Pour ses responsables  avec ou sans François Compaoré, le dossier peut être jugé.

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Parcours d’un  dossier  judiciaire emblématique de  crime  politique

En rappel, aux lendemains de l’assassinat de Norbert Zongo, des manifestations de grande envergure sont organisées partout au Burkina Faso. Du jamais vu ! Cet assassinat a entraîné le premier vacillement du régime Compaoré. Pour calmer les esprits échauffés, le président autorise la mise en place d’une Commission d’enquête indépendante en janvier 1999. Les conclusions de celle-ci sont claires : «Norbert Zongo a été assassiné pour des motifs purement politiques, parce qu’il pratiquait un journalisme engagé d’investigation ». Six suspects sérieux sont, pour la première fois, désignés : il s’agit des soldats Banagoulo Yaro, Christophe Kombacéré, Wampasba Nacoulma et Ousseini Yaro, le Sergent Edmond Koama  et l’Adjudant Marcel Kafando, tous du Régiment de sécurité présidentielle, mieux, de la garde rapprochée de Blaise Compaoré à l’époque.

En août 2000,  les 3 derniers cités ont été jugés coupables du meurtre de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, et condamnés entre 10 et 20 ans de prison. Ils sont tous trois morts à ce jour. Norbert Zongo enquêtait sur la mise à mort par torture de ce chauffeur par la garde rapprochée du président quand il a été assassiné. Marcel Kafando avait été inculpé dans l’affaire Norbert Zongo. Il a été d’ailleurs le seul et a fini par bénéficier d’un non-lieu le 19 juillet 2006. En décembre 2012, la famille du journaliste, les Avocats de la partie civile et le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP) saisissent la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples à Arusha (Tanzanie). La Cour se déclare compétente le 21 juin 2013. Le 28 novembre 2013, les juges passent au jugement de l’affaire.

Dans son arrêt du 28 mars 2014, la Cour a condamné l’Etat burkinabè pour avoir «violé les droits des requérants à ce que leur cause soit entendue par la Justice nationale». Cette décision s’impose comme une injonction à la réouverture du dossier Norbert Zongo. Mais rien n’a été fait jusqu’à l’insurrection populaire. Il a fallu attendre la Transition pour que la Justice rouvre le dossier, inculpe François Compaoré et lance des mandats de dépôt contre eux. Depuis, l’on est suspendu à l’extradition de François Compaoré.

S.O

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Salifou OUEDRAOGO
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